« La société essaie de tenir les femmes par les cheveux » : Quand la chevelure s’érige en symbole des luttes des femmes
Dans le recueil de nouvelles « Chevelures », douze autrices passent en revue les luttes des femmes à travers le prisme du cheveuChristelle Pellissier
L'essentiel
- Chevelures est un recueil de nouvelles collaboratif (Editions Charleston) réunissant douze autrices qui abordent les luttes féminines à travers le prisme de la chevelure.
- A travers chacune de ces nouvelles, le cheveu se veut tour à tour symbole de rébellion, d’émancipation, de réappropriation, de désir ou d’aversion.
- Pour chaque livre acheté, un euro est reversé à l’association « 125 et après » qui lutte contre les violences intimes.
«J’ai été scrutée tellement souvent en grandissant. […] Me raser le crâne et agir de la sorte a été ma façon de rejeter ça ». Dans son autobiographie La Femme en moi, Britney Spears revient sur ces clichés qui ont fait le tour du monde. Ceux où elle se débarrasse de l’un des symboles, dans l’imaginaire collectif tout du moins, d’une féminité exacerbée : sa longue tignasse blonde. C’est aussi le point de départ de la nouvelle fictive Baby One More Time, extraite de l’ouvrage Chevelures.
Ce recueil de nouvelles est le fruit d’un travail collaboratif. Douze autrices, parmi lesquelles Adèle Bréau, Tonie Behar, Alix Girod de l’Ain et Jessica Cymerman, y mettent leur plume au service de certaines des luttes des femmes, souvent à des fins d’émancipation, toujours à travers le prisme de leur chevelure. Un sujet en apparence léger, qui cristallise pourtant moult injonctions faites aux femmes, qu’elles soient sociétales ou politiques, et jalonne chaque étape de leur vie.
La romance pour faire passer un message fort
« Un jour, j’ai entendu une énième actualité sur une Iranienne qui avait été arrêtée à cause d’une mèche de cheveux, et je me suis dit qu’on marchait vraiment sur la tête », explique la journaliste et écrivaine Jessica Cymerman, qui a dirigé ces travaux. C’est la genèse de ce recueil de nouvelles, fictives pour la plupart. « J’ai pensé qu’il y avait un truc à faire autour des cheveux des femmes, et j’ai eu envie d’aborder ce sujet par le biais de la romance. »
Le genre peut surprendre, mais toutes ces nouvelles sont « de toute façon ancrées dans une réalité possible ». Trois d’entre elles s’appuient d’ailleurs sur des faits bien réels, à commencer par Femme. Vie. Liberté de Sarah Barukh, qui dépeint le courage d’une Iranienne dévoilant sa chevelure sur la place publique. Genre de prédilection du collectif d’autrices, la romance était un choix évident pour Jessica Cymerman. « Par la fiction, on peut faire passer beaucoup de messages, parfois plus qu’à travers une enquête. Il y a des romans qui changent les points de vue. »
« Une zone de contrôle du corps des femmes »
Les injonctions à la féminité sont nombreuses, alors pourquoi avoir choisi de les aborder sous le prisme du cheveu ? « C’est assez curieux, les cheveux cristallisent les injonctions, plus que les seins, les fesses, ou la bouche d’une femme », estime l’écrivaine. « On les voit directement, et de loin, et c’est un langage. On les coupe, on les colore, on les cache, on les montre, on les lisse, on les boucle… C’est une zone de contrôle du corps des femmes, mais aussi de liberté. » Et ce dès le plus jeune âge, sous le coup de certaines normes sociales - les filles ont les cheveux longs, les garçons les cheveux courts.
A travers chacune de ces nouvelles, le cheveu se veut tour à tour symbole de rébellion, d’émancipation, de réappropriation, de désir ou d’aversion. Il y a cette femme horrifiée à l’idée de se rendre à une fête sans avoir coloré ses racines dans La Blancheur du Temps de Dominique Dyens. Il y a cette femme jugée et moquée pour sa chevelure flamboyante dans Rousse d’Alix Girod de l’Ain. Ou encore cette femme qui décide de couper sa longue chevelure, changeant sans le vouloir la vie d’un inconnu dans Les Cheveux de Clara d’Adèle Bréau. Toutes évoquent la volonté de ces femmes à faire voler les codes, les normes, et les injonctions en éclats.
Pour la lutte contre les violences intimes
Chevelures tend a montrer que depuis toujours, « la société essaie de tenir les femmes par les cheveux », et ce bien que les choses changent doucement mais sûrement. « La société évolue et nous libère progressivement de ces injonctions, mais c’est un long chemin », explique Jessica Cymerman. L’écrivaine le dit elle-même, si le recueil peut bousculer les mentalités, « tant mieux », mais ce n’est pas sa vocation première. Toutes les autrices sont bénévoles, et se sont greffées à ce projet pour la bonne cause.
Notre dossier DiscriminationPour chaque livre acheté, un euro est reversé à l’association « 125 et après » qui lutte contre les violences intimes. « L’association a été fondée par Sarah Barukh qui a écrit une des nouvelles, et je trouve que c’est un prisme intéressant de parler des femmes sans faire un recueil sur les violences faites aux femmes », indique Jessica Cymerman. Pas explicitement en tout cas. « C’était finalement un moyen détourné d’en parler », conclut l’écrivaine.



















