« On a juste besoin d’un ballon »… Comment l’altinha a ramené l’ambiance des plages de Rio en plein Paris
O jogo bonito•Depuis le début de l’été, l’altinha, sport emblématique des plages de Rio de Janeiro, séduit Paris. Derrière cet engouement, Clarisse et Isadora, deux Franco-brésiliennes de 21 ans ont décidé d’importer leur passion dans la capitaleVictoria Berne
L'essentiel
- Clarisse et Isadora, deux Franco-brésiliennes de 21 ans, ont créé « Altinha Paris » pour ramener ce sport coopératif typique des plages de Rio de Janeiro.
- Le projet s’est développé de façon organique grâce au bouche-à-oreille.
- Les deux créatrices insistent sur l’absence de hiérarchie et souhaitent encourager la mixité avec l’objectif de « normaliser » la présence des filles qui jouent au ballon. Dans l’altinha, la précision compte beaucoup plus que la force.
À quelques milliers de kilomètres de Copacabana, c’est un petit bout de Rio de Janeiro qui s’installe en plein Paris. Le week-end, d’étranges cercles de sportifs. Au milieu de ces anneaux, une seule règle règne : le ballon ne doit pas toucher le sol. Pour le reste, tout est autorisé : Pieds, cuisses, tête, épaules…
Derrière, ce rassemblement se cache le projet « Altinha Paris », créé par Clarisse et Isadora, deux Franco-brésiliennes de 21 ans, qui ont décidé que ce sport, l’altinha, allait traverser l’Atlantique.
Un sport typique des plages cariocas
Traditionnellement, c’est sur les plages brésiliennes que se forment ces cercles de quatre personnes se faisant des passes avec toute partie de leur corps. N’y voyez aucun lien avec le foot car ici pas de but, pas de points, pas de vainqueur… et surtout, pas vraiment d’adversaire. L’altinha est un sport coopératif dans lequel la réussite dépend autant de celui qui reçoit le ballon que de celui qui le lui envoie.
Une pratique qui peut rappeler « la Brésilienne », bien connue dans les cours de récré françaises. Mais pour Clarisse et Isadora, la comparaison s’arrête rapidement. Dans l’altinha, les échanges répondent à une véritable logique de placement, de déplacements et de préparation du ballon pour le partenaire. Et en cette fin de journée sur les pelouses des Tuileries, cela donne parfois l’impression d’observer une chorégraphie improvisée.
Un projet cher à leur cœur… et à leur enfance
« On a eu trop la saudade de l’altinha », raconte Isadora. Pas vraiment de traduction directe en français : « C’est la nostalgie, mais ce n’est pas nécessairement triste. Tu es content d’avoir vécu ce que tu as vécu, du coup tu as la saudade. Nous, on a la saudade du pays », complète Clarisse. Alors quand elle quitte les plages cariocas à 18 ans, elles décident de rapporter un petit bout du Brésil avec elles en continuant de jouer à l’altinha. Lorsqu’elles lancent leur compte Instagram, Clarisse et Isadora n’ont pourtant pas en tête de créer une grande communauté parisienne : « Ça s’est fait de façon très organique. Les gens disaient : "Ah, il faut que tu viennes" et ramenaient des potes », racontent-elles. Il y a encore deux mois, leur Instagram comptait environ 200 abonnés et depuis, les rassemblements se succèdent, ramenant toujours plus de participants.
Le calendrier a aussi joué en leur faveur, selon elles : un été particulièrement ensoleillé, une Coupe du Monde de foot et un engouement grandissant des Français pour le Brésil. D’ailleurs, si environ la moitié de leurs élèves sont Brésiliens, l’autre moitié se compose de personnes ayant déjà eu un lien avec le pays. « Pratiquement tous nos élèves qui ne sont pas brésiliens viennent et disent : "Ah mais j’étais au Brésil l’année dernière" », s’amuse Clarisse.
Un cercle où tout le monde peut entrer
Aux Tuileries, tous les niveaux se mélangent et les groupes se font et se défont au fil de la soirée. « Il n’y a pas de hiérarchie », insiste Isadora. « Enfants, adolescents, adultes, débutants ou confirmés : chacun peut entrer dans le cercle. »
Avec un objectif qui tient particulièrement à cœur aux deux créatrices : « On veut qu’il y ait de plus en plus de filles qui jouent au ballon. Et normaliser ça parce que c’est normal en fait », explique Clarisse. Certaines participantes leur ont même confié qu’elles ne se seraient probablement pas senties aussi à l’aise pour débuter face à deux hommes. « Elles nous voient et elles se disent : "Ah bah, c’est possible aussi !" » À Rio, expliquent-elles, cette mixité fait déjà partie de l’altinha. Une différence qu’elles expliquent notamment par la nature même du jeu : « La précision compte beaucoup plus que la force. »



















