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Est-ce vraiment une bonne idée de lancer des joueurs de 16 ans chez les pros ?

Dortmund-PSG : Est-ce vraiment une bonne idée de lancer des jeunes de 16 ou 17 ans chez les professionnels ?

footballLe Parisien Warren Zaïre-Emery et le Borussen Youssoufa Moukoko sont deux exemples parmi tant d’autres de joueurs lancés dans le grand bain des pros alors qu’ils sont encore ados, une pratique qui n’est pas sans risques
Nicolas Camus (avec William Pereira)

Nicolas Camus (avec William Pereira)

L'essentiel

  • De très jeunes footballeurs comme Warren Zaïre-Emery (17 ans) ou Youssoufa Moukoko (16 ans à l’époque) sont lancés de plus en plus tôt chez les professionnels, au risque de griller les étapes et de s’user physiquement et mentalement.
  • L’académie du Borussia Dortmund, avec son directeur Lars Ricken, est souvent citée en exemple pour sa réussite dans ce domaine, avec des exemples comme Jadon Sancho, Christian Pulisic et bien sûr Jude Bellingham.
  • Certains estiment que lancer des ados au très haut niveau n’est pas forcément problématique, à condition de bien les encadrer humainement et de ne pas leur faire jouer trop de matchs.

De notre envoyé spécial à Dortmund,

On avait craint le pire à la vue de sa cheville écrabouillée par un défenseur de Gibraltar, alors qu’il venait de marquer pour sa première sélection avec les Bleus, mais c’était oublier la magie de la jeunesse, et ses temps de récupération prodigieux. Annoncé sur le flanc jusqu’à la trêve hivernale, Warren Zaïre-Emery est finalement revenu dès samedi pour le match face à Nantes, et il y a quelque chose d’assez singulier à se retrouver soulagé qu’un gamin de 17 ans soit bien là pour un match décisif du PSG en Ligue des champions. C’est pourtant bien le cas, tant WZE s’est imposé avec autorité dans l’entrejeu parisien depuis le début de saison. Y’a plus d’âge pour jouer chez les grands.

Le titi représente une relève qui prend de la place très tôt dans l’effectif parisien, considérablement rajeuni cette saison. Son adversaire du soir, le Borussia Dortmund, n’est pas mal non plus en la matière. Le BVB a une longue tradition de jeunes pousses lancés dans le grand bain à peine sortis du nid, de Mario Gotze en son temps (débuts à 17 ans) à l’emblématique Youssoufa Moukoko, pour qui la Ligue allemande a changé la règle afin qu’il puisse jouer en Bundesliga dès l’âge de 16 ans. Au niveau européen, il est toujours le plus jeune à avoir disputé une rencontre de Ligue des champions, devant une tornade arrivée en fin de saison dernière dans les rangs du Barça, Lamine Yamal. En Italie, on a vu encore plus précoce, il y a quelques jours, avec les grands débuts de Francisco Camarda sous le maillot du Milan AC à l’âge de 15 ans et 8 mois.

Le top 5 des joueurs les plus jeunes ayant disputé un match de Ligue des champions.
Le top 5 des joueurs les plus jeunes ayant disputé un match de Ligue des champions.  - SofaScore / 20 Minutes

Tous ces cas interpellent, car les exemples de jeunes vite catalogués prodiges et qui ont disparu de la circulation quelques années plus tard ne manquent pas. Moukoko, aujourd’hui âgé de 19 ans, n’en est pas encore là, mais son temps de jeu se réduit de manière assez drastique cette saison, où il semble à la peine. N’en demandons-nous pas trop à des joueurs qui sont encore des adolescents ? « Dans un groupe pro, ce qui prime est la performance. Si un entraîneur estime qu’un gamin de 15, 16, 17 ans est fiable et peut aider son équipe à gagner, il n’hésitera pas, pose Tripy Makonda, lancé au PSG à 18 ans et aujourd’hui coach des U11 du club parisien. Après, il faut veiller à la gestion émotionnelle et physique. »

Le talent, oui, mais les épaules ?

