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De Rudi Garcia à la gueule de bois, les lendemains douloureux du Napoli

Naples – FC Barcelone : De la cata Rudi Garcia à la gueule de bois, les lendemains douloureux du Napoli

FOOTBALLPrès d’un an après son sacre en Serie A, Naples traverse une saison extrêmement compliquée, illustrée par l’arrivée d’un troisième entraîneur, Francesco Calzona, à la veille de son 8e de finale aller contre le FC Barcelone
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • Naples reçoit le Barça ce mercredi soir (21 heures) en 8e de finale aller de la Ligue des champions.
  • Neuf mois après un sacre historique en championnat, le club napolitain arrive sur cette phase finale en pleine crise, à la ramasse en Serie A et avec un nouvel entraîneur à sa tête.
  • L’énigmatique Francesco Calzona, déjà le troisième technicien à s’asseoir sur le banc cette saison après Garcia et Mazzarri, débarque avec la lourde tâche de rattraper les erreurs commises par l’inénarrable président Aurelio De Laurentiis.

Maîtriser l’art de la mise en scène est une évidence chez les De Laurentiis. On ne fait pas fortune à Hollywood par hasard. Aurelio (ADL), surtout connu en Italie et à travers l’Europe pour son rôle de président du club de Naples, a donc tiré sur le filon familial pour mettre les choses au clair, début février. Une conférence de presse un peu lunaire, où le patron du Napoli, entouré de deux dirigeants parfaitement muets, s’engagera dans un monologue censé expliquer les raisons des lendemains douloureux du champion d’Italie en titre, actuel 9e de Serie A et dont la Ligue des champions est le dernier espoir improbable d’éviter une saison blanche.

Improbable, car comme l’explique Mirko, supporter napolitain, « parmi les clubs du Top 15-20 européens, on est les seuls à n’avoir jamais sorti un match aller-retour de légende contre un favori en Ligue des champions. Sur les matchs de groupe, ça peut être très bon, comme contre Liverpool l’année dernière. Mais en aller-retour ? On ne sait pas faire. »

Trois entraîneurs en une saison, première à Naples depuis 1997-98

C’était déjà le cas l’année dernière, alors que l’équipe menée par Luciano Spalletti, désormais sélectionneur de l’Italie, surplombait le foot national du haut de son Vésuve. La suprématie napolitaine n’avait pas empêché le Milan AC d’éliminer le futur champion de Serie A en quarts de finale de Ligue des champions. Alors cette année ? Même pas en rêve, même si l’adversaire est le FC Barcelone, bon rival dans le registre dramatique avec un Xavi sous xanax en bout de course.

Mais que dire du Napoli, des 152 jours de mandat de Rudi Garcia, successeur catastrophique de Spalletti, du pompier Walter Mazzarri, qui n’a rien éteint si ce n’est ça crédibilité en tant qu’entraîneur et de Francesco Calzona, troisième entraîneur engagé par ADL cette saison, qui débarque l’avant-veille d’un 8e de finale de C1. Sans oublier le cas Victor Osimhen, à qui on prête un melon Mbappesque en Campagnie depuis que les cadors européens se bousculent pour le signer. On a souvent prêté à Marseille et Naples un lien de parenté. Il semblerait que celui-ci soit plus que jamais justifié.

Victor Osimhen n'a inscrit que 8 buts en 18 matchs et sera très attendu contre Barcelone
Victor Osimhen n'a inscrit que 8 buts en 18 matchs et sera très attendu contre Barcelone - Insidefoto/Sipa USA/SIPA

Longtemps impopulaire à Naples parce que romain et trop cartésien dans sa gestion économique du club, De Laurentiis a gagné la reconnaissance du peuple grâce au titre de 2023. « Gagner un troisième titre à Naples, c’est historique, ça en vaut dix ailleurs », rappelle Guillaume Maillard-Pacini, caution italienne à Eurosport. Mais neuf mois plus tard, ADL a déjà grillé un énorme joker en foirant l’après Spalletti, lequel a préféré partir au sommet de sa gloire plutôt que de risquer d’écorner sa légende. « J’aurais dû lui dire ''tu as signé un contrat il y a deux ans, tu continues'', a regretté le président lors de sa fameuse conférence de presse. C’est l’erreur qui a déclenché toutes les autres. »

