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InterviewParis demande l’annulation des « tarifs JO » dans les transports en commun

JO de Paris 2024 : Paris s’oppose publiquement aux « tarifs JO » de Valérie Pécresse pour les transports en commun

InterviewDans un courrier rédigé à la présidente de région, Emmanuel Grégoire et Pierre Rabadan demandent l’annulation de la mesure
La tarification spécifique aux JO de Paris 2024 ne concerne pas les usagers du pass Navigo. (Illustration)
La tarification spécifique aux JO de Paris 2024 ne concerne pas les usagers du pass Navigo. (Illustration) - Miguel Medina / AFP / AFP
Romarik Le Dourneuf

Propos recueillis par Romarik Le Dourneuf

L'essentiel

  • Le lundi 27 novembre, Valérie Pécresse, présidente d’Île-de-France Mobilités a annoncé les tarifs des transports en commun pendant les JO de Paris 2024. Certains titres de transport voient leur prix doubler. Une mesure justifiée par la présidente de région : « Il n’y a aucune raison que les Franciliens payent l’augmentation des transports pour les visiteurs des Jeux ».
  • Cette annonce n’a pas gagné les cœurs des usagers des transports en commun ni celui de nombreux élus de la région, surpris d’apprendre cette mesure dans les médias.
  • C’est le cas d’Emmanuel Grégoire et de Pierre Rabadan, respectivement premier adjoint d’Anne Hidalgo et adjoint en charge des sports et des Jeux olympiques et paralympiques qui ont envoyé, ce mercredi un courrier à Valérie Pécresse pour lui demander le retrait de cette mesure. Interview.

«Les jeux des riches », « les JO de Paris sans les Parisiens », etc. Depuis l’annonce d’une tarification spéciale qui double le prix de certains titres de transport en commun par Valérie Pécresse, présidente d’Île-de-France Mobilités (IDFM), le syndicat organisateur des transports en commun de la région, les réactions des usagers font bon train et, disons-le, sont rarement positives. Plusieurs élus de la région se sont même étonnés d’apprendre cette mesure sans avoir été consultés.

Parmi eux, Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la Maire de Paris et Pierre Rabadan, adjoint en charge des sports et des Jeux olympiques et paralympiques. Ils envoient ce mercredi une lettre à Valérie Pécresse, pour manifester leur désaccord et demander une réunion urgente à ce sujet. Pour 20 Minutes, Emmanuel Grégoire expose ses motivations.

Dans votre courrier, vous demandez à Valérie Pécresse l’annulation de cette mesure pour maintenir les « tarifs habituels » pendant toute la durée des Jeux. Qu’est-ce qui vous oppose à la décision de la présidente de région ?

Il s’agit tout simplement d’une mesure injustifiée et injustifiable. Je comprends que certains puissent se dire qu’à première vue l’idée de n’est pas idiote d’épargner les Franciliens et de faire payer les touristes. Mais dans la réalité, ce n’est pas du tout ce qui va se passer. Une telle mesure va créer des effets de bords immenses.

Pour les Franciliens ?

Pour tout le monde. Sur la forme, cela crée une confusion terrible. D’abord d’avoir fait croire à des gens qui ne sont pas concernés que les tarifs augmenteraient pour eux aussi. Ensuite pour le côté punitif de la chose. Et pas seulement pour les touristes, ce qui est déjà questionnable. Si Valérie Pécresse veut ouvrir la question d’une tarification ad hoc pour les touristes de manière permanente, soit, ouvrons la discussion. Mais là, ce n’est ni le bon moment, ni le bon moyen pour le faire.

