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JO de Paris 2024 : « Dans le skate, les Jeux, ce n’est pas le graal », assure le Bordelais Edouard Damestoy
INTERVIEW•Premier skateur français vainqueur des X Games, le Bordelais Edouard Damestoy a pour objectif de se qualifier pour les JeuxPropos recueillis par Antoine Huot de Saint Albin et William Pereira
L'essentiel
- Chaque jeudi, « 20 Minutes » reçoit un athlète qui rêve de podium aux JO 2024 dans son émission Twitch LCTC. Cette semaine, il s’agit d’Edouard Damestoy.
- Le skateur bordelais a été le premier français à remporter les X Games.
- Edouard Damestoy a pour objectif de se qualifier pour les JO 2024 à Paris et de developper sa discipline, peu pratiquée en France.
Il est le premier skateur français à avoir remporté les X Games, avec le Mega Park en 2022. Et puis, comme si ça ne suffisait pas, Edouard Damestoy a remis ça quelques mois plus tard, cette fois sur la « Vert » (une discipline avec une rampe de quatre mètres), au Japon. A 24 ans, le Bordelais s’est fait un nom dans une discipline essentiellement pratiquée par des Américains et des Brésiliens.
Aujourd’hui blessé, Edouard Damestoy a pour objectif de se qualifier pour les Jeux olympiques de Paris en 2024. Dans l’émission « Les croisés tu connais », diffusée tous les jeudis, celui qui a joué le rôle d’Al Pinto dans la série « Des jours meilleurs », a raconté son parcours et les spécificités de la culture skate, lui qui avait commencé par le surf.
A moins d’un an des JO, vous vous êtes fait les croisés. Cela compromet-il vos chances de qualification ?
Lors d’un entraînement à Rome avant les championnats du monde, il y a un mois et demi, je me suis fait une rupture totale. J’en ai pour trois à quatre mois de convalescence, mais je me dis que ça va bien se passer. A chaque fois, j’ai gagné les compétitions qui ont suivi mes blessures, donc j’ai hâte de voir ce que l’avenir me réserve. Même si je n’ai pas pu participer aux Mondiaux, grâce à mes résultats, je reste dans le top 44 mondial [nécessaire pour participer à une deuxième phase de qualification où seuls les 21 meilleurs mondiaux seront aux JO]. La prochaine compète a lieu à Dubai en janvier, et il suffit que j’assure une place dans les 30 premiers, ce qui est faisable, pour que je participe à la seconde phase de qualification.
Est-ce qu’il va y avoir aussi un travail de préparation mentale pour ne pas avoir d’appréhension en vue de cette compétition très importante ?
C’est quelque chose que je pratique depuis toujours. A partir du moment où on commence le skate, on prend des chutes, on se fait mal. Au début, ce ne sont pas des blessures graves, mais il faut apprendre à accepter la douleur, à se relever, à rester quelques jours au repos, puis repartir, refaire exactement le même trick sur lequel on est tombés, pour dominer notre peur et exécuter la figure. Mentalement, je n’ai pas de peurs, ce n’est pas un frein dans ma pratique, je vais revenir plus fort
Quelle importance ont les protections au haut niveau ?
Ce sont des choix propres à chacun. Quand on fait attention à ce qu’on mange, quand on prend soin quotidiennement de son corps, ce qui permet d’avoir une carrière plus longue, on a envie de le protéger. Ça a été mon cas très jeune. On m’a souvent critiqué parce que je portais des protections, en me disant que ce n’était pas ça le skate. Maintenant, les mœurs changent, car c’est quelque chose de logique, de rationnel : quand on se protège, notre corps dure plus longtemps. Et je sensibilise autour de ça, aussi. Le fait que je porte des protections – casque, coudes, genoux, qui est le minimum –, ça va inciter les jeunes à se protéger aussi, et je pense que c’est une bonne chose de véhiculer ce message-là.
Vous avez commencé le skate vers 12 ans. Quand on voit que la dernière championne olympique avait 13 ans à Tokyo, en 2021, est-ce que vous n’êtes pas arrivé trop tard ?
