CAN 2024 : Joueur de D3 espagnole, ancien coloc de Griezmann… Qui est Emilio Nsue, meilleur buteur de la compétition ?
Football•A 34 ans, le capitaine de la Guinée Equatoriale, reconverti latéral en club mais attaquant avec sa sélection, a déjà marqué cinq butsNicolas Stival
L'essentiel
- La Guinée Equatoriale, première d’un groupe très relevé devant le Nigeria et la Côte d’Ivoire, fait partie des bonnes surprises de cette Coupe d'Afrique des nations.
- Capitaine et âme de l’équipe, Emilio Nsue (34 ans) évolue aujourd’hui en D3 espagnole, au CF Intercity, club d’Alicante.
- Incroyablement polyvalent, l’ancien international espagnol dans les catégories de jeunes a beaucoup voyagé au cours de sa carrière.
Maintenant qu’elle est terminée, on peut officiellement dresser le constat qui se dessinait déjà au fil des jours. Cette phase de poule de la Coupe d’Afrique des nations a été complètement folle. Outre l’élimination de l’Algérie et du Ghana, mais aussi la grande frayeur de l’hôte ivoirien, qualifié à l’arraché après avoir perdu au passage son sélectionneur Jean-Louis Gasset, le parcours de la Guinée Equatoriale a marqué les esprits.
Le « Nzalang Nacional », modeste 88e du classement FIFA et encore jamais vu en Coupe du monde, a survolé un groupe pourtant bien relevé. Le demi-finaliste de l’édition 2015 à domicile, quart de finaliste voici deux ans au Cameroun, a d’abord tenu en respect le Nigeria (1-1), avant de surclasser la Guinée-Bissau (4-2) puis de traumatiser la Côte d’Ivoire (4-0), amené par son attaquant et capitaine de 34 ans, Emilio Nsue.
Auteur d’un triplé lors du deuxième match – le premier réussi dans une CAN depuis seize ans – puis d’un doublé au troisième, le natif de Palma de Majorque affiche un total plus vu dans une phase de poules depuis l’Ivoirien Laurent Pokou avec ses sept réalisations en… 1970.
Le champion d’Europe U19 puis Espoirs avec l’Espagne (aux côtés des De Gea, Azpilicueta, Mata et Thiago Alcantara) avait pourtant annoncé la couleur avant la compétition, sur le site de la Confédération africaine (CAF) : « Personnellement, ma dernière CAN n’était pas ma meilleure [zéro but et un tir au but raté en 8es de finale contre le Mali]. Je vais essayer de réaliser une très belle performance et nous allons tenter de gagner tous les matchs. »
« Il ne faut pas regarder la division »
Mais forcément, les mots d’un joueur de troisième division espagnole (CF Intercity, à Alicante) portent moins que ceux d’un Mohamed Salah ou d’un Sadio Mané. « Il ne faut pas regarder la division, tranche l’ancien international béninois Mickaël Poté. La CAN, c’est une pression différente. Ce sont souvent les joueurs qui viennent d’un plus bas niveau qui ont faim de vaincre. »
L’avant-centre passé par Clermont et Nice a côtoyé Nsue à l’APOEL Nicosie, en 2018-2019. Il a même sympathisé avec un joueur d’une rare polyvalence, attaquant de formation, reconverti en défenseur à Majorque au début des années 2010, mais qui retrouve les avant-postes avec sa sélection et, parfois, pour dépanner en club.
« A l’APOEL, il était latéral droit, super offensif, reprend Poté, présent à Abidjan en tant que consultant pour plusieurs médias locaux. Mais surtout, c’est un guerrier, il est tranchant dans tout ce qu’il fait, qu’il joue défenseur ou attaquant. Et comme il n’est pas maladroit devant le but… On l’a vu dans cette CAN : il n’a pas beaucoup de ballons, mais il est à l’affût. Il est opportuniste. C’est aussi un leader, il suffit de voir sa gestuelle, comment quand il demande à ses coéquipiers de se calmer. Je suis vraiment content pour lui, c’est tellement un bon gars ! » »
Ce fan de boxe a beaucoup bourlingué depuis ses débuts dans le club de sa ville natale : en Espagne (Castellón, Real Sociedad où il sera le colocataire d’Antoine Griezmann), en Angleterre (Middlesbrough, Birmingham City), à Chypre (APOEL Nicosie et Apollon Limassol) avant un passage par la Bosnie (Tuzla City) puis donc, depuis juin 2022, au CF Intercity. Son parcours récent dessinait la pente descendante d’une carrière plus qu’honorable, avant ce brutal retour de flamme à la CAN.
« J’ai 34 ans mais je me sens meilleur que jamais, a lâché Nsue au média espagnol Relevo, avant son doublé contre la Côte d’Ivoire. Je prends soin de mon physique. Mais le plus important, c’est de sentir bien mentalement et d’avoir confiance en soi. » Une qualité dont ce leader dans l’âme n’a jamais manqué, comme lorsqu’il a plaqué l’Espagne, qui ne l’avait pas retenu pour les Jeux olympiques de Londres en 2012, pour rejoindre la sélection du pays d’origine de son père, laquelle lui faisait de l’œil depuis un moment.
« J’ai été reçu à l’aéroport comme si j’étais Cristiano Ronaldo, se rappelle le meilleur buteur de l’histoire du « Nzalang Nacional », avec 22 réalisations, qui évoluait alors à Majorque. Le fait qu’un joueur de Liga choisisse la Guinée Equatoriale, qui perdait alors tous ses matchs, a été très apprécié. Je me sentais comme un Dieu. »
Et maintenant, la Guinée en 8es de finale
Nsue a aidé à mettre sur la carte le seul pays hispanophone d’Afrique, un petit Etat pétrolier à la superficie légèrement inférieure à celle de la Belgique. Dimanche, cette sélection qui s’appuie sur une armature de cadres nés en Espagne (sept sur les onze titulaires face aux Ivoiriens) partira favorite de son 8e de finale contre la Guinée. « C’est une équipe solide, un vrai collectif, reprend Mickaël Poté. Derrière et au milieu, ça bosse beaucoup. Nsue est en bout de ligne, il finit. »
Et il n’est visiblement pas fini. « Il peut encore être remarqué par un pays du Golfe » observe son ancien coéquipier, autre bel exemple de longévité puisqu’il n’a toujours pas mis un terme à sa carrière à 39 ans bien tassés. En attendant cette éventuelle préretraite dorée, l’argent devrait commencer à couler pour les joueurs équato-guinéens : le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, 82 ans dont 45 à la tête d’un pays où l’opposition est inexistante, a annoncé que l’équipe allait se partager un million d’euros, après le triomphe face à la Côte d’Ivoire. Quant à son fils et successeur annoncé, déjà vice-président, il a promis 50.000 euros supplémentaires par but marqué.


















