OL : Jeu à la nantaise, homme sanguin… Ça donne quoi Reynald Pedros comme entraîneur?

FOOTBALL FEMININ Après deux expériences dans le football amateur masculin, entre DH et CFA, l'ancien milieu offensif nantais va faire face à un immense défi avec les féminines de l'OL...

Jérémy Laugier

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Reynald Pedros a participé en septembre 2012 à Autrans (Isère) à une session d'entraînements en anglais destinée aux entraîneurs alors sans emploi.
Reynald Pedros a participé en septembre 2012 à Autrans (Isère) à une session d'entraînements en anglais destinée aux entraîneurs alors sans emploi. — PHILIPPE DESMAZES / AFP
  • Décrit comme « une personnalité atypique », Reynald Pedros est à 45 ans devant son plus gros challenge en tant qu’entraîneur
  • Il est le premier coach sans la moindre expérience dans le football féminin propulsé à la tête de l’OL, qui reste sur 11 titres de championnes de France consécutifs et même deux triplés de rang
  • 20 Minutes s’est mis sur les traces de Reynald Pedros dans sa région natale d’Orléans, où il a coaché entre 2008 et 2012, de DH à CFA

S’il y a bien une décision de Jean-Michel Aulas que personne n’avait vu venir, c’est cette nomination de Reynald Pedros à la tête de l’équipe féminine, pour deux saisons plus une en option. Car l’ancien milieu offensif aux 25 sélections avec les Bleus dans les années 90 n’a jusque-là entraîné que des hommes, qu’il n’était plus en poste depuis cinq ans et qu’il avait simplement été en charge d’effectifs allant de la DH au CFA.

Autant dire un autre monde par rapport aux nombreuses internationales de l’OL, auteurs d’un deuxième triplé consécutif avec Gérard Prêcheur. 20 Minutes a donc cherché du côté d’Orléans ce qui a séduit JMA dans le profil de cet ex-joueur prêté sept mois à l’OL en 1997-98.

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« Il est piqué à vie par le jeu à la nantaise »

Alors éducateur au FCO Saint-Jean-de-la-Ruelle (Loiret), Sébastien Lory a contribué au premier challenge sur un banc de Reynald Pedros (âgé à ce moment-là de 36 ans), lors de la saison 2008-2009 en DH. « On a vite senti qu’il était piqué à vie par le jeu à la nantaise découvert auprès de Denoueix et de Suaudeau. Ses séances d’entraînement étaient toutes basées sur le jeu, c’était un régal », se souvient-il. Car l’ancien prodige des Canaris n’a pas attendu de pouvoir s’appuyer sur Marozsan, Hegerberg et Le Sommer pour jouer la carte de l’offensive.

« Il tenait à se projeter le plus rapidement possible vers le but adverse. Avec lui, il ne fallait surtout pas se contenter de matchs nuls. Même s’il était difficile de faire pratiquer du jeu à la nantaise à un petit club de CFA comme le nôtre, l’idée directrice était là », explique David Soubieux, défenseur en équipe première à Saint-Pryvé Saint-Hilaire. Avec cette autre formation amateur de l’agglomération orléanaise, Reynald Pedros a réussi un petit exploit en accédant au CFA dès sa première saison (2009-2010), avant d’enchaîner une relégation immédiate puis une huitième place assez décevante en CFA 2 (2011-2012).

« Avec lui, j’avais l’impression d’avoir un parent proche »

« Ça ne lui posait pas de problème qu’on encaisse quatre buts, à condition qu’on soit capable d’en inscrire cinq », sourit Jean-Pierre Augis, manager général du Saint-Pryvé Saint-Hilaire FC lors des trois saisons de cet adepte du 4-4-2 (avec deux ailiers) au club. « Le jeu qu’il prônait nous amenait à nous livrer et il est certain qu’on prenait plus de risques que dans beaucoup d’autres équipes », confirme l’attaquant ivoirien Fabrice Seidou, qui garde « un très bon souvenir » de sa saison 2011-2012 avec l’ancien héros maudit de l’Euro 1996.

« Il a carrément relancé ma carrière, s’emballe l’ancien joueur de Carquefou. Avec lui, j’avais l’impression d’avoir un parent proche sur le banc tant il a su me remettre en confiance. Il était toujours très calme et très positif avec nous. » Un constat qui n’est pas partagé par tout le monde. « Autant il était charmant et introverti dans la vie, autant il était sanguin sur le bord du terrain, indique ainsi Jean-Pierre Augis, désormais coprésident au SPSH FC. Je me souviens même qu’il avait récolté une dizaine de matchs de suspension pour avoir fait arrêter un match de Coupe. »

« Coacher une équipe masculine ne l’attirait plus trop »

« Il me criait des fois dessus sur le terrain, c’était son côté espagnol sanguin, confirme son ex-compère au FC Nantes Patrice Loko. Mais il s’est assagi et il gère beaucoup mieux ses pulsions en tant qu’entraîneur. » Décrit comme « une personnalité atypique », Reynald Pedros reste quand même très apprécié autour de sa ville natale. « Il fait un peu renfermé au départ et il prend son temps pour observer les choses. Puis il se libère et c’est un vrai bon mec », résume Sébastien Lory. Outre son rôle de consultant sur Canal + et Infosport +, le champion de France 1995 était conseiller du président d’Orléans Philippe Boutron lors des deux dernières saisons.

« Il est arrivé avec sa crédibilité naturelle et il a apporté un œil avisé et beaucoup de recul, que ce soit avec le staff technique et avec certains joueurs », apprécie le dirigeant du club maintenu en Ligue 2. Reste qu’aucun de ces joueurs et dirigeants n’a souvenir d’avoir parlé une seule fois de football féminin avec Reynald Pedros, propulsé à la tête de la plus grosse armada d’Europe dans la discipline. « Sincèrement, je ne m’attendais pas du tout à le retrouver là, confie même Philippe Boutron. Mais quelque part, j’ai bien senti que coacher une équipe masculine ne l’attirait plus trop. Il s’éclatait plus dans son job de consultant à la télévision. » « Je ne suis par exemple pas sûr qu’il ait un réseau dans le football féminin », glisse Jean-Pierre Augis.

« La pression, elle est dans le verre »

Des supporters de l’OL ne manquent d’ailleurs pas de le taquiner depuis son arrivée en ressortant l’un de ses rares tweets consacrés au football féminin et surtout… au rival parisien, il y a deux ans. « On part un peu dans l’inconnu », a confié la semaine passée sur Eurosport la capitaine lyonnaise Wendie Renard. Comme pour le grand public, on imagine que cet étonnant choix ne transcende pas les joueuses, de prime abord, juste après deux longues expériences réussies avec des figures reconnues dans le football féminin, Patrice Lair (2010-2014) puis Gérard Prêcheur (2014-2017).

« La pression, elle est dans le verre », s’amusait Reynald Pedros lors de son tout dernier passage sur Infosport +. Présent lors des récentes célébrations de Saint-Tropez, l’intéressé se sait malgré tout exposé comme jamais dans sa jeune carrière d’entraîneur. Après 11 années de règne total en D1 côté lyonnais, il tiendra à ne pas devenir le Claude Puel de l’OL féminin. « C’est une très bonne chose pour lui de retrouver le terrain, insiste Patrice Loko. Reynald aime les challenges élevés et il va réussir, j’en mettrais ma main à couper. »