NBA : « On parle de la crème de la crème »… Victor Wembanyama ou Rudy Gobert, qui est le défenseur ultime ?
frenchies sûrs•Les deux pivots français vivent un intense duel durant ces play-offs NBA, alors que la série entre les San Antonio Spurs et les Minnesota Timberwolves est à égalité (1-1). Chacun est le leader défensif incontesté de son équipeJérémy Laugier
L'essentiel
- L’un des chocs les plus indécis de ces play-offs NBA oppose actuellement, lors des demi-finales de la conférence Ouest, les San Antonio Spurs aux Minnesota Timberwolves. Le match 3 de cette série (à 1-1 après les deux rencontres dans le Texas) va se dérouler dans la nuit de vendredi à samedi (3h30 en France) à Minneapolis.
- L’une des grandes curiosités de cette opposition tient dans le duel de pivots français entre Victor Wembanyama et Rudy Gobert, considérés parmi les meilleurs défenseurs de toute la NBA.
- 20 Minutes cherche à déterminer, avec l’aide de l’ancien emblématique pivot des Bleus, Frédéric Weis, consultant basket pour beIN SPORTS, lequel des deux intérieurs tricolores est, dans ces play-offs, le défenseur le plus déterminant.
Les 73 points inscrits par les Knicks en une mi-temps sur le game 6 à Atlanta, les 46 tirs à trois-points pris en moyenne par les Celtics lors de leur série contre Philadelphie, ou le record en carrière d’un simple remplaçant de Minnesota comme Ayo Dosunmu (43 points)… Tous ces récents chiffres nous renvoient à un implacable constat : même en play-offs, la folie furieuse offensive et l’obsession du tir longue distance dictent tout ou presque en NBA.
Mais dans ce panorama-là, deux irréductibles géants français, Victor Wembanyama (2,24 m) et Rudy Gobert (2,16 m), résistent avec comme principale mission la défense féroce de leur raquette. Alors que leurs équipes des Timberwolves et des Spurs (1-1) vont se retrouver pour le match 3 de la demi-finale à l’Ouest, dans la nuit de vendredi à samedi (3h30), 20 Minutes cherche à départager l’impact défensif des deux intérieurs tricolores. Le tout en huit critères, avec un expert de choix pour trancher, en la personne de Frédéric Weis (2,18 m), ancien pivot majeur de l’équipe de France.
Qui est le meilleur contreur ?
En 13 saisons NBA, Rudy Gobert tourne à 2 contres par match en moyenne, avec une pointe à 2,7 en 2020-2021 avec Utah. Victor Wembanyama est bien plus haut, avec 1,9 contre de plus que son aîné sur la saison régulière 2025-2026, et même 4,5 blocks supplémentaires par match sur ces play-offs.
Le tout avec depuis lundi un prestigieux record en poche : 12 contres sur le game 1 perdu devant Minnesota (102-104). Du jamais vu sur un match de play-offs, pour ce phénomène qui plane sur le classement des meilleurs contreurs de la Ligue depuis sa Draft 2023.
L’avis de Frédéric Weis, consultant basket pour beIN SPORTS, diffuseur des play-offs : « Côté contres, je vais clairement sur Victor. Rudy est un très bon contreur, mais Victor est à un autre niveau, avec de grands segments et un meilleur timing de contres. C’est un alien, avec ce combo taille/timing/vitesse que personne n’a en NBA ». OK, 1-0 « Wemby » donc.
Qui est le meilleur rebondeur défensif ?
Les chiffres parlent là aussi pour Victor Wembanyama, avec 2 rebonds défensifs de plus par match que le pivot des Wolves cette saison. Mais l’écart est moins net à l’échelle de leur carrière NBA (9 prises pour « Wemby », 8,3 pour Gobert).
Et entre son expérience (34 ans le mois prochain) et sa propension à rester dans sa raquette, l’ex-Choletais se montre parfois plus rigoureux que son successeur chez les Bleus pour verrouiller les rebonds défensifs dans les moments clés. Ainsi, sur un gros oubli à la fin du match 1, le leader des Spurs a permis à Naz Reid de s’offrir rebond offensif puis panier facile déterminant.
