FC Barcelone-Naples : « Le Barça a un trésor »… Lamine Yamal, un destin à la Leo Messi ou à la Ansu Fati ?
Football•Emmenés par la jeune pépite espagnole de 16 ans, les Catalans tenteront de se qualifier pour les quarts de finale de la Ligue des champions, ce mardi (21 heures), face à NaplesAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Le Barça affronte le Napoli, ce mardi (21 heures) en huitième de finale retour de la Ligue des champions.
- Après un match nul (1-1) obtenu au stade Diego-Armando-Maradona, les Blaugrana compteront sur leur pépite de 16 ans, Lamine Yamal, pour tenter de décrocher un billet pour les quarts de finale de C1.
- Propulsé très tôt dans le XI catalan, Yamal, vu son talent, pourrait avoir une trajectoire à la Messi. Mais les exemples d’Ansu Fati ou Pedri incitent à la prudence.
Ce qui est bien, quand vous avez du talent, beaucoup de talent même, c’est que les consignes parentales peuvent vite devenir caduques. Regardez Lamine Yamal. A 16 ans, l’ailier du Barça doit bien expliquer que, non, il ne pourra pas faire ses devoirs ce soir. Et pour cause, le gamin de Rocafonda, un quartier de Barcelone, a un match de foot à disputer avec l’équipe première des Blaugrana, face à Naples, ce mardi, en huitième retour de Ligue des champions. Depuis ce 29 avril 2023, où il est devenu le plus jeune joueur de l’histoire à porter le maillot catalan (à 15 ans et 290 jours), Lamine Yamal continue son ascension express.
« Un joueur qui peut marquer une époque »
A tel point que, depuis plusieurs semaines, le jeune homme aux trois nationalités (espagnole, marocaine, équatoguinéenne) conduit seul le vaisseau barcelonais, où il enchaîne les titularisations (neuf sur les onze derniers matchs), comme face à Majorque, vendredi, où l’adolescent, d’une superbe frappe enroulée, a sauvé son équipe d’une nouvelle contre-performance. « Le sujet n’est pas qu’il est le meilleur actuellement, qu’il marque des buts (6) ou fasse des passes décisives (7), c’est que toute l’attaque du Barça est orientée autour d’un gamin de 16 ans, souligne Marcos Lopez, journaliste au Periodico de Catalunya. Il est devenu le point d’ancrage de l’attaque. Quand les choses vont mal, les joueurs lui donnent le ballon. »
Julen Guerrero, l’ancien sélectionneur des U17 espagnols avec qui Lamine Yamal a disputé l’Euro 2023, détaille pour 20 Minutes :
« C’est un joueur différent, qui a beaucoup de talent, audacieux, vertical, qui arrive à faire la différence près de la surface de réparation. Il est spécial dans le un contre un, il sait faire des passes décisives et marque avec beaucoup de facilité. C’est encore très tôt pour le dire, mais avec ses qualités, c’est un joueur qui peut marquer une époque. » »
Très vite comparé à Messi
Autant vous dire que du côté du parc Guell, où on a une fâcheuse tendance, comme à Madrid, à embellir tout ce qui sait faire plus de deux passes vers l’avant, on n’a pas lésiné sur les compliments dernièrement : « Lamine de oro », « Laminazo », « Ne te refroidis pas Lamine », ornaient ainsi les unes de Mundo Deportivo et Sport après le bijou face aux Baléares. On a même osé comparer l’ailier à Leo Messi. « Il est différent, mais il y a effectivement des moments où il peut ressembler à Messi, a répondu Xavi, l’entraîneur catalan en conférence de presse. Il repique dans l’axe, s’infiltre dans la surface et met le ballon dans la lucarne. On a l’impression de retrouver du Messi en lui, mais ce n’est pas une bonne chose de les comparer. »
« Il cache la grosse forêt qu’il y a derrière, un peu comme Messi lors de ses dernières années à Barcelone, reprend Enzo Rinaldi, président de la penya Barça Lyon. Mais le comparer à Messi, ce n’est pas bon, il n’y en a pas deux. Après, de dire qu’on tient peut-être un des meilleurs jeunes au monde avec Mbappé et Haaland, ça ne me paraît pas mensonger. » Joan Laporta le croit aussi. A tel point que le président du Barça a prolongé sa pépite, désormais épaulée par le mangemort Jorge Mendes, jusqu’en 2026 (le maximum autorisé pour un mineur) avec une clause à un milliard d’euros. La belle affaire.
Le mauvais exemple Fati
Enfin, ça, c’est sur le papier. Car d’autres jeunes joueurs du Barça, après des débuts fulgurants en équipe première, ont également eu des clauses de départ à un milliard, à l’image de Pedri, Gavi et Ansu Fati. Portés aux nues, on les imaginait déjà dominer l’Europe du ballon pendant une vingtaine d’années. Aujourd’hui, Pedri enchaîne les blessures, Gavi ne rejouera plus de la saison, pendant que Fati, qui avait même hérité du n°10 de Messi, traîne son spleen du côté de Brighton. « Il est en train de faire naître certains espoirs comme le faisait à l’époque Ansu Fati, reprend Marcos Lopez. Il génère une vague d’optimisme dans le club qui traverse des moments difficiles, avec une crise sportive, économique et sociale. Son éclosion est une vraie bénédiction. Alors, oui, il y a des risques, avec une trajectoire possible à la Ansu Fati, mais pour l’instant, on ne voit que le côté positif. »
Au risque de voir tout un château s’effondrer à la moindre fissure ? Pas si sûr. Même si le gamin enchaîne les matchs, Xavi et le Barça ont l’air de prendre soin de leur pépite. « Ils le protègent comme tu protèges un trésor, car c’est ce qu’a le Barça entre les mains, indique le journaliste. Xavi sur ce point le gère super bien. Il l’a fait jouer, l’a reposé, ne l’a pas trop exposé en titulaire au début. Maintenant, Lamine s’est rendu indispensable. Contre Getafe [fin février], il l’a mis au repos après huit titularisations d’affilée, parce qu’ils avaient peur de la blessure musculaire. »
« Il va être fondamental de bien mesurer ses efforts, et le Barça a de l’expérience à ce niveau, avec les blessures graves de Fati, Gavi, Baldé, Pedri, ajoute Julen Guerrero. A 16 ans, ton corps n’est pas totalement formé. Jouer et s’entraîner de manière professionnelle, avec cette exigence et à cet âge, peut comporter des risques. Lui, il doit avoir la volonté d’être un meilleur joueur chaque jour, avoir de l’ambition et faire attention sur plein d’aspects (physique, alimentation, repos), ce qui lui permettra de performer au plus haut niveau, car le sport de très haut niveau est très exigeant. » »
Selon l’ancien sélectionneur, il va être aussi important que Lamine Yamal soit bien entouré, et que « le club l’accompagne et l’aide dans tout ce qu’il pourra vivre dans les prochains mois, les prochaines années ». Car, évidemment, à 16 ans, sous le feu des projecteurs, une tripotée de nouveaux amis tentent de venir se greffer à l’entourage du joueur pour polluer une carrière à peine entamée.
« Lamine est comme tout jeune de son âge. Et son comportement sera celui d’un ado de 16 ans, ajoute Guerrero, qui avait exclu Yamal d’un rassemblement pour problème disciplinaire. Mais il va commencer à changer, et malgré le fait d’avoir 16 ans, il va devoir se comporter et vivre comme un professionnel. » Et trouver un moment pour faire quand même ses devoirs.


















