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Comment ces retraités ont « fait bouger les choses » et révolutionné l’orgasme féminin

« La première fois j’ai sursauté mais pas de joie » : Michael et Brigitte Lenke racontent la folle histoire du Womanizer

SEXTOY STORYCe couple bavarois aurait pu vivre une retraite paisible, dans l’anonymat le plus total, s’il n’avait pas révolutionné le plaisir féminin (en toute modestie). A l’occasion de la sortie du film « Pour le plaisir », il livre les coulisses de ce succès
Womanizer : Le couple qui a révolutionné le plaisir féminin
Christelle Pellissier

Christelle Pellissier

L'essentiel

  • Le film Pour le plaisir de Reem Kherici raconte l’histoire de Brigitte et Michael Lenke, deux retraités bavarois à l’origine du Womanizer.
  • Michael Lenke, ingénieur, a développé le Womanizer après avoir lu une étude disant que 40 % à 50 % des femmes ne connaissaient pas l’orgasme.
  • Sa femme Brigitte a servi de cobaye, testant les premiers prototypes du sextoy.

Il a fait jouir un nombre incalculable de femmes. Mais au départ son histoire est des plus banales. Tom est marié avec Fanny depuis vingt ans, et tout se passe à merveille, en apparence tout du moins. Il apprend un jour que sa chère et tendre n’a jamais connu le plaisir ultime, l’orgasme. Ouch. Loin de s’en formaliser, il cherche au contraire à y remédier. Ingénieur, Tom met ses compétences au service du plaisir de sa femme, et parvient à inventer l’objet qui révolutionnera celui des femmes du monde entier.

Ça, c’est le pitch du film Pour le plaisir de Reem Kherici, en salles ce mercredi 6 mai. François Cluzet et Alexandra Lamy y jouent ce couple ordinaire au destin extraordinaire. Une histoire vraie. Celle de Brigitte et Michael Lenke, deux retraités bavarois de 64 et 76 ans à l’origine du Womanizer, stimulateur clitoridien qui a transformé le plaisir féminin et délié les langues sur un tabou vieux comme le monde. « On avait la chance d’avoir une vie maritale parfaite, sans aucun problème sexuel », tient toutefois à rectifier Brigitte Lenke. « Ça, c’est de la pure fiction. »

« Un homme seul ne peut pas développer un tel objet »

A Paris à l’occasion de la sortie du film, le couple se confie à 20 Minutes sur la véritable histoire de ce succès planétaire. Brigitte Lenke « [a] la chance de faire partie des femmes qui n’ont aucun problème à atteindre l’orgasme ». Ce n’est donc pas ce qui pousse son mari à inventer le tant convoité sextoy. Michael tombe par hasard sur une étude qui fait l’effet d’un électrochoc. « J’ai lu que 40 % à 50 % des femmes ne connaissaient pas l’orgasme. Je me suis demandé comment c’était possible, et j’ai voulu tenter de changer les choses ».

Brigitte et Michael Lenke.
Brigitte et Michael Lenke. - Jordan Bell

Facile à dire, plus difficile à faire. Après tout, personne n’y était encore parvenu (ou n’y avait pensé). Ingénieur, Michael n’en est pas à sa première invention - ça aide - il suit donc le processus habituel. « J’ai discuté avec beaucoup d’experts, notamment des gynécologues, pour comprendre pourquoi autant de femmes ne ressentaient pas de désir et de plaisir », explique-t-il. Mais ses recherches ne suffisent pas, pour une raison simple : « un homme seul ne peut pas développer un tel objet ». Eh oui, pour aboutir au sextoy le plus performant possible, il faut le tester. « Sans [ma femme], ça n’aurait pas été possible ». C’est là que Brigitte entre en scène.

« C’était très très fort, j’ai dit "au secours" »

Cobaye toute désignée, Brigitte Lenke est la première testeuse du Womanizer. Une chance, diront certaines. Oui, si ce n’est que les premiers prototypes sont moyennement aboutis. « La première fois j’ai sursauté mais pas de joie », se remémore-t-elle. Très loin du design moderne et épuré qu’on lui connaît aujourd’hui, le premier stimulateur clitoridien est un appareil imposant. Il faut s’imaginer une pompe d’aquarium modifiée. « Il y avait une grosse boîte d’où sortait, si je me souviens bien, un tube. Ce n’était pas du tout érotique », lance-t-elle, sans un brin de nostalgie.

Le design est un problème, l’intensité en est un autre. « Lors des premiers tests c’était très très fort, j’ai dit “au secours” », poursuit Brigitte. « J’ai dit à mon mari que je ne réitérerais pas l’expérience tant que c’était comme ça. » Michael travaille donc sans relâche sur son projet, avec le soutien et les conseils de Brigitte. Ayant déjà atteint l’orgasme, cette dernière peut lui faire des retours précis, lui dire ce qu’il faut ajuster ou modifier pour aboutir à un objet performant. Eurêka. Un beau jour, l’orgasme est au rendez-vous, en quelques minutes seulement. « J’ai tout de suite su que ça serait un succès mondial, il ne pouvait en être autrement », lance Brigitte.

Testé (et approuvé) dans un club libertin

Le sextoy fonctionne sur Brigitte, mais reste désormais à le tester à plus grande échelle. « On ne peut pas aller toquer chez la voisine et lui demander de tester un tel objet », s’amuse Michael. Le couple a l’idée de demander à un club libertin de le proposer à ses clientes. « J’ai dû convaincre les femmes qui avaient peur de se prendre un coup de jus », explique Brigitte. Elle y parvient, et le succès est au rendez-vous, au point que certaines découvrent même ce qu’est… le plaisir.

« Une femme le teste, puis revient nous dire que ça fonctionne avec de l’eau. Je lui dis que ce n’est pas le cas, mais elle insiste », se souvient la fondatrice de la marque. « Elle ne voulait pas croire que l’eau venait d’elle car elle avait eu un orgasme, et que c’était une réaction qu’elle n’avait encore jamais connue. » Cette anecdote a 12 ans. Le Womanizer a depuis été adopté par 12 millions de personnes dans 90 pays, et n’a pas uniquement permis aux femmes d’atteindre l’orgasme. Il a aussi fait voler en éclats moult tabous autour du plaisir féminin, et ouvert le dialogue au sein du couple, et publiquement. « Je pense qu’on a permis de faire émerger un nouveau débat, et qu’on a fait bouger les choses dans la société », se félicite Michael. « J’en suis convaincu. »