Mondial de handball: Elle marche comment, en vrai, cette fameuse «transmission de philosophie»?

HANDBALL Les Experts bâtissent leurs succès sur un projet commun fondé il y a 10 ans...

Nicolas Camus

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Cédric Sorhaindo, Didier Dinart et Ludovic Fabregas, lors de JO de Rio en août 2016.
Cédric Sorhaindo, Didier Dinart et Ludovic Fabregas, lors de JO de Rio en août 2016. — Ben Curtis/AP/SIPA

C’est l’histoire d’une « république » de l’équipe de France. Depuis 2005 et un Mondial très mal embarqué miraculeusement terminé à la troisième place, les Bleus fonctionnent à partir de l’idée d’un projet commun, sur lequel tous les joueurs peuvent s’exprimer et apporter leur contribution. « Le niveau d’implication augmente. Et si les gens ont le sentiment de participer à une aventure qu’ils ont choisie, ils sont meilleurs », explique Claude Onesta, l’homme de cette (r) évolution, dans un documentaire de Canal + consacré aux coachs et leur technique de management (à partir de 18’35 pour Onesta, mais si vous avez deux heures devant vous regardez tout, c’est passionnant).

Convaincu ou non, on ne peut, de l’extérieur, que reconnaître que le système a fonctionné. Si les Experts ont remporté huit titres majeurs ces dix dernières années, c’est sur cette base, devenue une vraie philosophie de vie. Depuis, ceux qui étaient là lors de la ratification du traité sont chargés de la transmission aux nouveaux arrivants. Qui en seront eux-mêmes responsables quand les Omeyer, Karabatic, Narcisse, Sorhaindo, Guigou ou Abalo prendront une retraite bien méritée.

A (re)lire, ce papier qui date des JO: On a testé les bizuths des Bleus sur leur connaissance des Experts (et c'est pas joli joli)

Mais comment fonctionne-t-il, ce passage de témoin ? Quelle forme prend cette transmission au quotidien ? On a été questionner les petits jeunes pour tenter d’en percer les secrets. « Les anciens sont toujours là derrière toi, à t’aiguiller, à t’aider, à t’expliquer. C’est dans ces gestes-là que tu sens qu’il y a quelque chose de spécial, raconte Dika Mem, petit bébé de 19 ans (et 90 kg). Et dans la vie à l’extérieur, ils font tout pour t’intégrer. Personne ne se sent à l’écart ou mal à l’aise, c’est un signe. »

D’accord, mais dans le détail ? Il doit bien y avoir des discours particuliers. Dans notre cerveau, on imaginerait presque le capitaine Titi Omeyer en train de parler à ses ouailles, avec soutane blanche, collier à fleurs, perruque et fausse barbe.

C'était un peu mieux fait dans notre esprit...
C'était un peu mieux fait dans notre esprit... - Jean-Claude Paint

Apparemment, notre cerveau en fait un poil trop. « Il y a beaucoup à prendre dans ce que disent les anciens. Ils ont à cœur de nous aider, de nous apprendre leur savoir, mais ça ne va pas jusque-là, sourit Adrien Dipanda, 28 ans déjà mais en équipe de France seulement depuis 2015. Le truc le plus important pour les nouveaux, c’est l’humilité. Si vous venez là avec l’impression de tout savoir, vous pourrez faire un stage mais oubliez tout de suite le deuxième, on ne vous reverra pas. »

Le fait que ce soient aujourd’hui Didier Dinart et Guillaume Gille, deux anciens joueurs cadres, à la tête de cette équipe est tout sauf un hasard. Autre preuve concrète actuelle, la relation entre Cédric Sorhaindo et « son mini-lui » (dixit Dinart), Ludovic Fabregas. « Il me guide au quotidien, sur ma manière d’être d’un côté et de jouer sur le terrain de l’autre, dit le jeunot de 20 piges. On évolue au même poste. Je vais piocher chez lui ce qui me manque. Il est là pour moi. »

Ah oui, et tu lui dis quoi, Cédric ? « Ça, ça reste entre nous. C’est juste que moi je sais les manques que j’aie pu ressentir lorsque je suis arrivé en équipe de France [en 2005]. Il y a des mots qu’on a besoin d’entendre pour se libérer dans un groupe. J’utilise ce que j’ai vécu pour l’aider au mieux. Le truc, c’est de faire ressentir à l’autre la confiance qu’on a en lui. Même s’il est jeune. »

On parle là de ses liens privilégiés avec Fabregas, mais il n’y a pas que le jeune pivot. Sorhaindo est un papa poule qui ne laisse personne à l’écart. « Il a un rôle prépondérant dans l’accompagnement des jeunes, en les aiguillant, en leur donnant les références du groupe, les projets de jeu, note Guillaume Gille. Ça illustre bien ce qui se passe en équipe de France, dans la transmission intergénérationnelle, dans l’envie de permettre à tous les membres du groupe de pouvoir utiliser leur potentiel. » Car c’est bien là le but du jeu au final. Que les joueurs passent, et que les résultats demeurent.