L’avis de Frédéric Weis : « Je pense que c’est ici Rudy le meilleur, car il protège mieux les rebonds défensifs que Victor. Il sort moins de sa raquette et il évite les switchs défensifs, là où Victor est souvent plus loin des zones de rebonds. A un moment dans le game 1, Rudy l’a poussé assez facilement pour lui prendre un rebond offensif. Victor fait tellement confiance à sa taille et à son jump que parfois il ne fait pas les efforts de box-out (écran retard) nécessaires. Il lui arrive donc de se faire avoir ». Nous voilà à égalité 1-1.
Qui montre le plus de dureté ?
Une série de play-offs au meilleur des sept matchs se joue aussi à la dureté, et il y en a à revendre du côté de Minnesota (McDaniels en tête). D’ailleurs, le 5/17 aux tirs de « Wemby » dans la défaite de San Antonio lundi s’explique par la férocité impulsée par Gobert et surtout Randle sur chaque attaque du Français de 22 ans.
Rudy Gobert s’est historiquement retrouvé mêlé à des embrouilles sur le terrain avec Draymond Green, grand méchant attitré de la NBA moderne. Pareil antagonisme ne concerne pas encore « Wemby » et ses Spurs, même si on tient un début de rivalité avec OKC.
L’avis de Frédéric Weis : « Aucun des deux n’est réellement méchant, mais celui qui a la réputation de parfois donner des mauvais coups, c’est Rudy. Il a en lui de la dureté, cette stature de gars qui rentre dedans et qui tombe peu, alors que Victor se retrouve plus au sol. On a davantage peur du côté aérien de Victor, du gars capable de contrer tous les shoots, mais pas d’un mauvais coup de sa part. Il va s’endurcir un peu mais il fait déjà tellement peur sans cette dureté que je ne pense pas qu’il soit nécessaire pour lui d’avoir ça ». Gobert prend l’avantage 2-1.
Qui est le plus craint par ses adversaires sur le plan défensif ?
D’un côté Rudy Gobert, ses quatre sacres de Defensive player of the year (DPOY) avec une image de défenseur quasi exclusif, et de l’autre Victor Wembanyama, avec son envergure hors normes et son statut de superstar quasi immédiat en NBA. La dissuasion qu’inspire « Wemby » est inédite.
L’avis de Frédéric Weis : « Rudy est un vrai problème pour toutes les attaques mais Wemby est un game changer, c’est-à-dire que quand il est sur le terrain, les adversaires ne font pas les mêmes systèmes. C’est un épouvantail, les mecs pénètrent et n’osent même pas shooter ». Nous voilà clairement à 2-2.
Qui est le plus à même de contenir le meilleur attaquant du monde Nikola Jokic ?
LE défi ultime est là pour tout intérieur NBA : ne pas subir une masterclass absolue du triple MVP Nikola Jokic. On a ainsi vu le duo « Wemby »-Rudy bien ramasser face au « Joker » en match de préparation aux JO de Paris 2024. Dans un passé plus récent, le leader des Spurs a encore souffert dans un choc prime time de fin de saison régulière, le 4 avril à Denver (136-134).
Le pivot serbe s’est régalé ce jour-là, avec 40 points (13/25 aux tirs), 13 passes décisives et 8 rebonds. Au contraire de sa copie moins brillante en bugne à bugne avec un Rudy Gobert héroïque, lors du premier tour des play-offs : 25,8 points, 9,5 passes décisives, et surtout 44,6 % aux tirs, et même 19,4 % à trois-points sur la série. Une rare panne d’adresse qui a précipité la qualification surprise des Wolves (4-2).
L'avis de Frédéric Weis : « Ça ne se joue à pas grand-chose parce qu’ils sont tous les deux capables de limiter Jokic. Mais si je devais n’en choisir qu’un pour défendre sur lui, en face-à-face, je prendrais Rudy Gobert. Il est peut-être meilleur sur l’homme que Victor, plus costaud, plus dur, et son expérience supérieure aide ici. Rudy a vraiment impacté Jokic en play-offs, il n’a pas reculé face à lui ». Et hop, Gobert reprend le lead 3-2.