Et sur le fond, vous contestez que les mots de Valérie Pécresse : « Il n’est pas question que les Franciliennes et les Franciliens paient ce coût »…

Qu’en est-il de tous ceux qui n’ont pas d’abonnement habituel et régulier ? Ceux qui prennent un ticket au besoin ou un abonnement à la semaine ? Lors de la candidature de Paris, nous portions l’idée de jeux populaires. Nous avions d’ailleurs proposé l’idée de la gratuité des transports. Finalement, en décembre 2022, au Conseil d’administration du Cojo (le Comité d’organisation des Jeux olympiques), nous avions collectivement consenti à un maintien des prix actuels en raison d’impératifs budgétaires. Il ne s’agissait pas, alors, de doubler les prix. D’autant que je ne vois pas comment faire pour ne pas faire porter le coût des transports aux Franciliens qui représentent une grande partie des visiteurs attendus pour les Jeux.

Parmi les usagers très ponctuels des transports en commun, vous pensez aux volontaires pour les JO ?

Oui tout à fait, cette mesure aura des effets désastreux pour eux. Je pense, notamment, à tous les participants au programme « volontaire des Jeux » de la ville. Les projections d’IDFM montrent un coût de 140 euros pour deux semaines de présence sur les Jeux. C’est pourquoi nous demandons la gratuité pour eux. Ils viennent donner du temps pour le succès de cette fête, c’est normal.

Le courrier envoyé par les élus Emmanuel Grégoire et Pierre Rabadan à Valérie Pécresse.
Le courrier envoyé par les élus Emmanuel Grégoire et Pierre Rabadan à Valérie Pécresse.  - Mairie de Paris

Mais je pense aussi à tous les secteurs concernés par les jeux. Tous ces saisonniers qui viendront à Paris ou en Île-de-France pour travailler dans les restaurants, les commerces, comme agents de sécurité… Très souvent des travailleurs précaires. Ils seront les forces vives des Jeux, nous n’avons pas à les faire payer le double du tarif.

Je pense que c’est une usine à gaz très mauvaise dans la méthode, et injuste sur le fond.

Pourtant, Valérie Pécresse évoque un coût pour la région en raison des JO de Paris 2024, qui va le payer ?

Mais tous, tous ceux qui vont payer les transports, Franciliens comme touristes. Comme cela se passe en temps normal. Je ne sais pas quelle serait la recette attendue de la tarification spéciale, mais elle serait famélique. Un enjeu budgétaire microscopique au regard des grands enjeux d’Île-de-France Mobilités et de son budget annuel de dix milliards d’euros. Il est faux de dire que cette tarification spéciale s’impose. Elle imposerait en revanche une logistique de tarification particulière qui obligerait à paramétrer toutes les machines, les distributeurs, etc. Et cela induirait un coût qui ne doit pas être négligeable.

Et permettez-moi de vous dire que la communication à ce sujet n’a aucun sens. D’un côté, Valérie Pécresse déclare que ce ne seront pas les Franciliens qui paieront, et de l’autre, IDFM annonce qu’ils s’assureront que les touristes anticipent pour ne pas avoir à payer plein pot. C’est un argument électoraliste qui ne tient pas.

Vous demandez une réunion d’urgence à la présidente de région, pensez-vous être entendu ?

Nous y sommes contraints puisque nous avons appris cette mesure, comme les Parisiennes et les Parisiens, dans les médias. Nous n’avons été nullement associés aux discussions préalables à cette décision. Aussi nous demandons que soit organisée une réunion sur le sujet spécifique des transports pendant les jeux avec l’ensemble des acteurs, l’Etat, Île-de-France Mobilités, les collectivités territoriales, le Comité organisateur des jeux et la délégation interministérielle aux Jeux olympiques et Paralympiques.

Il n’est pas acceptable que les collectivités territoriales, dont Paris qui est le deuxième contributeur à IDFM (après la Région), ne soit pas consulté. Nous l’aborderons lors du prochain Conseil d’administration d’IDFM, ce jeudi, mais ce n’est pas là que cela se jouera.

Valérie Pécresse ne joue pas le jeu collectif en ajoutant de la complexité à la complexité. Cette décision est à l’image de sa gouvernance à la tête d’IDFM : solitaire, autoritaire et injuste.

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