Cyclisme : Julian Alaphilippe est-il vraiment un coureur « pas toujours intelligent », comme le dit Patrick Lefevere ?
Révolte•En présentation de la saison de la Soudal-Quick Step, Patrick Lefevere, le patron de l’équipe, a encore glissé une petite pique au double champion du monde françaisAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Patrick Lefevere, le patron de l’équipe Soudal-Quick Step, a déclaré dans une interview que le style de Julian Alaphilippe, qui ne participera pas au Tour de France cette année, était celui d'« un coureur impulsif, pas toujours intelligent mais que les gens aiment ».
- Selon Steve Chainel, consultant pour Eurosport, les accusations de Lefevere ne sont pas totalement dénuées de vérité : « Quand on est généreux, on perd, et Alaphilippe est très généreux ».
- Pour l'ancien cycliste, il va être compliqué pour Alaphilippe de changer de style.
La France a pris les armes pour moins que ça, des ronds-points ont été envahis pour une simple question de prix de l’essence, des grèves générales lancées alors qu’il était seulement question de passer deux années de bonheur en plus pour vous les abonnés au travail. Mais, alors que l’un des fleurons du sport français est attaqué par un vil et tortionnaire Belge, rien ne bouge. Non, à 20 Minutes, on ne pouvait pas laisser passer ça, la révolte est lancée.
La raison de la colère ? Les propos de Patrick Lefevere, le patron de l’équipe Soudal-Quick Step, qui s’est, encore, amusé à lancer une petite pique à Julian Alaphilippe, qui ne fera pas la Grande Boucle cette année et sera aligné sur le Tour d’Italie : « Je pense que le Giro convient à son style de coureur impulsif, pas toujours intelligent mais que les gens aiment », a ainsi estimé le Belge, pas toujours tendre avec le double champion du monde.
« Quand on est généreux, on perd, et Alaphilippe est très généreux »
Alaphilippe, un coureur « pas toujours intelligent » ? Et bien, oui, à la surprise générale, selon Steve Chainel, ancien coureur professionnel, désormais consultant pour Eurosport : « Un coureur intelligent, c’est un coureur moins fort que tout le monde qui arrive à gagner avec sa tête. Un coureur très intelligent, c’est un type comme Thomas Voeckler, qui n’hésitait d’ailleurs pas à le mettre en avant, car il avait cette grinta de la course. Il y a aussi Rui Costa, qui énerve tout le monde. Moi, j’ai toujours été très admiratif de ces coureurs, car je faisais aussi partie de ces coureurs pas très intelligents. »
Un monde s’effondre. Alors, oui, il y a eu quelques bourdes commises par notre Julian durant sa carrière, comme sur l’Amstel Gold Race en 2019, où parti avec Jakob Fuglsang, il semblait avoir la victoire promise. Mais, à trop jouer avec le Danois sur un faux rythme, il avait permis à Mathieu Van Der Poel de revenir de nulle part pour s’imposer. Il y avait aussi ce funeste lever de bras bien trop précoce sur la ligne lors de Liège Bastogne Liège en 2020, où il avait été devancé de justesse par Primoz Roglic.
Mais quand même, parler de Loulou, « pas vraiment intelligent » en course, ce n’est pas un peu fort de café ? « En fait, les propos de Lefevere sont difficilement compréhensibles pour le grand public, mais l’inverse de l’intelligence à vélo, c’est la générosité, relève Steve Chainel. Et, en vélo, quand on est généreux, généralement, on perd. Julian donne beaucoup beaucoup beaucoup. Et, à l’arrivée, quand il manque 10 watts pour suivre les meilleurs, ce sont souvent ceux qui en ont fait le moins, qui ont couru avec leur tête qui réussissent. »
« Il faut courir avec sa tête »
On a eu beau penser aux plus beaux succès d’Alaphilippe, de ses victoires magistrales sur les Mondiaux, de son coup magnifique avec Thibaut Pinot sur la 8e étape du Tour de France 2019, la tactique parfaite lors des Strade Bianche 2019, non, rien n’y fait. Pire, l’avènement des Van Der Poel, Van Aert et Pogacar n’a fait qu’accentuer la différence entre les coureurs intelligents et les autres. « Il y a un niveau de performance qui n’a jamais été atteint, donc, pour exister, même quand on s’appelle Julian, il faut courir avec sa tête, être très économe, profiter de certaines circonstances de courses, complète Chainel. Tout le monde est sur des niveaux de course tellement hauts que la moindre minicartouche gaspillée pour rien se paie cache. »
Alors comment devenir un coureur intelligent à 31 ans ? « Il faudrait qu’il se calme, qu’il devienne plus stratège. Après, c’est un caractère, quand t’es généreux, tu l’es toute ta vie. Julian, il est trop généreux, il faudrait qu’il change sa stratégie de course. Mais, honnêtement, on aime tous Julian pour ce côté fougueux où il ne calcule pas vraiment. Quand on s’appelle Patrick Lefevere, qu’on a un budget à tenir, on demande à un coureur de gagner des courses et pas uniquement à faire le spectacle. »
Même Julian Alaphilippe semble conscient de cette obligation, comme Patrick Lefevere l’a raconté en conférence de presse : « On a trouvé un accord, a expliqué le Belge. Il m’a dit : "Patrick donne-moi encore un hiver". C’est à lui maintenant de le montrer. J’aime les coureurs qui répondent à la pédale, et il va le faire. Je pense qu’il est encore capable de faire des résultats. » Et d’avoir le QI cyclisme le plus haut du peloton ?



















