OL: Se remet-on vraiment d'une blessure aux croisés comme celle de Nabil Fekir?

FOOTBALL Trois sportifs de haut niveau, qui ont connu des blessures au genou identiques à celle de l’attaquant lyonnais Nabil Fekir, se penchent sur les difficultés rencontrées pour revenir à leur meilleur niveau…

Jérémy Laugier

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Il y a désormais un an, Nabil Fekir subissait la première blessure extrêmement sérieuse de sa carrière professionnelle, avec les Bleus de Deschamps au Portugal.
Il y a désormais un an, Nabil Fekir subissait la première blessure extrêmement sérieuse de sa carrière professionnelle, avec les Bleus de Deschamps au Portugal. — FRANCK FIFE / AFP

C’est la blessure la plus redoutée des footballeurs professionnels. C’est aussi celle qui a fauché un Nabil Fekir (déjà) au sommet de son art, à 22 ans, six jours après un retentissant triplé à Caen (1-4). Ce 4 septembre 2015, au début du match amical Portugal-France, une mauvaise réception sur le genou droit a coupé l’élan de l’attaquant de l’OL.

Un an et 248 minutes de L1 disputées plus tard, force est de constater que le meilleur espoir du championnat 2014-2015 [13 buts et 9 passes] est encore très loin de son meilleur niveau. Ecarté des terrains jusqu’au 19 septembre suite à l’ablation lundi d’un débris méniscal, Nabil Fekir est actuellement dans une impasse sportive. Trois sportifs français de haut niveau ayant subi la même blessure se penchent pour 20 Minutes sur ce qu’est vraiment une carrière après une rupture des croisés.

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Romain Loursac : « J’avais l’impression d’être devenu pataud »

Touché et opéré du ligament croisé du genou gauche en septembre 2013, l’arrière du LOU Romain Loursac (30 ans) se souvient d’un « manque d’explosivité pendant trois mois » après son retour en avril 2014. « Dans les tests de détente verticale, sept mois après la blessure, j’avais perdu 20 % de mes capacités sur ma jambe gauche, qui est celle de propulsion. Plus globalement, j’étais moins réactif, j’avais l’impression d’être devenu pataud, comme un gros rugbyman de 110 kg ! », sourit l’arrière lyonnais (1,80 m et 80 kg), revenu à son meilleur niveau « au bout d’un an ».

Le rugbyman du LOU Romain Loursac (à gauche), ici lors d'une rencontre de Top 14 en mars 2015 à Montpellier.
Le rugbyman du LOU Romain Loursac (à gauche), ici lors d'une rencontre de Top 14 en mars 2015 à Montpellier. - PASCAL GUYOT / AFP

Concernant la situation délicate de Nabil Fekir, celui qui finit également… son internat en médecine du sport se veut optimiste. « Autant 50 % des sportifs lambdas ne reviendront jamais vraiment, autant il est extrêmement rare qu’un sportif de très haut niveau ne retrouve pas son niveau d’avant-opération des croisés », indique Romain Loursac, qui cite rien que dans son sport Vincent Clerc, Camille Lopez ou Rémy Grosso, tous internationaux tricolores depuis cette blessure.

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Olivier Quint : « Une fois qu’on s’en remet, on revient vraiment plus fort »

Des exemples rassurants pour Fekir, d’autant que les protocoles de rééducation ont nettement évolué depuis les années 90. « En 1991, à ma première opération des croisés avec Rouen, il m’a fallu un an et demi pour retrouver un véritable niveau, explique l’ancien footballeur de Sedan et Nantes Olivier Quint. En 2005 [à 35 ans], j’étais par contre opérationnel après six mois et j’ai rejoué en L1 au bout de huit mois. »

Un beau duel de L1 100% football vrai entre le Nantais Olivier Quint et le Parisien Bernard Mendy, en mars 2005.
Un beau duel de L1 100% football vrai entre le Nantais Olivier Quint et le Parisien Bernard Mendy, en mars 2005. - MEHDI FEDOUACH / AFP

Cet ancien joueur professionnel n’est pas du tout surpris du retour mitigé de Nabil Fekir depuis avril. « J’ai l’impression qu’il a encore de l’appréhension, analyse Olivier Quint. Je suis passé par là aussi, je jouais à reculons et j’évitais les duels. Mais une fois qu’on s’en remet, on revient vraiment plus fort. J’ai tout de suite pensé que ça ne pourrait pas être avant janvier 2017 dans son cas. »

« Une grosse boîte » et ça repart pour Kevin Rolland

Un retour au premier plan qui devra presque avant tout être mental. « C’est le mental qui détermine 80 % de la réussite après un tel coup dur, confie le skieur freestyle Kevin Rolland, opéré des croisés à 18 puis à 23 ans. C’est ce qui fait que tu vas être prêt à appuyer à fond sur ta jambe et à arrêter de te considérer comme un athlète blessé. » « Impressionné » par son genou ayant doublé de taille, le champion du monde 2009 de half-pipe se souvient avoir eu besoin de « prendre une grosse boîte » à son retour pour se convaincre que son corps tenait le choc à nouveau.

Kevin Rolland, ici en pleine épreuve de half-pipe, en février 2013 dans l'Utah (Etats-Unis).
Kevin Rolland, ici en pleine épreuve de half-pipe, en février 2013 dans l'Utah (Etats-Unis). - George Frey/AP/SIPA

Il constate que c’est bien après ses deux opérations qu’il a « intégré le Top 3 mondial » de sa discipline. Avec ce sentiment, comme tant d’autres sportifs, d’avoir renversé des montagnes pour y parvenir. « Après cette blessure, tu te rends compte que ta carrière ne tient à rien du tout. Ça te renforce donc mentalement, car tu apprécies encore plus ta chance de vivre du sport », conclut Romain Loursac.