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InterviewJO, enfance… La gymnaste Morgane Osyssek se confie sur son parcours

JO de Paris 2024 : « Il y a eu un peu panique à bord »… La gymnaste Morgane Osyssek révélée sur le tard au haut niveau

InterviewMorgane Osyssek et l’équipe de France ont réussi à décrocher une médaille lors des championnats du monde, une première depuis 1950
Morgane Osyssek lors des championnats du monde à Anvers, en Belgique.
Morgane Osyssek lors des championnats du monde à Anvers, en Belgique. - AFP / AFP
Propos recueillis par Antoine Huot de Saint Albin et Aymeric Le Gall

Propos recueillis par Antoine Huot de Saint Albin et Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Chaque jeudi, « 20 Minutes » reçoit un athlète qui rêve de podium aux JO 2024 dans son émission Twitch LCTC. Cette semaine, il s’agit de Morgane Osyssek.
  • La gymnaste a ramené des Mondiaux une médaille de bronze dans le concours par équipes, une première depuis soixante-treize ans.
  • La pensionnaire de l’Insep a percé sur le tard au haut niveau.

Le grimoire commençait à prendre la poussière. Depuis 1950, l’équipe de France de gymnastique était à chaque fois repartie bredouille des championnats du monde. Le ménage a été fait en octobre dernier, quand Mélanie De Jesus Dos Santos, Coline Devillard, Marine Boyer, Lorette Charpy et Morgane Osyssek sont reparties d’Anvers avec la médaille de bronze, juste après avoir assuré un quota olympique pour les Jeux de Paris.

A bientôt 21 ans (le 15 décembre), Morgane Osyssek est revenue, dans notre émission « Les croisés tu connais », sur son parcours et son départ à l’âge de 10 ans de chez ses parents, ses rêves de Jeux olympiques, ses Mondiaux en compagnie de la GOAT Simone Biles.

Malgré le quota obtenu lors de ces Mondiaux, vous n’êtes pas personnellement assurée d’avoir votre place pour les JO de Paris…

On a qualifié l’équipe, mais ce n’est pas nominatif. Je vais tout faire pour me qualifier, forcément. Les tests de sélection vont bientôt débuter sur la saison prochaine. Après, l’objectif reste d’avoir la meilleure équipe sur le moment, donc la sélection se fera assez tardivement, et c’est pareil pour toutes les compétitions, que ça soit les JO ou les Monde. On a plusieurs compétitions de référence sur lesquelles les entraîneurs vont pouvoir se baser. On commence par un groupe plus ou moins large de filles, et ça se rétrécit au fur et à mesure, à l’approche de la compétition. Ils vont regarder les résultats, la forme physique, les blessures…

Comment vous sentez-vous par rapport à cette sélection ?

C’est un peu stressant, mais je me dis de donner le meilleur que je puisse donner. Si ça marche, tant mieux, si ça ne marche pas, c’était que ce n’était pas pour maintenant. Il faut penser au meilleur pour l’équipe, pour la qualif. C’est sûr que je serai déçue si je n’étais pas qualifiée, mais je donnerai tout ce que je peux. On verra.

L’objectif, lors de ces Mondiaux, c’était la qualif olympique. Pour cela, il fallait finir dans les neuf premières équipes des qualifs. Vous finissez septièmes, et ensuite, lors de la finale, vous allez chercher, un peu à la surprise générale, le podium…

Notre objectif était de nous qualifier pour les Jeux et pour la finale équipe. Sur les qualifs, on a fait un bon match, mais pas un match parfait. On savait qu’on avait une marge de progression. Comme on savait qu’on avait gagné ce quota olympique, on abordait la finale plus comme une récompense que comme quelque chose de stressant. On n’est pas allées « chercher » la médaille, on est allées chercher le match parfait, avec le plaisir d’être là et d’avoir notre quota olympique.

« Dans tous les cas, c’est stressant de faire une finale internationale, mais le voir d’un autre angle, ça peut être une bonne idée pour les autres finales, de ne pas se mettre une pression parce que c’est une finale, de juste faire le taf qu’on a à faire et voir le résultat après. » »

C’est la première fois depuis 1950 que la France accroche une médaille, vous vous êtes rendu compte d’avoir marqué l’histoire de votre sport ?

On était toutes extrêmement fières de nous, toutes très contentes. C’était un moment incroyable, très très riche en émotions. Même la semaine qui a suivi, on était toutes sur notre petit nuage. Forcément, d’avoir eu cette médaille mondiale, ça donne envie d’aller en chercher d’autres, d’avoir toujours plus et de continuer.

