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La recette du Pays basque espagnol pour avoir autant de bons clubs

Real Sociedad-PSG : « Un lien affectif brutal »… La recette du Pays basque espagnol pour avoir autant de bons clubs

FOOTBALLLes clubs basques, présents en nombre dans les deux premières divisions professionnelles, bénéficient d’un système structuré qui fonctionne à merveille
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Avec l’Athletic Club, la Real Sociedad, qui affronte le PSG en huitième de finale retour de Ligue des champions ce mardi, est le porte-étendard du football basque.
  • Au-delà de ces deux clubs, le Pays basque possède une autre équipe dans l’élite et deux autres en deuxième division.
  • Formation, partenariats entre clubs, réussite économique, entraîneurs… Les raisons à cette réussite sont multiples.

Quand on parle spécialités du Pays basque espagnol, le football n’est pas vraiment la première chose qui nous vient en tête. Gourmands que nous sommes, on pourrait parler des heures de pintxos, d’axoa et d’Irouleguy. Pourtant, avec trois-quatre clubs en Liga (Real Sociedad, Athletic, Alavés, et dans une moindre mesure Osasuna), deux équipes en Liga 2 (Eibar et Amorebieta), des internationaux en nombre biberonnés aux chants basques, l’Euskadi, qui représente 4,5 % du territoire espagnol, est la terre du football. Rien de plus, rien de moins.

Alors, comment un si « petit » territoire, avec 75.000 licenciés, arrive-t-il à avoir autant de succès ? L’histoire et la tradition, avec des clubs centenaires, n’expliquent pas tout, même si l’Athletic et la Real Sociedad servent de locomotives à tous les clubs du Pays basque. « Les clubs professionnels ont un accord de collaboration avec tous les clubs amateurs de leur province, dévoile Manuel Díaz de Marcos, président de la fédération Guipuzcoana de football. Ça crée une identité commune, un travail collaboratif. Et c’est spécifique au Pays basque. Les clubs pros apportent ainsi de l’argent aux clubs amateurs, mais surtout une méthodologie, des moyens matériels de dernier cri pour la formation. »

Exemple de cette collaboration bien spécifique, la SD Amorebieta. Aujourd’hui en deuxième division, le club de ce petit village de 18.000 habitants a failli disparaître, il y a cinq ans, avant que Jon Larrea et ses amis ne reprennent le club. « On est un club partenaire de l’Athletic, c’est un peu comme s’il était notre père, on a un contact permanent, détaille le président du club. Quand on est passé de Segunda B (troisième division) à Liga Adelante (deuxième division), c’est comme si une épicerie s’était transformée en Corte Inglés. Qui de mieux que les autres clubs basques, qui ont l’expérience pour discuter de tout ça ? A chaque fois qu’on a eu besoin d’eux, ils ont été là. Ils nous ont donné des coups de main, et on ne peut que les remercier. »

Un sentiment d’appartenance fort

Ces partenariats permettent aussi une détection des talents quasi automatique. Aucun joueur n’échappe aux yeux des scouts des équipes professionnelles. Et cela permet au gamin de rester dans un environnement qu’il connaît, à quelques kilomètres de chez lui. « Ce sont des garçons qui naissent ici, qui sont dans des clubs, même si ce n’est pas un club pro, qui sont en lien avec les pros grâce aux partenariats, reprend Diaz de Marcos. Ils vivent avec leurs familles, ils n’ont pas à se déplacer loin quand ils sont en centre de formation. Ils ont une vie normale en tant qu’enfant, et il y a un lien affectif avec le club qui est brutal. »

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« Le travail réalisé dans les centres de formation est démentiel, reprend Gorka, fondateur du site Memorias del futbol vasco. Les joueurs savent que si tu es bon, tu auras l’opportunité de jouer dans ces équipes-là que sont l’Athletic et la Real Sociedad. » Un avenir facilité par le fait que l’Athletic ne fasse jouer que des joueurs basques ou formés en Euskadi. Même si elle est plus internationale, la Real Sociedad possède, de son côté, un grand nombre de joueurs formés à Saint-Sébastien, à l’image de Zubimendi, Oyarzabal ou Barrenetxea.

