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Dans le 93, l’héritage olympique de « Savoir nager » a encore du mal à prendre

En Seine-Saint-Denis, l’héritage olympique du « savoir nager » a encore du mal à prendre

reportageDans le cadre du programme Savoir nager porté par EDF et la Fédération française de natation, Alain Bernard et Ugo Didier ont donné des cours de natation à des enfants du 9-3, qui accuse toujours un retard structurel en la matière
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William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • Dans le cadre du programme « Savoir nager » d’EDF et de la FFN, Alain Bernard et Ugo Didier ont donné des cours de natation à des enfants de Seine-Saint-Denis au Centre aquatique olympique de Saint-Denis.
  • Le département reste le plus carencé en matière de savoir nager avec 7 enfants sur 10 qui ne savent pas nager à leur entrée au collège, malgré les infrastructures olympiques.
  • La fédération investit ses propres fonds pour offrir des créneaux gratuits aux enfants du 93, et une étude universitaire recommande la gratuité des programmes de rattrapage et la réduction des tarifs pour les moins de 16 ans.

Le rendez-vous, à 13h30, en plein cagnard au bord d’un bassin installé provisoirement face au Centre aquatique olympique de Saint-Denis, où se déroulent les championnats d’Europe de natation, est une incitation à la baignade. Mais seuls Alain Bernard, Ugo Didier et un groupe d’enfants étaient autorisés à se rafraîchir ce jeudi, dans le cadre du programme « Savoir nager » porté par la Fédération française de natation et soutenu par EDF. Au menu, plusieurs sessions de 45 minutes d’exercices d’initiation à la nage avec les deux champions pour aider leurs élèves éphémères à apprivoiser l’élément.

L'événement « Savoir Nager » organisé par l'équipe EDF avec les olympiens Alain Bernard et Ugo Didier lors de la quatorzième journée des Championnats d'Europe de natation 2026 au Centre aquatique olympique de la métropole du Grand Paris, à Saint-Denis, le 13 août.
L'événement « Savoir Nager » organisé par l'équipe EDF avec les olympiens Alain Bernard et Ugo Didier lors de la quatorzième journée des Championnats d'Europe de natation 2026 au Centre aquatique olympique de la métropole du Grand Paris, à Saint-Denis, le 13 août. - Hahn Lionel / FFN

« Le but, c’est de leur montrer que dans l’eau, ils ne sont pas en danger, qu’ils peuvent trouver leur propre équilibre », explique le détenteur du record de France du 100 m nage libre. A la fin de la semaine, la FFN et EDF auront permis à 580 enfants de (re) découvrir la natation. « Une goutte d’eau » dont ne sauraient se contenter les deux acteurs au vu du premier bilan estival de Santé public France sur les noyades : 274 personnes sont mortes par noyade en France entre le 1er mai et le 15 juillet. Parmi les victimes figurent 37 enfants et adolescents, un nombre identique à celui enregistré sur la même période en 2025.

Le 93 est devenu n°1 des bassins de 50 m, mais…

« Savoir nager » opère auprès de publics prioritaires dans les territoires carencés, dont la Seine-Saint-Denis fait toujours figure de capitale (7 enfants sur 10 ne savent pas nager à leur entrée au collège) malgré le travail de longue date du conseil départemental avec les plans piscines 1 et 2, et l’héritage olympique, qui se dessine entre le Centre aquatique olympique, Sevran - où a déménagé le bassin de La Défense Arena - Bagnolet et Montreuil. En 2026, le 9-3 compte 167 m2 de ligne d’eau pour 10.000 habitants, encore loin de la moyenne nationale de 236 m2 malgré un bond en avant de 107 m2 par rapport à 2022. Grâce aux JO, le département est paradoxalement devenu leader en nombre de bassins de 50 m. Mais comme dirait l’autre : « Tu es un phénomène, mais ça ne me suffit pas. »

