Coupe de France: «Les Herbiers, une étincelle pour le foot vendéen», estime Philippe de Villiers

INTERVIEW L'ancien député européen, qui sera derrière Les Herbiers, mardi soir, à la Beaujoire, raconte pour «20 Minutes» sa passion du ballon rond...

David Phelippeau

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Le Vendéen Philippe de Villiers.
Le Vendéen Philippe de Villiers. — LOIC VENANCE / AFP
  • Philippe de Villiers, ancien député, est un fervent supporter des Herbiers, qui affrontent  Chambly en demi-finale de la Coupe de France mardi à 21 h 05 à la Beaujoire.
  • L'ancien secrétaire d'Etat évoque sa passion pour le football.

Philippe de Villiers devrait être à la Beaujoire mardi soir pour la demi-finale de Coupe de France Les Herbiers (N)-Chambly (N). Pour encourager « sa ville », mais aussi par amour du foot. Car l’ancien président du Conseil général de Vendée est un passionné du ballon rond « depuis sa plus tendre enfance ». Pour 20 Minutes, fin février dernier (interview réalisée avant le quart de finale contre Lens, le créateur du Puy du Fou s’était remémoré ses souvenirs de footballeur. Avec beaucoup d’humour, une précision des noms obsessionnelle et un ton révolté à l’évocation du foot-business actuel.

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Un club vendéen en quart de finale de la Coupe de France (entretien réalisé avant le quart de finale), ça vous inspire quoi ?

Quand je suis devenu président du Conseil général [en 1988], j’avais trois rêves. Le premier : faire flotter l’emblème de la Vendée sur toutes les mers du monde, c’est le Vendée Globe. Le deuxième, recevoir le départ du Tour de France, ce qu’on a fait trois fois et ce qu’on va faire une quatrième fois cette année. Et le troisième : avoir une grande équipe de foot. Les Herbiers ont tous les atouts pour devenir un grand. Ce qu’on n’arrive pas à faire par le championnat, je rêve qu’on le fasse par la Coupe. Cela peut être l’étincelle pour le foot vendéen. Si vraiment, on gagne mardi, tout est possible… C’est une belle aventure. Carpe diem.

Philippe de Villiers, avec l'écharpe des Herbiers autour du cou.
Philippe de Villiers, avec l'écharpe des Herbiers autour du cou. - NATACHA FAVREAU / AFP

Croyez-vous qu’un jour la Vendée aura son club de très haut niveau ?

C’est probable. Pour avoir une grande équipe pro, il faut trois conditions : un stade, une équipe de dirigeants qui a des moyens de recruter des grands joueurs et des sponsors. On n’y est pas parvenus pour l’instant car on a plusieurs clubs qui se neutralisaient dans leurs ambitions.

En 2016, la fusion la Roche-sur-Yon/Luçon a échoué…

Oui, et c’est compréhensible. Vous ne pouvez pas demander aux Luçonnais, aux Fontenaisiens, aux Yonnais ou aux Herbretais de se fondre en disparaissant.

D’où vient votre passion du foot ?

Mon père était lui-même ancien footballeur. Il nous a initiés au foot mes frères [trois] et moi. Il nous a d’abord emmenés au stade Malakoff [avant Marcel-Saupin]. Le premier match que j’ai vu c’était Lille-Saint-Etienne en Coupe de France en 1959 [saison 1959-1960]. (Il égrène les noms des Stéphanois)… C’est mon premier "choc".

Puis, quand Nantes est monté en 1re division en 1963, notre père nous emmenait à chaque match. On n’en ratait aucun (Il égrène le nom des Canaris de l’époque). C’était fantastique. Le jeu à la nantaise était le Barça du pauvre. Quand on voit le Barça aujourd’hui, c’est le jeu à nantaise de l’époque puissance 10.

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Vous étiez un bon footballeur vraiment ?

On a créé mon père, Bertrand [son frère], Pierre [son autre frère] et moi, l’Etoile sportive de Boulogne en 1971. On rêvait d’avoir un club. On a fait monter ce club en première division de district. J’ai été capitaine pendant dix ans. J’étais un bon joueur, mais en première division de district ! Mon fait de gloire : avoir été dans la sélection des Pays de la Loire en 1971 et d’avoir joué à la Roche-sur-Yon devant des milliers de spectateurs. C’était à l’occasion du jubilé de Raymond Kopa. J’étais chargé de le marquer. Il était en fin de carrière, mais avec un coup de hanche, il me faisait voler…

Philippe de Villiers, en 1998, devant un match de foot.
Philippe de Villiers, en 1998, devant un match de foot. - ANDANSON/SIPA

Vous avez rêvé de devenir pro ?

