JO de Paris 2024 : Y a-t-il déjà des angles morts dans le plan transports ?
DOUTE•Les spectateurs pourraient bien se lancer dans de périlleuses aventures pour rallier les sites, notamment ceux situés en grande couronne parisienne, et non accessibles en métroLaure Gamaury
L'essentiel
- Les transports pour accéder aux compétitions des Jeux de Paris risquent de poser problème, notamment pour les sites non accessibles en métro. Paris-2024 et IDFM assurent pourtant avoir tout prévu.
- Sur certains sites, comme Elancourt et Vaires-sur-Marne, il n’y aura pas de possibilité de parking à proximité, et les spectateurs devront soit emprunter les transports en commun rarement directs, soit utiliser leur vélo pour s’y rendre.
- Le réseau cyclable olympique présente encore des retards dans sa construction, ce qui inquiète le collectif Vélo Île-de-France. Cependant, Île-de-France Mobilités assure qu’une communication sera mise en place pour informer les détenteurs de billets des meilleurs itinéraires à prendre.
«Prendre la ligne 3, puis la 7 jusqu’à Château-Landon. Marcher jusqu’à la gare de l’Est pour prendre le transilien P jusqu’à Vaires-Torcy où un bus, le 421, direction Gare d’Emerainville Pontault-Combault RER, permet de s’approcher à 11 minutes à pied du site olympique de Vaires-sur-Marne, en s’arrêtant à l’arrêt "Le Canal". » C’est l’itinéraire proposé par Citymapper, l’appli chouchou des urbains connectés, pour rallier en 1h20 l’un des 13 sites olympiques situés en petite ou grande couronne. Pas simple donc. Compte double si le spectateur n’habite pas l’Île-de-France. Et triple s’il ne parle pas français.
Bref, les transports pour accéder aux compétitions des Jeux de Paris risquent bien de cristalliser quelques tensions. Et chez 20 Minutes, on a même l’impression que malgré les annonces de Paris-2024 et Île-de-France Mobilités (IDFM) sur le sujet, les inquiétudes commencent à poindre. « On a mis quelques petits warnings, sur la sécurité privée parce qu’on n’y arrivera pas. Il faudra sans doute avoir recours aux forces de sécurité intérieure. Sur les transports, je pense qu’on va être bons. », annonçait début octobre Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes, sur Franceinfo. Pourtant, si les personnes accréditées bénéficieront de la voie olympique réservée, déjà prévue pour relier tous les sites, quelles seront les solutions proposées aux spectateurs, particulièrement sur les sites non accessibles en métro ?
Le règne du « tout-autocar » ?
Sur les sites d’Elancourt (Yvelines) et Vaires-sur-Marne (Seine-et-Marne) qui accueilleront respectivement les épreuves de VTT d’un côté, et de canoë, kayak et aviron de l’autre, le public pourrait bien faire face à quelques difficultés. « Il n’y aura pas de possibilité de parking à proximité des sites de compétition, à la seule exception des personnes à mobilité réduite sur présentation de leur carte mobilité inclusion », expose IDFM.
Pour accéder à ces sites de compétition, le plan est d’emprunter au choix les transports en commun ou le vélo. « Pour se rendre sur le site de Vaires-sur-Marne pendant la période des Jeux, les spectateurs pourront emprunter : soit le transilien P jusqu’à Vaires/Torcy puis marche jusqu’au site, soit le RER A jusqu’à Bussy St Georges puis navette (bus) jusqu’au site (uniquement durant les Jeux olympiques), soit le RER E jusqu’à Chelles puis navette (bus) jusqu’au site (uniquement pour épreuves en eau calme) », complète l’organisme.
Où en est-on des « olympistes » ?
Sur l’option vélo justement, le collectif Vélo Île-de-France a publié un communiqué lundi, dans lequel il s’inquiète des retards accumulés dans la construction du réseau cyclable olympique. « A dix mois des Jeux olympiques et paralympiques, 20 % du réseau n’est toujours pas réalisé », selon leurs propres décomptes. Ce qui veut dire que sur ces 20 %, aucuns travaux n’ont été initiés. « On ne peut pas se contenter de JO à 80 % cyclables, ce n’est pas la promesse, et surtout les gens ne prendront leur vélo que si le réseau est complet », alerte Jeanne Bruge, la directrice adjointe du collectif.
Or, comme le précise le collectif Vélo Île-de-France, sur le test event de VTT à Elancourt il y a un mois, 10 % des 3.000 spectateurs étaient cyclistes. Quand on sait qu’on en attend 15.000 pour les JO sur ce site, les pistes sont un élément clé de l’organisation. Mais Île-de-France Mobilités qui doit travailler avec les collectivités locales sur ce sujet, n’a pas d’inquiétude à ce sujet. « Pour faciliter les conditions d’accès au site des spectateurs, une communication importante et spécifique sera lancée auprès des détenteurs de billet en amont des Jeux, puis pendant, pour les informer en temps réel des meilleurs itinéraires à prendre ». Patienter et faire confiance. « Globalement, les indicateurs sont au vert. Le site est très chouette, il plaît aux athlètes, on a une équipe de France qui est au top niveau. On repart avec beaucoup d’énergie et de sérénité », commentait de son côté Tony Estanguet, après la répétition à Elancourt, où il a salué notamment la bonne marche des transports.
Va-t-on devoir faire sans les VTC ?
Paris-2024, comme IDFM, a bien insisté sur la mise en place d’un dispositif PMR sur chaque site, avec des navettes spécifiques qui pourront transporter des personnes en fauteuil roulant et leurs accompagnants jusqu’à l’entrée des sites olympiques. « Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour répondre aux obstacles que les personnes en situation de handicap peuvent rencontrer, on est tous mobilisés, déclarait le 20 septembre, Élisabeth Borne. Les Jeux olympiques et paralympiques doivent être l’occasion d’un coup d’accélérateur pour une société plus inclusive ».
En revanche, les organisateurs n’ont a priori pas prévu de demander de l’aide des chauffeurs VTC, exclus de l’utilisation des voies olympiques. Une coalition nommée Paris Mobilité VTC et rassemblant syndicats et applications VTC, ont interpellé dans un courrier vendredi, le ministre délégué aux Transports Clément Beaune. La profession considère être discriminée par rapport aux taxis, bien inclus dans le plan transports des JO de Paris. « La plupart des projets de planification et d’aménagement urbains stratégiques excluent de manière partielle et le plus souvent complète les VTC alors qu’ils donnent plein accès aux taxis. C’est le cas notamment des dispositifs spécifiques aux Jeux olympiques et paralympiques (JOP) », souligne-t-elle dans la lettre.
Dans le décret paru au Journal officiel le 31 juillet, il est écrit que les voies réservées du 1er juillet au 15 septembre 2024 le seront pour les « véhicules des personnes accréditées par le comité d’organisation des jeux », les « taxis, véhicules de transport en commun, véhicules destinés à favoriser le transport des personnes à mobilité réduite », ainsi qu’aux véhicules de secours sur l'A1, A4, A12, A13, A86, A104 et la N13. Il n’est fait aucune mention des VTC. Ni parking, ni Uber, les spectateurs sont prévenus.



