Moi, j’ai commencé par le surf, avec l’ambition de devenir surfeur professionnel. Ça m’a vite saoulé. L’ambiance est spéciale, plus tendue, dans le surf, on est tout seul dans un élément en mouvement. A 7 ans, mon père m’a offert une planche de surf et à 12 ans, j’ai ralenti le surf pour faire plus de skate. Je suis tombé amoureux de la communauté skate, qui est hyper ancrée, hyper forte, où il n’y a aucune barrière, aucun objectif, avec des skateurs qui nous apportent leur valeur ajoutée. Je ressens la même chose aujourd’hui quand je partage une session maintenant en Californie ou au Brésil que quand j’étais sur le skatepark des Chartrons à Bordeaux.
La culture skate, c’est aussi l’utilisation du mobilier urbain. Dans de plus en plus de villes, il est interdit de venir skater sur des places. Comment appréhendez-vous ça ?
J’ai pu voyager et être sur des spots où il était marqué « interdiction de skater », on n’en avait rien à foutre, on y allait quand même. Si le spot bon, on va y aller, on va se mettre dessus, faire des tricks jusqu’à ce que quelqu’un nous dégage, ça, c’est la culture skateboard. Les piliers du skate sont passés par là, on est passés par là, la future génération passera par là. Il y a toujours ce côté rebelle dans le skate, à la limite de l’anarchisme un peu. Qu’on ait l’autorisation ou pas, on va quand même skater.
Que représentent les JO, car le graal pour un skateur, c’est surtout les X Games…
Dans le skate, le graal ce n’est pas les JO, et je ne pense pas que ça puisse le devenir. On voit qu’il y a une nouvelle génération qui a l’ambition d’aller aux JO, mais quand on rentre dans le milieu du skate, avec une culture tellement ancrée, comme les X Games ou la Street League, ce sont des compétitions beaucoup plus prestigieuses à gagner. Il y a un côté prestigieux pour les JO, c’est l’honneur de représenter son pays, moi c’est ce qui me fait le plus vibrer. Arriver sur une compétition et porter officiellement les couleurs de la France, ça c’est prestigieux. Mais dans le skate, les JO, ce n’est pas le graal.
« Les JO, ils ont pris le skate parce que ça leur apporte quelque chose. Pour le skate, les JO, ça ne nous apporte pas grand-chose, à part businessement parlant. Il y a deux mondes à part, la pratique sportive du skate et la pratique de la culture skate. Et la deuxième ne sera pas influencée par la première. » »
Est-ce compliqué, notamment financièrement, de s’imposer dans cette discipline quand on est Français ?
Pendant longtemps, ça a été dur. Il a fallu que je trouve des solutions, je n’avais pas de sponsors qui misaient sur moi, parce que, au début, je n’avais pas de résultat. Je suis français, dans une discipline qui est américaine, avec des compétitions qui ont majoritairement lieu au Brésil et aux Etats-Unis, donc les marques ne sont pas vraiment intéressées par ton profil, à part si tu commences à performer et être sur le devant de la scène. C’est ce qui est arrivé ces dernières années, des marques ont investi sur moi. Mais la marque qui a vraiment compté sur moi, c’est Décathlon. Et j’étais trop content qu’il y ait une marque française qui me sponsorise. Et, maintenant, ils produisent sûrement la meilleure board en Europe et développent énormément le skate.
Vous œuvrez beaucoup pour le développement de la discipline. Vous avez notamment installé une rampe lors du festival de musique We Love Green…
La Vert est actuellement une discipline pas trop pratiquée en France et en Europe, alors qu’elle l’est au Brésil et aux Etats-Unis. C’est comme ça que j’ai eu l’idée de faire des démonstrations de skate avec mon associé, qui a une boîte de prod à Paris. On a réussi à faire cet événement à We Love Green, on a apporté une des meilleures rampes au monde. Et, là pendant quatre jours, avec trois démos par jour, on a pu montrer ce qu’était le skateboard au public. C’était la meilleure ambiance, les gens sont dans un bon mood, ils boivent un coup, vont voir leur artiste préféré, voient des mecs voler à six mètres du sol, forcément ça a plu à tout le monde. Il y a des moments, il y avait 3.000, 4.000 personnes. C’était une réussite totale, et on va faire plus de festivals.



