Qui a le plus gros impact défensif avec les Bleus/dans le jeu Fiba ?
Il n’y a pas que la NBA dans la vie. Même si Victor Wembanyama n’a participé qu’à une grande compétition internationale, lors des JO 2024, on a pu mesurer son grand impact défensif sur tout le collectif. Peu utilisé par Vincent Collet à Paris et absent pour l’Euro 2025, Rudy Gobert avait avant cela laissé une trace de leader défensif des Bleus, notamment à la Coupe du monde 2019 et aux JO de Tokyo 2021.
L’avis de Frédéric Weis : « Dans ses campagnes en équipe de France, Rudy a le plus souvent été très bon défensivement. Je pense qu’il a été meilleur défensivement sur certaines compétitions que Victor sur les Jeux de Paris. Victor va toujours gêner l’adversaire, mais dans le basket Fiba, il y a plus de jeu poste bas, et j’ai plus confiance en Rudy là-dessus, il est à mes yeux un meilleur défenseur Fiba ». Voilà Rudy à 4-2.
Quel est le défenseur le plus complet ?
Habitué aux duels face aux « pivots à l’ancienne », Rudy Gobert nous a bluffés fin mars avec un contre décisif sur un Kevin Durant cherchant à le faire danser. Pour autant, « Wemby » reste LA référence des intérieurs NBA pour se confronter sans complexes à des arrières et ailiers au large.
L’avis de Frédéric Weis : « Je pense que Victor est meilleur dans la défense collective : il peut aller contrer tout le monde en deuxième rideau, venir en aide et voler des ballons avec ses bras tellement actifs. Et puis il se déplace mieux latéralement que Rudy. Il est le plus complet, entre ses qualités athlétiques et sa compréhension du jeu. C’est une machine ! ». Le suspense est relancé, 4-3 Gobert.
Qui est le plus régulier défensivement ?
Pas évident de trancher cette question. Mais l’abattage statistique plus conséquent - et parfois « foufou » - de Victor Wembanyama provoque une inconstance dans certains rendez-vous à haute intensité, comme il l’a reconnu après cette fameuse défaite devant Minnesota. « Je n’ai pas eu la maîtrise du match que je voulais. Je dois mieux gérer mon énergie. Là, j’en ai trop utilisé dans des choses qui n’ont pas vraiment aidé notre équipe », confiait-il. Rudy Gobert, qui le considère comme son « petit frère », a un jeu moins énergivore, aussi lié au fait d’être une 7e et non une première option de l’autre côté du parquet.
L’avis de Frédéric Weis : « Rudy sait rester au sol, il se gère davantage, ce qui est important sur la durée d’un match et sur son nombre de fautes. Victor a au contraire tout le temps une énorme débauche d’énergie, en sautant sur tout. Il doit faire attention à ça. Sur son match à 12 contres, il faut aussi voir toutes les fois où il a sauté pour rien. En fin de match, ça pèse. Et puis les Spurs ont presque plus besoin de Victor en attaque qu’en défense, alors que pour Rudy, son rôle est 99 % défensif à Minnesota ».
Conclusion
Chacun de nos deux Frenchies est indéniablement perçu dans sa franchise comme LE leader défensif clé de ces play-offs. Mais bien que récent premier meilleur défenseur sacré à l’unanimité dans l’histoire de la NBA, loin devant Gobert (4e), Wembanyama n’a pas encore tout en magasin pour régner sans partage en play-offs sur le plan défensif. Bilan au 8 mai 2026 : 5-3 pour « Rudy can’t fail ». En attendant un nouvel apprentissage en accéléré pour notre « Wemby ».
Notre dossier sur la NBALa conclusion de Frédéric Weis : « Les deux sont de fantastiques défenseurs. On parle de la crème de la crème. A leur poste, ce sont les deux meilleurs défenseurs de la Ligue, il n’y a aucun problème. Et même tous postes confondus, je les mets dans les trois premiers actuellement en NBA, aux côtés de l’arrière de Detroit Ausar Thompson ».



