Alain Bernard et Ugo Didier ont donné un petit cours de natation à des jeunes de la Seine Saint-Denis dans un bassin provisoire devant le Centre Aquatique Olympique, où se tiennent actuellement les championnats d'Europe de natation
Alain Bernard et Ugo Didier ont donné un petit cours de natation à des jeunes de la Seine Saint-Denis dans un bassin provisoire devant le Centre Aquatique Olympique, où se tiennent actuellement les championnats d'Europe de natation - W. Pereira/20 Minutes

Une étude de 472 pages réalisée par l’Unité de recherche pluridisciplinaire sport, santé, société de l’université de Lille en collaboration avec l’Unité de recherche sport et sciences sociales de l’université de Strasbourg, dans le cadre de l’évaluation du « Plan héritage et durabilité - Paris 2024 » pilotée par la Délégation interministérielle aux Jeux olympiques et paralympiques (DIJOP), rappelle toutefois que le combat pour le savoir nager n’est pas seulement infrastructurel mais également structurel, démographique, socio-économique et culturel. Ce qui explique le peu de progrès constatés en dépit du sacro-saint héritage.

La natation est un terrain d’expression privilégié de la fracture sociale : 86 % des enfants de cadres et de chefs d’entreprise sont des bons nageurs au sens défini plus haut contre seulement 61 % des enfants d’ouvriers non qualifiés et 54 % de ceux d’inactifs (Injep). La Seine-Saint-Denis comptant 8 % de cadres, 14 % d’ouvriers et 21 % d’inactifs, on comprend vite dans quel pédiluve on met les pieds. Pour obtenir de réels progrès en matière de savoir nager, il faut donc plus que de belles piscines toutes neuves, et plus que des grands bassins aux normes de la FINA qui ne sont pas forcément les mieux indiqués pour les scolaires et l’apprentissage en général, rappelle l’étude.

Gratuité et réduction des tarifs

Le petit bassin dans lequel Alain Bernard et Ugo Didier étaient à l’œuvre jeudi, plus approprié, sera démonté et réinstallé dans une commune du département. Quant au bassin d’échauffement utilisé pour les Championnats d’Europe, il sera remis à Clichy-sous-Bois. La FFN ne manque pas d’idées ni de bonne volonté. « Dans la piscine du Centre aquatique olympique, on paye sur les deniers de la fédération plein de créneaux pour que les enfants de Seine-Saint-Denis viennent nager gratuitement à la piscine. Aujourd’hui [jeudi], c’est une opération avec nos partenaires, mais le ministère avait initié à l’époque le plan "j’apprends à nager" qui était gratuit, et il faut continuer à investir. »

Ce n’est pas une surprise si, parmi les 32 recommandations de l’étude des universités de Lille et Strasbourg, on retrouve la gratuité pour les programmes de rattrapage et la réduction des tarifs sur certains créneaux spécifiques pour les moins de 16 ans. La modernisation des infrastructures dans le département s’est accompagnée de prix à la hausse malgré l’existence de tarifs réduits pour les résidents. Le centre aqualudique d’Aulnay-sous-Bois, construit en remplacement de la piscine historique de la ville - celle-ci s’est retrouvée sans bassin pendant sept longues années - en est un bon exemple, bien que l’établissement soit largement utilisé par les scolaires.

Champions et devoir de transmission

Le rôle des champions, bien que marginal, est considéré comme utile par les chercheurs, d’où l’importance de la présence d’Alain Bernard et Ugo Didier et du poids de l’aura olympique. « Je leur dis que quand j’ai fait mes titres olympiques, ils n’étaient pas nés, j’en suis conscient, sourit Alain Bernard. Mais je suis conscient de cet enjeu d’apprentissage à la natation. » « Si avec Alain, on peut leur transmettre cette passion, ce plaisir que l’on peut ressentir dans l’eau, notre victoire sera déjà là, » termine Ugo Didier. Pour le plaisir de regarder des athlètes nager, on repassera : à la sortie du bassin, le petit Ilan confesse s’être endormi devant les épreuves des championnats d’Europe. « Je préfère nager. » Mieux vaut ça que l’inverse.