Ligue des champions : « Il doit vraiment avoir les boules »… Harry Kane est le poissard ultime, de Tottenham à Munich
Loser ultime•L’attaquant star de 30 ans a beau enquiller les buts avec l’Angleterre, Tottenham et désormais le Bayern Munich, il court toujours après un premier titre. Le voilà ce mardi au bord de l’élimination en Ligue des champions contre la Lazio RomeJérémy Laugier
L'essentiel
- Largué en Bundesliga, éliminé de la Coupe d’Allemagne et en pleine crise, le Bayern Munich joue gros ce mardi (21 heures) lors du huitième de finale retour de la Ligue des champions contre la Lazio Rome (1-0 pour les Italiens à l’aller).
- Recrue phare bavaroise l’été dernier, avec un transfert de près de 110 millions d’euros, Harry Kane (30 ans) connaît pourtant une adaptation supersonique en Allemagne, avec 31 buts en 32 matchs sous ses nouvelles couleurs.
- Comme lors de ses nombreuses saisons individuellement brillantes et collectivement moroses à Tottenham, le plus célèbre « chat noir » du football européen court toujours après le premier titre de sa carrière.
Eduardo Camavinga et Harry Kane vont-ils une nouvelle fois connaître des fortunes opposées, d’ici mercredi soir en Ligue des champions ? D’un côté, le milieu français s’est offert le luxe de remporter tous les trophées possibles et imaginables dès l’âge de 20 ans avec le Real Madrid. Ligue des champions, Liga, Coupe et Supercoupe d’Espagne, Supercoupe d’Europe et Coupe du monde des clubs, l’ancien Rennais a tout raflé en seulement deux saisons avec les Merengue.
Autant vous dire qu’il ne se fait guère de soucis avant son 8e de finale retour de C1 contre Leipzig mercredi. Ce genre de conte de fées est tout ce peut que maudire Harry Kane. A 30 ans, l’attaquant star des Three Lions a eu beau enquiller pas moins de 387 buts et 97 passes décisives (en 616 matchs) durant sa carrière pro, il n’a encore jamais pu soulever le moindre trophée.
Du finish culte à Watford à un penalty raté contre Lloris
Glissons comme ça, sans la moindre moquerie (pas le genre de la maison à 20 Minutes), les étapes clés de la lose d’Harry Kane durant sa carrière, alors qu’un nouveau fiasco européen lui pend au nez ce mardi (21 heures), lors d’un Bayern Munich-Lazio Rome bien plus indécis que prévu (1-0 pour les Italiens à l’aller).
- Ça démarre fort pour lui puisque à 19 ans, il est sur la pelouse pour subir la fin de match la plus folle de l’histoire (oui oui), en play-offs d’accession à la Premier League. Prêté par Tottenham à Leicester, il entre sur la pelouse à l’heure de jeu pour la demi-finale retour à Watford (à 1-1). Les Foxes sont encore qualifiés dans le temps additionnel malgré un score défavorable (2-1) et ils obtiennent même le penalty leur garantissant la finale à Wembley. Mais le Frenchie Anthony Knockaert manque en deux temps sa tentative (90+7e), et Watford marque le but d’une qualif insensée sur la contre-attaque.
- Pour sa première saison pleine avec les Spurs en 2014-2015, il est l’homme fort pour qualifier les siens jusqu’en finale de la Coupe de la Ligue. Mais il bute sur l’ultime marche contre Chelsea (0-2).
- Deux autres finales suivront pour lui avec Tottenham : en Ligue des champions face à Liverpool en 2019 (0-2) et encore en Coupe de la Ligue en 2021 contre Manchester City (0-1). Notre « Citizen Kane » a beau disputer l’intégralité de ces trois finales, il ne parvient pas à marquer le moindre but lorsque ça vaut de l’or.
- Avec son équipe nationale, il ne se montre pas plus décisif dans les principaux rendez-vous couperets, hormis son tir au but (finalement inutile) lors d’une nouvelle finale perdue, à l’Euro 2021 face à l’Italie (1-1, 2-3). Son penalty expédié dans le ciel d’Al-Khor, lors du quart de finale perdu contre les Bleus à la dernière Coupe du monde au Qatar (1-2), restera parmi les plus grands « what if » de l’histoire des Three Lions.
Llorente et Lucas Moura ont été les vrais héros en 2019
« Il a eu beaucoup de malchance sur ce penalty manqué », plaide Ben (24 ans), qui tient le compte Tottenham France sur X (anciennement Twitter). Mouais, les joueurs ayant un jour craqué sur penalty face à Hugo Lloris sont à peine plus nombreux que les titres des Spurs au 21e siècle. Pour autant, on vous déconseille d’évoquer cette notion de possible « chat noir » à un supporteur de Tottenham aussi passionné que Ben.
