Fatigue, records, médailles et globes... Dix trucs qui montrent que la saison de Martin Fourcade était folle

BIATHLON Elle était folle, cette saison de Martin Fourcade...

William Pereira

— 

Martin Fourcade et son 7e gros globe
Martin Fourcade et son 7e gros globe — Sergei Grits/AP/SIPA

Il fallait bien une mauvaise note dans cette saison proche de la perfection. Martin Fourcade a terminé la mass-start de Tyumen à la 19e place, la faute à une carabine enrayée (4 fautes). C’est son plus mauvais résultat en Coupe du monde cette saison et celui qui l’empêche de sceller un exploit qui aurait été complètement dingue : faire podium sur toutes les courses auxquelles il a pris part.

>> A lire aussi : Biathlon EN DIRECT: Fourcade était déjà en vacances.. Revivez la mass start

Mais tout ceci n’est que futilité. Le Français termine 2017-18 avec trois médailles d’or olympiques, un gros globe et tous les petits qui vont avec. Le tout malgré un Norvégien fou furieux en guise de rival (Johannes Boe). On peut difficilement faire mieux que cet exercice (même si l’intéressé nous avoue aujourd’hui avoir « été moins bon que l’année dernière ») dont on s’est dit qu’il serait pertinent de refaire le film. En dix points forts. C’est cadeau.

  • Le gros coup de fatigue qui aurait pu tout gâcher

Si la saison de Fourcade a connu une issue malheureuse, le début aurait pu être pire. Fin octobre, le meilleur biathlète du monde inquiète aux championnats de France avec une 11e place sur le sprint et un septième rang sur la poursuite. Un virus l’affaiblit et on craint le retour en seconde lame de la même mononucléose qui l’avait frappé en 2014. Il fait des examens, donne des interviews en attend les résultats. Puis revient au plus haut niveau à temps. En conférence d’après mass-start à Tyumen, le bougre avouera quand même « traîné cette fatigue toute la saison à part à deux ou trois reprises ».

  • Boe lui colle une minute sur la poursuite du Grand-Bornand

Martin est quand même très vite d’attaque pour aborder la saison de son septième gros globe de cristal. Il faut au moins ça pour contenir les assauts répétés de Johannes Boe, lequel a décidé qu’il était temps que Fourcade ait enfin un adversaire à sa mesure. Au Grand-Bornand, le Norvégien lui envoie un message en le reléguant à une minute sur la poursuite, l’exercice de prédilection du maître. Le danger est réel : cette Coupe du monde n’aura rien à voir avec la promenade dominicale de 2016-17.

  • Le récital sur l’individuelle de Ruhpolding

On commence à connaître suffisamment l’homme pour comprendre que le leader de l’équipe de France de biathlon fonctionne beaucoup à l’orgueil. On ne met pas des taules au patron sans s’exposer à de lourdes représailles. Sur l’individuelle de Ruhpolding, dans une de ces grosses ambiances allemandes, Fourcade a au bout de sa carabine une course magistrale. En dépit d’une faute de rien du tout sur le dernier tir, il gagne en moonwalk et rend la politesse à Johannes Boe, qui termine troisième à plus d’une minute de sa majesté. Que cela serve de leçon.

  • Le tacle viril à Europe 1 sur Twitter

Contexte : la bataille entre Martin Fourcade et Johannes Boe fait rage. Le Français est en tête du général de la Coupe du monde mais son dauphin compte plus de victoires. À Anterselva, ce dernier remporte le sprint et porte à huit son nombre de succès depuis le coup d’envoi de la saison. L’AFP titre « Fourcade encore battu par Boe », certains médias reprennent la formule et Europe 1 prend pour tout le monde sur Twitter. Tacle appuyé, mais réglementaire. L’histoire se termine bien et la France de l’humour en sort grandie.

  • Porte-drapeau de la délégation olympique française

Défiler par -30 degrés pour agiter un drapeau devant un stade non moins frigorifié au côté d’un Tongien à moitié nu, on a connu plus emballant. Sauf quand il s’agit de le faire en qualité de porte-drapeau de la délégation française aux Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang. Un aboutissement, un de plus, pour Martin. D’autant qu’il s’agissait a priori de ses dernières olympiades sur les skis.

