«Pour un Koh-Lanta, la porte n’est pas fermée parce qu’il y a une notion sportive derrière»

INTERVIEW Par contre, Martin Fourcade n’est pas super chaud pour « Les Catalans à Miami »…

Propos recueillis par Gregor Brandy

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Martin Fourcade, photographié à la conférence de la MGEN Academy à Paris, le 6 avril 2018.
Martin Fourcade, photographié à la conférence de la MGEN Academy à Paris, le 6 avril 2018. — SIPA

Quand il faudra faire le classement des personnalités préférées des Français en fin d’année, il y a de fortes chances qu’on le retrouve aux premières places. Avec sa saison de folie sur les skis et à la carabine (trois titres olympiques, un septième gros Globe de cristal), Martin Fourcade a pris une nouvelle dimension auprès du public français.

De passage à Paris, dans le cadre de la présentation de la MGEN Académie, dont il est l’un des parrains, on en a profité pour parler avec lui d’autre chose que de biathlon et on l’a interrogé sur cette popularité qu’il a conquise au fil des années.

Avez-vous pris conscience de votre popularité et comment la mesurez-vous ?

Je n’essaie pas de la mesurer. Il y a des indicateurs, comme les réseaux sociaux. Mon premier boom a eu lieu pendant les Jeux olympiques de Sotchi. C’est progressif et constant depuis. Dans la rue aussi, même si c’est plus difficile à mesurer. Il y a des journées où on m’arrête 200 fois dans la rue, et d’autres où j’ai une capuche et des lunettes, et où donc on ne m’arrête pas.

Est-ce qu’elle change en fonction de vos courses ?

Plus maintenant. Même si forcément, avec les JO, c’était la folie. Et encore, je me suis pas mal caché la semaine où j’étais de retour. Je crois que je ne suis pas sorti une seule fois de chez moi. Mais ce qui est sûr, c’est qu’on me reconnaît beaucoup plus qu’avant et il n’y a plus cet effet « évènement » uniquement.

C’est une consécration ?

Je n’ai jamais cherché à être connu. Vraiment. J’ai souffert dans un premier temps que mon sport ne soit pas reconnu à sa juste valeur. Mais je n’ai jamais cherché à être connu, sinon, je n’aurais pas choisi le biathlon. Quand j’ai commencé, ça passait à la télé sur Eurosport, mais ce n’était pas connu. Il y avait certains champions de biathlon, qui étaient connus à l’image de Raphaël Poirée, Vincent Defrasne ou Sandrine Bailly. Mais ce n’était pas un sport médiatique à l’origine, en France. Je n’ai pas commencé le biathlon pour être connu.

Je cherche à être reconnu. Pas par vanité, mais en termes de reconnaissance par rapport à l’exploit sportif. Aujourd’hui, c’est le cas parce que j’ai une pratique et des résultats qui m’ont poussé à être mis en valeur auprès du grand public, et c’est une fierté.

La prochaine étape, c’est Les Enfoirés ?

Je suis un très mauvais chanteur. Je ne dis pas que je ne le ferai pas si on me le proposait, mais je me sentirais tellement comme un imposteur aux Enfoirés.

Les Enfoirés en 2014.
Les Enfoirés en 2014. - GAILLARD NICOLAS/APERCU/SIPA

Comment essayez-vous d’éviter de prendre la « grosse tête » ?

Je ne me fais pas de rappels, mais je fais attention dans mes actions. Quand j’envoie douze messages par jour à mon attachée de presse, je fais attention à dire merci à la fin du douzième. C’est le genre de choses qui commence comme ça. Prendre la grosse tête n’est pas quelque chose d’aussi caricatural qu’on peut le présenter. On pense au mec qui pète un câble, et ça je pense que ça ne m’arrivera jamais. Par contre, d’être moins agréable…

En revanche, refuser une photo ne m’a jamais choqué. J’étais aux championnats de France la semaine dernière, et je ne peux pas dire « oui », aux 10.000 personnes qui me demandent une photo. Ce n’est pas possible. Par contre, savoir dire « non » en étant respectueux ou en faisant un sourire quand on passe, c’est quelque chose que je veux continuer à faire. Même si c’est un effort à faire, quand on est fatigué, quand on a déjà passé une semaine à faire des dédicaces… C’est savoir garder la même attitude avec la 10.000e personne qu’avec la première.

Avec cette envie de reconnaissance médiatique pour le biathlon, ce n’est pas frustrant de voir le foot, par exemple, prendre tant d’espace ?

Non, dans le sens où il y a une logique qui fait qu’aujourd’hui, le foot intéresse quasiment 100 % de la population, mais finalement, ça n’empêche pas le partage, ça n’empêche pas que je reçoive beaucoup de messages de footballeurs professionnels qui me disent que ce que j’ai fait est génial, qu’ils suivent ma saison. Pareil pour le rugby ou le tennis.

Bien sûr que le foot prend une place énorme en France. C’est un sport de masse, qui, en plus a une vraie histoire en France. Bien sûr que des fois, voir une Une sur le foot, alors qu’il y a eu les Jeux paralympiques… mais ça reste une histoire d’intérêt de la population.

Peut-on avoir un équivalent en biathlon au retourné de Ronaldo, par exemple ?

Pour moi, il y a des courses en biathlon, qui sont bien plus impressionnantes qu’un retourné de Ronaldo. Parce que c’est ma passion, et que j’en vis. Je suis persuadé, que si on demande à un fan de biathlon, il trouvera que la mass-start des JO bien plus impressionnante que le retourné de Ronaldo, ce qui n’empêche pas de remettre chaque chose dans son contexte et de savoir que l’impact du retourné de Ronaldo est incomparable.