« « Il n’y a pas une pression pour faire émerger les jeunes talents, estime Manuel Díaz de Marcos. On préfère donner une période de maturation aux joueurs pour grandir, contrairement à ce qui est fait ailleurs. Dans le Pays basque, on ne verra jamais un Lamine Yamal [titulaire à 16 ans au Barça]. On est beaucoup plus calme, ceux qui sont en réserve prennent le temps de grandir et ne franchissent le pas de l’équipe première qu’en temps voulu. Dans tous ces clubs, on ne travaille pas pour le présent, mais à moyen et long terme. Ici, à l’école, les enfants, jusqu’à 12 ans, font plusieurs sports à l’école. C’est pour ça que le joueur éclôt un peu plus tard aussi. » »

Le rôle central de l’entraîneur dans les villages

La réussite des clubs basques s’explique également par le fait que de nombreux entraîneurs de premier plan viennent d’Euskadi. Iraola (Bournemouth), Alonso (Bayer Leverkusen), José Mendilibar (Olympiakos, ex-FC Séville), Valverde (Athletic), Alguacil (Real Sociedad), Arrasate (Osasuna) se sont tous formés dans le coin. Ces deux derniers ont d’ailleurs commencé leur carrière dans des petits villages, là où des graines d’entraîneurs poussent sans cesse. « Le rôle de l’entraîneur est quelque chose de central dans les villages, avec un énorme respect, estime le président de la fédération Guipuzcoana. Il est presque vu comme un maître d’école ici. Quand on voit qu’on ne peut pas devenir footballeur, c’est presque automatique, on veut devenir entraîneur, pour poursuivre le travail fait auparavant. »

Et puis, un peu à l’image des entreprises basques, les clubs sont gérés parfaitement, et au-delà du simple fait économique, la gestion est calme, avec peu de déclarations tapageuses dans les médias, peu de polémiques. L’environnement économique sain autour de ces clubs permet un développement tranquille, sans stress. « Le foot a toujours été un lien entre les gens en Euskadi, assure Jon Larrea. Au final, on se connaît un peu tous, dans ce pays de deux millions de personnes. Tu ne connais pas seulement le dirigeant du club, tu connais surtout la personne, et ça change tout. Et c’est ce qui marche aussi dans les relations économiques. Les entreprises qui deviennent sponsor de l’Amorebieta, elles voient notre travail, sont solidaires de celui-ci. C’est plus une question personnelle ou émotionnelle qu’entreprenariale. »

Et du côté français ?

Reste une question : pourquoi ce modèle n’est-il pas transposable de l’autre côté des Pyrénées, alors que les systèmes de partenariats avec la Real Sociedad et l’Athletic existent aussi avec les clubs amateurs français, comme en témoignent l’arrivée de deux jeunes des Genêts d’Anglet et de l’Aviron Bayonnais ont intégré récemment les centres de formation à Saint-Sébastien et Bilbao.

« C’est plus difficile de comparer ces villes à Bayonne, Saint-Jean-de-Luz, Hendaye, qui sont des villes de tailles très inférieures, en matière de volume et d’écosystèmes, avance Matthieu Rabby, président du district des Pyrénées-Atlantiques. On a des bons clubs à une dizaine de kilomètres les uns des autres, qui à eux cinq-six, représenteraient 3.000 licenciés. L’union fait la force, et sans doute qu’en mutualisant les forces, il y aurait la possibilité de l’émergence d’un bon club. Mais ce n’est pas dans l’actualité des choses. Aujourd’hui, la réalité, c’est que le Pays basque français, c’est déjà une petite part du football espagnol. » On a déjà vu des guerres commencer pour moins que ça.