Après le suicide d’une adolescente, le Brésil somme Discord de couper ses flux en direct
réseaux•Une agence régulatrice brésilienne a ordonné la suspension des transmissions en direct sur Discord après la mort de l’ado qui aurait été incitée au suicide sur cette plateforme20 Minutes avec AFP
Une décision choc après le suicide d’une ado, en direct. Au Brésil, une agence régulatrice a ordonné mercredi la suspension sous trois jours des transmissions en direct sur Discord après la mort de cette enfant qui aurait été incitée au suicide sur cette plateforme. Cette affaire a eu un grand retentissement dans ce pays ultra-connecté. Rosangela « Janja » da Silva, l’épouse du président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, avait réclamé le blocage de Discord la semaine dernière.
L’Agence nationale de protection des données (ANPD) dit avoir ordonné la suspension des directs sur cette plateforme très prisée par les adolescents en raison de « preuves solides que l’entreprise n’a pas adopté de mesures raisonnables » de prévention. « La plateforme a été utilisée de manière récurrente comme un environnement propice à la pratique de graves violations à l’encontre d’enfants et d’adolescents, dans des épisodes où les directs ont été régulièrement employés pour des pratiques de violence, de harcèlement, d’incitation à l’automutilation et au suicide », a détaillé l’agence.
Jeune fille incitée à se donner la mort
Dans un communiqué, Discord a affirmé que « la caractérisation faite par l’ANPD ne reflète pas la plateforme que nous avons construite ni les investissements que nous avons réalisés dans la sécurité des utilisateurs ». L’entreprise a par ailleurs rapporté avoir « désactivé avant la mort de l’adolescente » un « groupe de discussion privé » soupçonné d’être utilisé par « des individus impliqués dans des activités criminelles encourageant l’automutilation ».
La semaine dernière, la police a arrêté dans plusieurs Etats brésiliens cinq adolescents soupçonnés d’être en lien avec le suicide d’une jeune fille de 13 ans en juillet dans le centre-ouest du pays. Selon les enquêteurs, elle aurait été incitée à se mutiler et à se suicider lors d’une transmission en direct sur Discord. Lors d’une conférence de presse le jour des arrestations, le commissaire Alessandro Barreto, coordinateur du service de lutte contre les crimes cybernétiques au ministère de la Justice, a évoqué un « vrai film d’horreur ». Il a expliqué que la jeune fille avait été incitée à se donner la mort, « tout cela retransmis en direct ».
« Faille de modération »
« Avant, on voyait des majeurs recruter des mineurs. Ce que nous voyons maintenant ? Des mineurs recruter d’autres mineurs pour commettre des actes de barbarie. Cela s’appelle l’esclavage numérique », a-t-il ajouté. Le commissaire a dénoncé de « terribles failles de modération » de la plateforme dans la transmission, qui a duré environ 45 minutes. Il a cité comme exemple qu’un des suspects a dit avoir 148 ans en remplissant l’auto-déclaration d’âge exigée par la plateforme. Au Brésil, une loi entrée en vigueur en mars oblige les plateformes à relier les comptes des moins de 16 ans à ceux de leurs parents, et contraint les plateformes à vérifier l’âge des utilisateurs.
Le 6 août, la Première dame avait demandé d'« agir avec le pouvoir judiciaire pour retirer ce réseau horrible d’Internet ». Peu après l’ordre de suspension des directs, @Deuts, usager de la plateforme, a fustigé une « paranoïa du cercle féministe et boomer du PT », le Parti des travailleurs de Lula. « Je comprends la révolte […] mais on ne peut pas exempter de leur responsabilité des entreprises milliardaires », a tempéré@padeli. En 2024, la plateforme X avait été bloquée durant quarante jours sur décision de la Cour suprême brésilienne, jusqu’à ce que le réseau du multimilliardaire Elon Musk se conforme à des ordres judiciaires de supprimer des comptes accusés de désinformation.



