« Dans la communauté des Spurs, personne ne le voit comme un chat noir mais comme une véritable légende du club. C’est un top player et le meilleur buteur de toute notre histoire [278 buts inscrits]. Un fan de football ne peut pas affirmer qu’Harry Kane a été le responsable de la disette de titres de Tottenham, ça serait totalement injuste. Il a au contraire contribué à ce qu’on soit en capacité de remporter des trophées. Si Tottenham échoue dans les grands rendez-vous, c’est un problème collectif. En 2020-2021, il a fini à la fois meilleur buteur et meilleur passeur de PL, comment pourrait-on donc le blâmer ? Il a toujours assumé son rôle dans les moments clés. » »
Il n’empêche que pour les deux plus grands souvenirs européens récents de Tottenham, lors de l’épopée de 2019 en Ligue des champions avec Mauricio Pochettino, Harry Kane était en tribunes. Blessé, celui-ci avait vu Fernando Llorente (en quart contre Manchester City) puis surtout Lucas Moura (en demie face à l’Ajax Amsterdam) endosser le costume d’improbable héros à sa place. Son retour in extremis à leur place pour la finale face à Liverpool n’avait donc pas été une folle réussite.
Le Bayern restait sur onze titres de rang en Bundesliga
« Tout le monde avait craqué mentalement ce soir-là, et ça annonçait une fin de cycle, estime Ben. Harry Kane était quand même un joueur majeur dans cette campagne de C1, mais il n’était pas à 100 % sur cette finale. » C’est un peu l’histoire de son long passage aux Spurs, où il n’a jamais été capable de porter son club formateur dans la course au titre en Premier League, échouant au mieux à sept points de Chelsea en 2017. Là où la théorie du « poissard ultime » devient folle, c’est que son transfert l’été dernier au Bayern Munich ne semble pas du tout avoir enrayé sa lose.
C’est simple : l’international anglais a été officialisé le 12 août, et bim, le géant bavarois était fessé le jour même par le RB Leipzig en finale de la Supercoupe d’Allemagne (0-3), malgré l’entrée en jeu d’Harry Kane à la 64e minute. Le Bayern avait pourtant remporté six des sept précédentes éditions. A ce moment-là, on pensait que ce n’était que partie remise pour Kane chez ce glouton de titres qu’est le Bayern. Les Munichois avaient ainsi raflé 5 des 11 dernières Coupes d’Allemagne et surtout 11 sacres de rang en Bundesliga.
« Passer de Choupo-Moting à lui, c’est pas mal, non ? »
Mais là, patatras : le Bayern a été humilié le 1er novembre en Coupe par un club de D3, Sarrebruck (2-1), et le Bayer Leverkusen de Xabi Alonso survole le championnat, avec 10 points d’avance sur la bande à Thomas Tuchel à 10 journées de la fin. Quelle est la responsabilité de la recrue la plus chère de l’histoire du club, qui a enquillé 31 buts en 32 matchs sous ses nouvelles couleurs, dans ce crash ?
« J’avais émis des réserves à l’arrivée d’Harry Kane, reconnaît Louis Lucas (20 ans), qui a créé le compte X Media Bayern France. Pas pour le côté "chat noir", mais pour ce transfert à plus de 100 M€ pour un joueur de 30 ans à qui il ne restait qu’une année de contrat. Après, passer de Choupo-Moting à lui, c’est quand même pas mal, non ? »
C’est le moins qu’on puisse dire, surtout quand on voit l’adaptation supersonique du gaillard, et ses coups d’éclat à la pelle, comme son triplé face au Borussia Dortmund (0-4), son doublé pour débloquer un match de Ligue des champions contre Galatasaray (2-1) ou encore son prodigieux lob du milieu du terrain devant Darmstadt (8-0).
« Beaucoup de fans le préfèrent même à Lewandowski »
« Je peux comprendre l’amusement des suiveurs de foot à son sujet mais honnêtement, c’est juste de la malchance pour lui d’être dans la première équipe du Bayern à ne pas être championne depuis 2012, assure Louis Lucas. Le responsable, c’est ce football désastreux sous Tuchel, et Leverkusen qui fait dans le même temps la saison de sa vie. De même en Coupe, il n’était pas dans le groupe pour affronter Sarrebruck. »
NOTRE DOSSIER SUR LE BAYERN MUNICHCe jeune supporteur du Bayern poursuit : « Kane doit vraiment avoir les boules car s’il a une étiquette de loser, croyez-moi qu’il est le joueur qui montre la meilleure mentalité dans ce Bayern actuel. Il a complètement conquis les fans, au point que beaucoup le préfèrent même à Lewandowski ». S’il existe « une grosse inquiétude » au sein de la communauté Bayern avant ce 8e de finale retour de Ligue des champions face à la Lazio, Harry Kane reste donc le principal motif d’espoir. C’est dire à quel point la crise est profonde en Bavière, au vu de la poisse légendaire de ce héros maudit.


