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Ça vous a fait quoi de concourir aux côtés de Simone Biles ?

C’est une bonne expérience. Ce sont des gyms que je vois à la télé ou en vidéo plus que dans la vraie vie. Rien que d’être dans la salle d’échauffement et discuter avec elle, car Mélanie [de Jesus dos Santos] est partie aux Etats-Unis, elle la connaît, c’était juste incroyable. Je commençais à peine la compétition que j’avais des étoiles plein les yeux.

Pendant longtemps, la gym, pour vous, c’était du plaisir, et pas du haut niveau…

J’ai commencé la gym à 2 ans, en baby gym. J’étais très active, et il me fallait un sport pour me dépenser. J’habitais à Haguenau [Bas-Rhin], pas très loin du gymnase, donc mes parents m’ont mise là-bas. Petit à petit, j’ai continué, en loisir, en sport-études. Quand je suis parti en pôle, à 10 ans, je suis partie loin de ma famille, j’étais toujours dans l’optique de m’amuser, je ne pensais pas aux responsabilités, je ne regardais pas le haut niveau, j’étais vraiment innocente. Il y en a, déjà à 10 ans, qui regardent le haut niveau, se rendent compte de ce qu’il faut faire. Les parents jouent aussi un rôle là-dedans. Les miens m’ont toujours soutenue lors des compèt, mais ne m’ont jamais poussée à faire ça. Si ça n’allait pas, ça n’allait pas. Pour moi, la gym, c’était du plaisir.

Du coup, vous êtes arrivée sur le tard au haut niveau…

J’étais plutôt forte dans mes années juniors, et, c’est vrai, après que j’ai eu des blessures qui m’ont écartée des gymnases pendant un an, j’ai changé de structure en venant à l’Insep. J’avais un niveau correct, mais je n’étais pas dans les grosses sélections. Les Europe séniors, je les ai faits la première fois il y a deux ans. En gym, au haut niveau, où on passe séniors à 14 ans, faire mes premiers Europe à 18 ans, c’était tard. Les coachs n’ont pas hésité quant à mon âge, c’était surtout sur mon manque d’expérience, à me dire si j’allais assumer la pression des Europe, Monde alors que je n’avais pas beaucoup de grosses compétitions derrière moi. Au début, ce n’est pas le plus facile. Moi, je ne me mettais pas plus de pression que ça, mais arrivée sur le plateau le jour J de la compèt, il y a eu un peu de panique à bord.

S’en aller de la maison à 10 ans, comment l’avez-vous vécu ?

Ça a été plus dur pour mes parents que pour moi. Moi, j’étais contente, je suis partie avec d’autres filles de mon âge et de ma région, et ça a été plus difficile pour certaines filles que pour moi. Moi, je rentrais dans le train, je disais salut et à bientôt. D’autres filles restaient sur le quai, presque à en pleurer.

Avez-vous l’impression d’avoir sacrifié une partie de votre jeunesse ?

Comme ma carrière en sénior a débuté tard, je me suis posé la question : est-ce que je ne préparerais pas une vie normale plutôt que d’essayer d’attraper une équipe et ne jamais être dedans ? Au collège, j’étais dans une classe « normale », avec des non-sportifs, tu te demandes si tu ne ferais pas mieux d’aller en cours avec eux, de sortir au ciné plutôt que me taper tous les jours à la gym. Mais j’avais toujours cet espoir de faire quelque chose dans la gym, et la peur de regretter d’avoir arrêté trop tôt. Au final, j’ai bien fait, je ne regrette rien.

Vous enchaînez depuis toute jeune, avez-vous le besoin de parfois couper, notamment pour se préserver mentalement ?

Oui, forcément, il y a besoin de couper, de souffler, de se ressourcer. Au bout d’un moment, même si le corps n’a pas besoin, la tête le demande, ou inversement. On a un planning très cadré sur ça. On a des week-ends un peu plus longs, des vacances en plus, quelques jours de repos après des grosses compétitions. Le planning est très bien fait dans la saison pour ça. Moi, je sais que j’aime bien rentrer chez moi au moins une fois par mois pour voir ma famille et souffler. On a beaucoup d’accompagnement (mental, diététique, kiné…) possible à l’Insep, après c’est à nous de choisir si on le fait ou pas. Moi, cette année, je suis suivie au niveau mental.

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