  • Les deux balles ratées sur l’individuelle à Pyeongchang

Au moment où le déjà champion olympique 2018 de la poursuite se pointe pour la quatrième et dernière fois sur le pas de tir du domaine d’Alpensia, à Pyeongchang, le bonhomme réalise une aussi bonne course, sinon meilleure, qu’à Ruhpolding. Puis réalise que tout ceci était bien trop simple : il envoie valser hors cibles les deux dernières balles de la course pour servir sur un plateau d’argent l’or olympique à Johannes Boe. Foutu cordon qui passe pas. Un mois plus tard, on a toujours les boules.

  • La photo-finish sur la mass-start olympique

Le destin sait se montrer taquin. Sur le départ en ligne des JO, il décide de faire peur à tout le monde, des supporters à Fourcade en personne, lui qui vivait jusqu’ici avec le spectre de la photo-finish de 2014 sur ce sprint perdu au profit d’Emil Svendsen. Quoi de mieux pour ça que de répéter le scénario d’il y a quatre ans, avec un duel aux skis sur la dernière ligne droite – cette fois avec Simon Schempp - pour permettre à Martin de prendre sa revanche. Le Français s’en sort avec un jeté de skis parfait. L’or au cou, l’esprit apaisé, le champion peut terminer ses JO tranquillement.

  • Le record de Jean-Claude Killy battu

« Ce n’est pas une réponse pour me la jouer cool, mais je ne rêvais pas d’être le français le plus titré. Ce n’est pas du tout un rêve de gosse. Je rêvais d’être champion olympique. Ça fait bizarre de me retrouver tout seul devant. » En résistant au retour de Schempp sur le final de la mass-start olympique, Fourcade a décroché l’or olympique pour la quatrième fois et dépassé Jean-Claude Killy. Un honneur pour lui, même si les records restent avant tout un truc de supporters et journalistes.

  • Le relais de fou furieux sur l’or en mixte aux JO

Marie Dorin a fait le job, Anaïs Bescond limite la casse, Simon Desthieux remonté la pente et Martin Fourcade fait du Martin Fourcade. Sur le relais mixte des JO 2018, on a vibré. Beaucoup. On le doit en grande partie au leader de l’équipe, en feu comme jamais sur les neiges sud-coréennes. Souvenez-vous de cette attaque sur Peiffer tel un Warren Barguil des neiges pour déposer l’Allemagne et filer seul vers la victoire. Fusée.

  • Le sprint de Tyumen qui clôt le débat et le place au-dessus de Bjoerndalen

Boe, Fourcade. Fourcade, Boe. On nous promettait un duel final digne des plus belles épopées à Tyumen pour décider du sort de la Coupe du monde. Que nenni. Le Catalan martyrise la concurrence (Desthieux, deuxième, pointe à plus de 30 secondes) sur la première course de la semaine et plie prématurément le débat. Le Norvégien lui a facilité la tâche en terminant 13e de cette course mais qu’importe : le champion reste champion. Mieux, il l’est pour la septième fois consécutive. C’est plus fort que Bjoerndalen, détenteur de six gros globes de cristal. Encore une défaite pour la Norvège.

Et Martin, il en pense quoi de cette saison ?

Du bien. Mais moins que ce à quoi on pouvait s’attendre. « Pour moi, j’ai été clairement moins bon. J’avais plus de marge sur la concurrence l’année dernière », n’a pas hésité à lancer le Français au bout du fil. Il retient la frustration du sprint olympique et élit la poursuite et la mass start de Pyeongchang comme « les meilleures émotions de la saison, avec le classement général de la Coupe du monde. » Et le grand chelem de podiums ratés, dans tout ça ? « C’était pas un objectif. J’attends quand même le biathlète qui battra le record de podiums sur toutes ces courses », se marre-t-il. Il n’est probablement pas né.