Quand j’étais en seconde, je rêvais d’être pro. Mais, je me souviens d’un coup de fil de mon père… Il m’avait dit que je n’y arriverais pas. Peut-être en CFA mais pas plus haut. Et mon second rêve : diriger un club. En 2005, on m’a proposé la présidence du FCN. Il fallait quelqu’un avec la carrure et une aura régionale. Dassault m’avait demandé, mais je lui avais dit que j’étais trop pris par le Puy du Fou.

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Le football, c’était une marotte avec vos frères ?

Oui, avec Bertrand, mon frère, on avait fait un musée du football. On avait des trophées et des autographes. J’avais écrit à Raymond Kopa pour avoir en avoir un. À Noël, j’ai demandé à ma famille un abonnement à des magazines de sport et surtout de foot. Toute ma culture personnelle, je la dois aux journalistes sportifs. Mes parents me reprochaient de ne pas lire alors que ne faisais que ça… (rires) J’ai appris en lisant la presse que le fils de Kopa avait une leucémie. Je lui ai écrit une lettre pour lui dire d’être courageux. Juste après, dans France Football, j’apprends que le sélectionneur français décide de ne plus prendre Kopa en Bleu. On est 1962-63. Je lui ai écrit encore en lui disant que le sélectionneur était un connard. Il m’a répondu et on a échangé des courriers. Un jour, on me dit qu’il était au Puy du Fou. Mon cœur n’a fait qu’un tour, je suis allé le voir. On a passé la soirée ensemble. Je lui ai donné la composition des équipes de Reims des belles années. Je lui trouvais même des noms qu’il avait oubliés… Je lui ai raconté sa vie. On a pleuré tous les deux quand on a parlé de son fils.

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Quand vous étiez très actif en politique, comment suiviez-vous le football ?

Ma collaboratrice avait le secret. Elle mettait sur son agenda « réunion ». Ça voulait dire qu’il y avait un match… Pendant toute la période de vie publique, je ne regardais que les quarts, demis et finales de Coupe d’Europe. Aujourd’hui, mon club c’est le Barça. Je ne rate pas un seul match de cette équipe. Cette passion pour Barcelone date de 2006. Un soir, je vois jouer Ronaldinho, Eto’o et le tout jeune Messi. J’appelle mon frère Bertrand et je lui dis : « Regarde ce petit jeune Messi, c’est un phénomène. C’est un nouveau Kopa. » Bertrand me rappelle une heure après en me disant : « Il est plus fort que Pelé ! » Grâce à un ami d’enfance, on est allés à Barcelone il y a quelques années. On a fait 18 heures de route en tout pour parler avec Iniesta, Messi et Abidal.

Et avec d’autres hommes politiques, vous parliez foot ?

Dans le milieu politique, on était trois à connaître le foot. Philippe Seguin, Jean-Pierre Soisson et moi. Un jour, Seguin m’a dit : « Un mec qui connaît le foot comme toi ne peut pas être tout à fait mauvais ! » Un autre aussi : c’est François Hollande. À chaque fois qu’on se voyait, on parlait de foot. Ce sport avait établi des ponts entre nous.

Bernard Tapie aussi. Le soir de France-Bulgarie en 1993, au Parc des Princes, à la mi-temps, il me dit : « Tu vas voir, la France va se prendre un but à la fin ! » Incroyable. Quand Kostadinov marque, il me tape sur la cuisse. Là, je lui ai dit : « Je savais que tu étais un bandit, mais pas un sorcier ! »

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Et que pensez-vous du foot actuel ?

Le souci du foot aujourd’hui c’est la gangrène de l’argent. Ce qui a fait que j’ai un peu décroché du foot français, c’est ça. Du temps de (Henri) Michel ou de Deschamps, et a fortiori de Blanchet et Simon, on faisait sa carrière dans le club. Parce qu’on était du coin, enraciné. Le public identifiait des petits gars du pays. Maintenant, ce sont des gladiateurs, des mercenaires. Il y a même deux mercatos par an ! On ne peut plus s’attacher à un club comme on pouvait s’y attacher avant. Le PSG donne le la. Et tout le monde court derrière. La mutation du foot, je la résume comme ça : avant, il fallait faire naître du talent, aujourd’hui, il faut rassembler beaucoup d’argent !

Vous êtes nostalgique ?

Il y a des choses qu’on n’oublie pas. En 1964, j’entends encore le stade exploser tous les samedis soirs et il y avait un mec avec une voix de stentor qui hurlait depuis la tribune populaire : « Gondet ton but ! » (il crie dans le téléphone).

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La démolition probable de la Beaujoire doit vous attrister ?

Un stade c’est comme une cathédrale. L’encens, ce sont les merguez. On campe ses souvenirs dans un stade. C’est comme si on me demandait de faire le Puy du Fou à dix kilomètres du lieu actuel. On ne peut pas faire ça. Il y a quelque chose de profondément affectif dans un stade.

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