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Interview« J’aime quand c’est foufou »… A la découverte du lutteur Rakhim Magamadov

JO de Paris 2024 : « Mon père ne me laissera jamais faire de MMA »… Le lutteur Rakhim Magamadov est focus sur les Jeux

InterviewDans « Les croisés tu connais », le lutteur français Rakhim Magamadov est persuadé qu’il sera aux JO de Paris, l’été prochain
Rakhim Magamadov (en bleu) lors des Europe U20, en 2022
Rakhim Magamadov (en bleu) lors des Europe U20, en 2022 - Domenico Cippitelli/LiveMedia/Sh/SIPA / Sipa
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Chaque jeudi, « 20 Minutes » reçoit un athlète qui rêve de podium aux JO 2024 dans son émission Twitch LCTC. Cette semaine, il s’agit du lutteur Rakhim Magamadov.

Il le dit lui-même : quand il y a de la bagarre, il « aime ça ». Rakhim Magamadov adore son sport, la lutte libre, et il se voit déjà sur le podium des Jeux olympiques de Paris, à l’été 2024. Mais, pour le double champion d’Europe et du monde des moins de 20 ans et champion d’Europe U23, la route est encore, un peu longue, avant de pouvoir fouler et se défouler sur le tapis des JO.

Le Franco-Tchétchène, arrivé à 5 ans dans l’Hexagone, va devoir passer par des Tournois de qualifications olympiques. Dans l’émission « Les croisés tu connais », Rakhim Magamadov a évoqué son rêve de disputer les Jeux olympiques, son parcours et son avenir (ou pas, selon le papa) dans le MMA.

« Les croisés tu connais », justement, vous, vous connaissez bien…

Depuis que je suis entré à l’Insep, mon genou gauche a pris trop cher. Je me suis fait les croisés, l’interne. Et aux Mondiaux U20 en août, je me suis fait l’externe, en pleine finale, à la fin de la première mi-temps. Je ne savais pas comment j’allais m’en sortir, car mon genou sortait et rerentrait, je le sentais plus, j’avais l’impression que je n’avais pas d’appui dessus. Quand mon adversaire l’a pété, il a fait la tête de choqué, il a eu peur, et moi aussi. Je regardais mon coach à la mi-temps et je lui ai dit que c’était fini, que j’allais perdre mon titre. Mais il m’a encouragé, et je me suis remis dedans, et j’ai serré les dents. D’habitude, ma garde, c’est le genou gauche devant, là je l’ai mis derrière pour continuer. Toute la deuxième mi-temps, je reculais, mais j’ai fini gagner.

Pourquoi avez-vous opté pour la lutte libre, plutôt que la lutte gréco-romaine ?

Mon père a fait de la lutte libre en Tchétchénie, et quand on est arrivés en France, il voulait que j’en fasse aussi. C’était soit la lutte, soit rien, il ne voulait pas que je fasse d’autres sports. Donc j’ai commencé comme ça. Quand t’es minime-cadet, tu peux faire les deux styles, j’ai essayé la gréco, j’aimais pas du tout, c’était ennuyeux, c’est que du pousse pousse, il n’y a pas d’actions. Moi, j’aime bien quand ça va dans tous les sens, quand c’est un peu foufou, du coup, j’ai opté pour la lutte libre.

Culturellement, dans le Caucase, la lutte, c’est un peu comme le football…

La lutte, c’est le sport n°1 dans le Caucase, et les sports de combat sont tout en haut de l’échelle. Les fils du président, par exemple, font des sports de combat. Dehors, tu ne verras pas un petit qui fait du foot. Quand je suis allé en Tchétchénie, pendant les vacances, j’ouvrais mon portail, et je voyais des petits dans l’herbe faire de la bagarre. C’est notre culture, on a ça dans le sang.

Comment vous êtes vous retrouvé en équipe de France ?

Moi, en Tchétchénie, vu qu’on fait tous ça, j’aurais eu le même niveau que les autres, mais en France, on a de l’avance sur les autres lutteurs. Quand je suis arrivé à Montauban, j’étais le plus fort, personne ne me mettait des points. Mais quand un autre Tchétchène venait dans la salle, j’étais quand même le fort, mais il y avait un peu plus de résistance. Et, aux championnats de France, on a été repérés par les sélectionneurs, je suis passé par le pôle France de Dijon, où j’ai passé deux ans, et je suis arrivé à l’Insep à 16 ans. Depuis, je fais toute ma vie à l’Insep. je fais l’école à l’Insep, je mange à l’Insep, je dors à l’Insep. Les installations sont magnifiques, on a grave de la chance. Quand on va sortir de l’Insep, il y en a qui vont pleurer, car ici on a vraiment tout.

A l’Insep, dans la salle de lutte, il y a les portraits de tous les médaillés olympiques et mondiaux. Est-ce que ça met une petite pression ?

Moi, quand je vois ça, je me dis que je dois faire mieux. Ce n’est pas une pression, mais une motivation. Moi, je sais que je vais gagner, que je vais être meilleur que tout le monde, mais ça me motive. Lui, il a fait ça, moi je vais faire mieux.

Dans combien de temps verra-t-on ton portrait dans la salle ?

Après les Jeux de Paris.

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Vous aviez une première chance de vous qualifier pour les JO, lors des Mondiaux seniors à Belgrade, en septembre. Vous avez été éliminé proche du but, en quart de finale. Quel était votre état d’esprit après cette première compétition chez les séniors ?

J’étais frustré, car ce match, je devais le gagner. En huitième de finale, je bats celui qui fait troisième aux championnats du monde l’an passé. Et le quart, je devais gagner. Ce n’est pas que je me suis vu trop beau, mais il m’a surpris, et sur une action il a plié le match. C’est ma faute, je ne peux en vouloir qu’à moi-même. Je n’étais pas assez attentif, peut-être que je l’ai pris de haut. Ce n’est pas grave, en avril ou mai, on décrochera la qualif, je le sais, c’est une évidence pour moi.

Avez-vous senti une énorme différence entre les compétitions U20/U23 et les séniors ?

Le physique, ils ont plus de force. Après, ils sont plus vicieux, plus techniques, plus tactiques. Il y a beaucoup de points qui changent. Entre les juniors et les seniors, il y a un monde, ça n’a rien à voir. Faut que je m’y habitue, ça va prendre un ou deux ans, mais je suis prêt.

Si un lutteur libre affronte un lutteur de gréco-romaine, qui s’en sort le mieux ?

Les libre, on s’en sort beaucoup mieux. Les gréco, tu leur attrapes la jambe, ils tombent, ils ne savent pas lutter en libre. Nous, les libre, on peut lutter en gréco. Les libre, ils ont battu des gréco d’ici, leurs coachs pétaient des plombs, disaient que c’était pas normal. Du coup, ils faisaient des pompes, des tractions, des cordes… Des sortes de punition.

Est-ce que vous songez, dans un avenir à moyen ou long terme, à vous reconvertir dans le MMA ?

Moi ça m’intéresse, pourquoi pas plus tard. J’ai déjà eu des propositions, en me demandant d’arrêter la lutte et de venir au MMA. Mais mon père ne me laissera jamais faire ça, il n’aime pas, je pense que c’est mort pour moi. Je lui en reparlerai, qu’il y réfléchisse bien. Il n’aime pas voir se taper les gens, qu’ils se fassent défigurer le visage, être méchants… La lutte, c’est traumatisant, mais tu ne tapes pas avec les poings, les pieds.

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