Le fiasco Rudi Garcia

A commencer par la nomination de Rudi Garcia, dans la séquence des approches ratées de Thiago Motta mais aussi Luis Enrique, tout près de signer avant de choisir le PSG. « Le jour de la présentation [de Garcia], j’aurais dû faire un coup de théâtre et dire : "Le voilà présenté, mais maintenant il s’en va." Car une personne qui arrive et dit : "Moi, je ne connais pas le Napoli, je n’ai pas vu un match…" J’aurais dû comprendre. » « L’erreur de Rudi Garcia est simple : il a voulu tout changer avec Spalletti, il a voulu repartir à zéro alors qu’il suffisait de poursuivre sur ce qu’avait bati son prédécesseur, complète Maillard-Pacini. Contrairement à chez nous, Garcia avait une bonne cote en Italie, parce que son passage à la Roma s’était bien passé. Mais à Naples, il est arrivé avec ses gros sabots, en rupture. A tel point qu’il ne citait jamais Spalletti en conférence de presse. » Y avait-il pire à faire que de nier l’existence d’un demi-dieu footballistique dans une ville aussi pieuse que Naples ?

Si l’arrogance de l’entraîneur français n’est pas responsable du départ du directeur sportif, Cristiano Giuntoli, pour son club de cœur, la Juve, elle a coûté une préparation estivale au champion d’Italie. ADL : « Il a préféré me faire renvoyer un préparateur parfait [Francesco Sinatti… de retour six mois plus tard dans le staff de Calzona], pour en faire venir un autre qui… On m’avait prévenu : "lui, il va te flinguer les joueurs." » Tout le monde a pu s’en rendre compte assez vite. « Chaque été, l’équipe fait des mises au vert façon années 90 en haut des moyennes montagnes de la région et dans le Trentino, explique Mirko. Les supporters, les journalistes napolitains, bref, tout le monde a vu que ça ne travaillait pas trop la phase défensive et que la préparation physique était totalement différente. »

« Je l’ai envoyé se faire foutre »

Le fiasco s’achèvera un soir de novembre où Garcia a eu le tort d’asseoir, entre autres, Kvaratskhelia sur le banc face à l’Empoli (défaite 0-1). Un coup tactique dont le seul effet notable aura été de mettre De Laurentiis dans une colère pas possible. « A la mi-temps, je descends dans le vestiaire pour lui dire : ‘'Mais qu’est-ce que tu fais bordel ? Mais qu’est-ce que tu veux faire ? Tu veux te faire virer ?'’ C’est comme ça que ça a fini. Garcia avait toujours une surprise dans ses compositions. A la fin, je l’ai envoyé se faire foutre. »

Rudi Garcia, le soir de la défaite à domicile contre Empoli
Rudi Garcia, le soir de la défaite à domicile contre Empoli - Alessandro Garofalo/LaPresse/Shu/SIPA

Les adieux à Walter Mazzarri, dont le bilan est pourtant pire que celui de l’ancien coach de l’OL et l’OM, ont été bien plus doux. Son passé sur le banc du Napoli (vainqueur de la Coupe d’Italie en 2012) et sa relation amicale avec ADL expliquent l’indulgence à l’égard d’un homme pourtant apparu dépassé tactiquement. Et le fameux Calzona, alors ? « Personne ne comprend ce choix comme personne n’avait compris pour Mazzarri », conclut le spécialiste de l’Italie. Qui sait si, d’ici à la fin de saison, Aurelio De Laurentiis ne convoquera pas la presse pour s’excuser d’un énième coup foiré.