La question de l’usure physique, déjà prégnante, a pris une autre ampleur avec la grave blessure de Gavi, victime d’une rupture complète des ligaments croisés en novembre alors qu’il venait déjà d’enchaîner deux saisons à plus de 40 matchs à seulement 19 ans. Et le problème peut se poser encore davantage la carrière avançant. « Un joueur pro n’est jamais à 100 %. Tu as toujours une petite lésion, un peu mal au dos, à la cuisse, mais tu finis par jouer parce que le coach a besoin de toi, reprend Makonda. Ces petites blessures mal soignées, qui ne cicatrisent jamais vraiment, on s’en remet encore moins bien avec l’âge. C’est comme ça qu’on s’use physiquement. » Et mathématiquement, plus vous avez commencé tôt à très haut niveau, plus vous vous exposez.

Il convient également d’être vigilant sur les à-côtés du terrain. « Ces jeunes sont des adolescents à qui on donne le statut de joueur professionnel, sans toujours se demander s’ils ont les épaules et la maturité pour le gérer, expose le psychologue du sport Makis Chamalidis. Ils doivent faire face à des sollicitations nouvelles, aux médias, à plein de choses dont ils n’avaient sûrement pas conscience avant et qui peuvent être trop lourdes. »

Le (bon ?) exemple du Borussia

Nous viennent en tête les noms de Freddy Adu ou Bojan Krkic, des surdoués qui ont terminé en dépression, sans même avoir percé au très haut niveau pour le premier. « On pense que les jeunes de 14, 15 ans sont des adultes en miniature. Parfois, on tue les joueurs », s’alarmait il y a quelques années l’entraîneur monégasque Leonardo Jardim, alors que l’Italien Pietro Pellegri, recruté pour 25 millions d’euros à même pas 17 ans et 10 matchs de Serie A dans les pattes, enchaînait les déboires.

L’entourage a un rôle essentiel à jouer pour aider le joueur à conserver la tête froide face aux événements, ou lui apprendre à accepter qu’on ne peut pas plaire à tout le monde même si on est très forts. De ce point de vue, les choses s’améliorent ces dernières années. Le meilleur exemple reste sûrement le Borussia Dortmund, où l’ancien joueur Lars Ricken est aux petits soins pour ses poulains.

C’est que le directeur du centre de performance du BVB est bien placé pour donner quelques conseils. Lui-même lancé chez les grands à 17 ans, il a connu son pic de carrière seulement quatre ans plus tard, en scellant la victoire du Borussia en finale de la Ligue des champions 1997 contre la Juventus d’un lob sur Peruzzi – élu « but du siècle » par les supporters à l’occasion des 100 ans du club, en 2009. La suite a été beaucoup moins reluisante, jusqu’à son retrait des voitures à 30 ans.

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Dans un article publié récemment sur le site de la Bundesliga, Ricken expliquait ainsi la philosophie de l’académie du BVB :

« Ce n’est pas un parc d’attractions, on n’est pas là pour dorloter les jeunes, mais les accompagner judicieusement tout au long de leur semaine de 70 ou 80 heures. Le football doit permettre de développer des valeurs comme le jeu d’équipe, le respect, la résilience, qui vous font apprendre beaucoup sur le monde et la vie. Notre objectif est de développer les jeunes afin qu’ils puissent réussir dans tous les domaines, pas seulement le football. » »

Une méthode qui a fait ses preuves, quand on voit comment le Borussia a accompagné ces dernières années l’éclosion de joueurs comme Ousmane Dembélé, Jadon Sancho, Christian Pulisic, sans oublier évidemment le nouveau monstre du foot mondial, Jude Bellingham. Signe que le jeunisme n’est pas forcément une mauvaise chose ?

« Camarda, il mesure 1,84m, est-ce si lunaire que ça de le voir entrer en jeu en Serie A, questionne Kevin Nieto, scout et éducateur à l’ACBB, en région parisienne. On ne parle pas d’un titulaire, il n’est pas question qu’il joue tous les trois jours, il doit continuer à grandir. Le voir dans le groupe et prendre quelques minutes de jeu peut faire partie d’un processus de développement sur des joueurs identifiés comme des "cracks". Les clubs ont compris que le suivi mental et humain était primordial. » Rendez-vous dans quelques années pour voir si Julien Duranville, la dernière petite merveille du Borussia achetée 8,5 millions l’été dernier à Anderlecht à seulement 16 ans, répond aussi à ces préceptes.