Equipe de France: De «l’injustice divine» au retour en Bleu, comment Payet a digéré le traumatisme de l’été 2018

FOOTBALL Dimitri Payet est de retour en équipe de France, lui qui a manqué le Mondial à cause d'une sale blessure à la cuisse...

Aymeric Le Gall

— 

Un an après, Dim is back in blue.
Un an après, Dim is back in blue. — FRANCK FIFE / AFP
  • Après un an d’absence en Bleu, Dimitri Payet fait son grand retour en équipe de France après le forfait de Nabil Fekir.
  • En grande forme en fin de saison dernière, le Marseillais avait dû renoncer au Mondial en Russie à cause d’une blessure à la cuisse.
  • Payet a dû surmonter ce traumatisme pour revenir au top cette saison, et retrouver enfin ses coéquipiers champions du monde.

Les absents ont toujours tort paraît-il. Sorti sur blessure et en larmes lors de la finale de Ligue Europa entre l’OM et l’Atlético de Madrid en fin de saison dernière, Dimitri Payet, qui va faire son grand retour en Bleu à l’occasion des matchs contre l’Islande (jeudi) et l’Allemagne (mardi), a vu ses rêves de Mondial s’effondrer en l’espace de quelques secondes, le temps d’une cuisse qui lâche, le temps de tout perdre. La suite on la connaît : un groupe qui naît, qui vit et qui vit bien, second poteau Pavard, le seum de la Belgique, la victoire suprême sous le déluge de Moscou.

Mais trois mois plus tard, avec la blessure et le forfait de Nabil Fekir, le revoilà finalement avec le survêt’ de l’équipe de France sur le dos, à côtoyer les champions du monde, ceux dont la vie a changé, alors que ce titre ultime, pour lui, « ne figurera jamais sur [son] palmarès ». Une blessure qui ne se refermera jamais vraiment et avec laquelle il va devoir apprendre à vivre.

Le temps du deuil

« Il a vécu un traumatisme qu’on a du mal à se représenter, compatit René Degenne, le recruteur qui l’a fait venir au FC Nantes quand il avait 17 ans. A partir du moment où vous vous sentez en forme, que vous sentez que vous allez faire partie de ce groupe des 23 en Russie, et que tout d’un coup tout s’arrête à cause d’une blessure, bon… Il a dû faire le deuil comme il le disait lui-même. C’est fort. Il a considéré cette blessure non pas comme une injustice d’être humain, c’est-à-dire qu’il ne pouvait s’en prendre à personne, mais disons une sorte d’injustice divine, quelque chose qu’on ne s’explique pas, où quand le hasard, la malchance et la fatalité viennent bouleverser son destin. »

« Il fallait d’abord faire le deuil, entre la désillusion de cette finale, la blessure, il fallait passer outre et c’était très, très difficile, disait-il en début de saison à son retour à Marseille. J’en ai profité pour me soigner, passer du temps avec ma famille que je n’avais pas trop l’occasion de retrouver l’an dernier avec les matchs tous les trois jours. » « Comme c’est un garçon qui est très proche de ses parents, le fait d’aller les voir pendant cette période compliquée ça lui a fait un bien fou, forcément », confirme René Degenne. On a essayé d’en savoir un peu plus sur ce retour aux sources auprès des siens, à la Réunion, mais Michelle, sa maman, n’a pas voulu se confier sans l’aval du fiston. Un fiston qui s’apprêtait à fouler la pelouse du Roudourou pour l’entraînement et qui n’a visiblement pas eu le temps de nous donner son accord. Tant pis.

L’âge et l’expérience aidant, Dimitri Payet a finalement essayé de digérer au mieux ce mauvais coup du destin et, devant les caméras de l’équipe de France, sur son lit à Clairefontaine, le joueur se la joue philosophe : « Le bon côté des choses, c’est que j’ai eu de longues vacances donc j’ai pu faire une préparation complète et depuis le début de saison ça se passe plutôt bien pour moi. » La tête dans le guidon, la poignée des gaz à fond et aucun coup d’œil dans le rétro, voilà donc la recette pour revenir au top et ne pas (trop) cogiter. Et ça paye, en effet. En deux mois, le joueur est redevenu le taulier de l’OM et Rudi Garcia n’a pas hésité à lui donner plus de responsabilité en lui offrant le brassard de capitaine.

Son retour en Bleu, « c’est la juste récompense de ce qu’il fait depuis des mois, a déclaré l’entraîneur marseillais dans L’Equipe mercredi. Dim est sur une très bonne dynamique, il doit en être à 5 buts et 5 passes décisives depuis le début de la saison. Il est performant, il joue pleinement son rôle de moteur de notre attaque et puis, au-delà de ça, c’est quelqu’un d’exemplaire, il a pris totalement la mesure de son rôle de capitaine. Il a pris une vraie dimension aussi de ce point de vue là. » « Sa sélection est dans la logique des choses, il a retrouvé un bon niveau, confirmait de son côté Didier Deschamps en conférence de presse. Il a toujours une influence importante sur le jeu de son équipe parce qu’il marque et fait marquer. Pour un joueur comme lui qui est dans la créativité, c’est quand même ce qu’on attend. »

Un nouveau statut à accepter

Reste qu’en équipe de France, depuis sa dernière apparition il y a presqu’un an jour pour jour, les choses ont changé, vite, très vite, et les rapports de forces ont été bouleversés, la faute à une jeunesse qui n’a pas le temps d’attendre et que le Mondial a propulsée au-devant de la scène. « Après le Mondial, je m’étais dit que ça serait plus compliqué de continuer avec cette jeunesse qui arrive fort, convient-il en toute humilité. Mais en fait je n’ai pas voulu arrêter sur cet épisode de la blessure. »

S’il n’y a que le temps qui nous dira comment Payet va gérer ce retour parmi les champions du monde, René Degenne n’a pas l’air de se faire trop de mouron : « Il est très costaud dans sa tête. Et puis aujourd’hui il a des enfants, il en a connu des expériences, il est blindé et il a toujours su résister aux différentes secousses qu’il a pu connaître dans sa vie. Ça va bien se passer. C’est quelqu’un qui est tellement, tellement attaché à ce maillot bleu qu’il va prendre ce retour comme quelque chose de positif. »

« Quand on en est éloigné, on se rend encore plus compte à quel point l’équipe de France est importante dans la carrière d’un joueur. J’ai encore l’envie de vivre des moments comme on en a vécu auparavant et je pense que j’ai encore quelques années à donner à l’équipe de France. Je ne sais pas si je peux me projeter aussi loin que l’Euro 2020 mais en tout cas je vais mordre dedans dès qu’on fera appel à moi. Je sais qu’il ne me reste pas beaucoup (de temps) donc je vais profiter au maximum. »

Ce traumatisme et cette absence du Mondial lui auront au moins fait prendre conscience que la carrière internationale d’un joueur passe vite et qu’il faut prendre tout ce qu’on peut prendre tant qu’il en est encore temps. Ça commence peut-être dès jeudi soir sur la pelouse de Guingamp.