France-Irlande: Est-ce bien raisonnable de croire en Benjamin Mendy pour la Coupe du monde?

FOOTBALL Le latéral gauche est tout juste de retour d'une rupture des ligaments croisés...

Nicolas Camus
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Benjamin Mendy à Clairefontaine, le 24 mai 2018.
Benjamin Mendy à Clairefontaine, le 24 mai 2018. — J.E.E/SIPA
  • Benjamin Mendy va débuter le match amical des Bleus contre l’Irlande, ce lundi.
  • Le défenseur se remet juste d’une rupture des ligaments croisés qui l’a contraint à une saison quasiment blanche.
  • Tous les joueurs qui ont connu ça ont mis du temps à retrouver leur meilleur niveau, il y a donc forcément des doutes la capacité de Mendy à disputer une Coupe du monde.

Didier Deschamps est confiant. En même temps, il n’a pas vraiment le choix. Le sélectionneur croit dur comme fer au retour de Benjamin Mendy à un niveau lui permettant de disputer la Coupe du monde. Huit mois seulement après une rupture des ligaments croisés, et alors que le joueur n’a que soixante-deux minutes de jeu dans les pattes depuis sa reprise en avril, c’est un gros pari. Et surtout une nécessité. Aucun recours au joueur de City ne s’est imposé cette saison, et notamment Lucas Digne, qui n’a même pas été retenu.

Les premiers signaux reçus depuis Clairefontaine sont bons. A part un petit pont infligé par Fekir lors d’un petit jeu, RAS. Mendy a même surpris son monde lors des tests physiques de jeudi et vendredi, intégrant le groupe des joueurs les plus en forme. « Il est guéri, prêt, et il a envie. Après, c’est une question de rythme », indique Deschamps, qui l’alignera d’entrée de jeu lundi soir contre l’Irlande pour permettre au joueur d’avancer et à lui-même d’en savoir plus avant la communication de la liste définitive à la Fifa le 4 juin. C’est là la vraie deadline pour le joueur de City.

« Le principal problème, c’est d’avoir récupéré le bouclier musculaire complet autour du genou, pour protéger le ligament de nouveaux traumatismes, explique le Dr Paillard, médecin du sport. Ensuite, il y a un risque, quand on les sollicite à nouveau de manière intensive, pour les tendons et les muscles qui étaient en stand-by pendant plusieurs mois. C’est ça qu’il faut gérer. »

Questions de sensations

« Je le trouve bien », juge Nabil Fekir, qui a discuté du sujet avec lui. Le Lyonnais connaît bien la difficulté de revenir pour avoir connu pareille blessure en septembre 2015. Son exemple incite d’ailleurs à la prudence. Guéri au bout de six mois, il avait mis un an à retrouver réellement son niveau. Comme tous ceux qui en passent par là. « Chaque joueur répond différemment, selon son physique, ajoute Fekir. J’espère que ça va le faire pour lui et qu’il n’aura pas de douleurs. »

« C’est compliqué. On a beaucoup d’appréhension, on se demande si le genou est solide, les premières sensations sur le terrain ne sont pas terribles, on a peur car la rechute trotte toujours dans un coin de la tête, raconte l’ancien Nantais Olivier Quint, passé par là en 2004. Refaire les mêmes gestes qu’on a faits pendant des années sans se poser de question, ça peut paraître bête mais c’est dur. C’est pour ça qu’on met du temps. »

Ouesh Benjamin, doucement quand même hein.
Ouesh Benjamin, doucement quand même hein. - J.E.E/SIPA

Justement, Mendy n’en a pas. Car c’est d’une Coupe du monde dont on parle, pas d’un tournoi de charité. « Je comprends qu’il y ait des doutes. Il me manque encore un peu d’explosivité, mais ça, ça viendra », disait récemment l’intéressé à L’Equipe.

« Ça peut passer à la hargne »

Avec l’environnement médical de haut niveau dont a bénéficié le joueur, il n’y a « rien d’irraisonnable » selon le Dr Paillard, à vouloir compter sur lui huit mois après la blessure. « Il ne fallait pas moins [de temps de récupération] ! Mais c’est tout à fait possible d’enchaîner cinq ou six matchs, si ses sensations sont bonnes. »

« Juste sur une compétition, avec tous les efforts qu’il a faits pour en être là, ça peut passer à la hargne, estime Quint. En revanche, le début de saison prochaine sera sûrement difficile. » Si c’est le prix à payer pour avoir vécu un été de folie avec les Bleus, il devrait s’en remettre.