Vous avez indiqué avoir refusé des téléréalités par le passé. Lesquelles ?

Danse avec les Stars, Koh-Lanta et Splash.

C’est un non catégorique ou certains programmes pourraient plaire ?

Ca dépend du contexte. Danse avec les Stars, je n’aime pas la danse. Je ne ferai jamais un Danse avec les Stars ou un Splash. Après, pour un Koh-Lanta, la porte n’est pas fermée parce qu’il y a une notion sportive derrière.

Je suis contre l’aspect télé-réalité au sens Loft Story. Je ne suis pas contre l’idée de participer à un jeu à la télé. La nuance est là. Il y a de très bonnes choses qui se font à la télé. A partir du moment où ça me passionnera, où j’aurai envie d’embarquer là-dedans, je ne suis fermé à rien. Je suis fermé au fait de montrer ma vie privée, et mon intimité au plus grand nombre. Ca, je ne le ferai jamais pour n’importe quelle raison.

« Le Meilleur Pâtissier »? Votre compagne avait dit que le tiramisu était votre spécialité...

C’est une émission sur la cuisine, qui est quelque chose que j’adore, et je serais beaucoup plus enclin à faire Le Meilleur Pâtissier, que Les Marseillais à Miami. Ça existe, d’ailleurs ? C’est quelque chose que je ne ferai jamais. Mon frère a été sollicité pour participer à Secret Story, il n’y a pas longtemps. Il ne s’est pas posé la question. A l’inverse, il ferait un super candidat à Danse avec les Stars.

Vous avez régulièrement donné votre avis, notamment sur des questions politiques. Est-ce que ce n’est pas prendre le risque de se couper avec une partie des gens qui vous suivent ?

Si, c’est clivant. Quand je prends position contre Marine Le Pen pendant l’élection présidentielle, certains de mes fans qui doivent partager ses idées doivent se sentir loin de moi à ce moment-là. Mais je n’ai pas envie d’être aimé pour ce que je ne suis pas. Je pense que ce qui fait ma richesse en tant que sportif et en tant qu’homme, ce sont mes valeurs, mon état d’esprit. On dit souvent qu’on a les fans qui nous ressemblent. Moi, je suis fier de ça.

Le basketteur Joel Embiid expliquait vouloir s’amuser autant qu’il le peut avant que les gens ne se retournent contre lui. Ce retour de bâton, c’est quelque chose que vous redoutez en devenant une figure publique ?

Je pense qu’il m’est déjà arrivé d’être au centre d’une micro-polémique. Après, c’est l’importance que l’on y accorde… Je n’ai jamais eu de sextape ou de crise comme ça à gérer.

J’ai pris position sur le dopage, il y a deux ans, en Autriche à Hochfilzen. C’était une première gestion de crise dans ma carrière. Forcément, quand on est une personnalité publique et qu’on a envie de défendre ses convictions, il y a des moments où ça se retourne un peu contre nous. Il faut être intelligent et prendre un peu de recul dans certaines situations, par rapport à certaines critiques, qui sont forcément présentes quand on a une certaine popularité. Même si on fait bien les choses, c’est devenu un jeu et un sport national. Il suffit d’aller sur les réseaux sociaux et on découvre qu’on est toujours le bouffon de quelqu’un d’autre.

Vous êtes l’un des rares athlètes français à avoir un compte sur VKontakte et à avoir une grosse communauté de fans en Russie. Est-ce que ça rend compliqué de s’engager sur le dopage russe ?

C’est assez simple. J’ai eu des positions fortes sur le dopage. Jamais sur la Russie en tant que tel. Même si, ces dernières années, le dopage a souvent été incarné par la Russie. Sur les Jeux de Sotchi, notamment. J’ai toujours eu un avis assez tranché à ce sujet. J’ai cette intransigeance. Je crois que ça plaît aussi à mes fans russes. J’étais en Coupe du monde en Russie, il y a deux semaines, et j’ai eu un accueil exceptionnel de la part des Russes. J’étais, avec les Russes, sans doute l’athlète le plus soutenu. C’est une vraie fierté. Je n’ai rien contre la Russie. Je vis des moments extraordinaires là-bas. Si ce n’est pas le cas de tout le monde, les fans russes arrivent à faire la différence entre quelqu’un qui combat le dopage, et quelqu’un qui est anti-russe, ce qui n’a jamais été mon cas. Pour moi, le problème de dopage est aussi important à traiter en France et aux Etats-Unis qu’en Russie. La Russie n’a pas le monopole du dopage.

En matière de reconversion, vous vous voyez plus comme Yannick Noah ou comme Tony Estanguet ?

Noah, forcément, parce que je suis un très bon chanteur (rires).

Non, je ne me vois pas faire quelque chose à l’opposé de ce que je fais aujourd’hui. Je ne fais pas que du sport de haut niveau. Il y a les relations avec la presse, avec les partenaires.

Je pense avoir une ouverture d’esprit et une vision de ce que je veux faire plus tard. Je ne serai pas chanteur. Il y a certaines choses que je n’ai pas envie de faire, même si j’en avais l’opportunité. Après, ça paraît encore loin. J’ai encore deux ans où je veux m’investir au haut niveau, ce qui ne m’empêche pas d’accepter d’autres missions, comme je le fais pour Paris-2024, et commencer à me diversifier par rapport à ce que je faisais jusque-là.

Président du CIO, ce n’est donc pas pour tout de suite ?

Non.