Tour de France 2019: Peut-on rêver d'une alliance Thibaut Pinot - Julian Alaphilippe dans les Alpes?

CYCLISME On va tuer le suspense tout de suite : la réponse est non. Ce sera sans doute chacun pour sa pomme entre Julian Alaphilippe, actuel maillot jaune et Thibaut Pinot, principal favori du Tour de France maintenant

Jean Saint-Marc

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Julian Alaphilippe et Thibaut Pinot se découvrent sur ce Tour.
Julian Alaphilippe et Thibaut Pinot se découvrent sur ce Tour. — La photo est de F. Fourcade / SIPA, le massacre sous Paint de J.S.-M. / 20 Minutes
  • De nombreux fans de cyclisme espèrent voir une alliance entre Thibaut Pinot et Julian Alaphilippe sur les étapes des Alpes.
  • En réalité, les deux hommes sont évidemment concurrents et ne se feront aucun cadeau, même s'ils s'entendent bien. 

De notre envoyé spécial dans les Alpes,

On vous le répète à longueur de communiqués de presse : un tiers des lecteurs de 20 Minutes ont entre 18 et 30 ans. Ce qui veut dire que plus d’un tiers des yeux qui lisent cet article n’ont pas vu la dernière victoire d’un Français sur le Tour de France (c’était il y a 34 ans et non, ce n’était pas Yannick Noah). Sevrée de sacre sur les Champs-Elysées, la France rêve de jaune.

Elle rêve follement et se prend à imaginer une alliance Pinot-Alaphilippe, une sorte de passage de relais du premier au second, pour faire la nique aux vils Colombien, Britannique, Néerlandais et Allemand qui rôdent autour du maillot (Bernal, Thomas, Kruijswijk et Buchmann).

On rêve, mais le réveil sonne méchamment. Pour nous secouer et nous ouvrir les yeux, cinq experts, rien de moins :

  • Steve Chainel (ancien rouleur, consultant Eurosport) : « C’est un fantasme complet ! Ils appartiennent à deux équipes rivales, Julian ne fera pas de cadeau à Thibaut ! »
  • Jean-Patrick Nazon (ancien sprinteur) : « Impossible ! Alaphilippe n’a qu’une envie, c’est de gagner le Tour ! Il n’a pas du tout envie de passer le relais… »
  • Pierrick Fédrigo (ancien puncheur) : « C’est très compliqué de collaborer entre deux équipes, il n’y a pas de coups de main entre nous. En tout cas, je n’ai jamais vu ça pendant ma carrière... »
  • Eric Boyer (ancien directeur sportif) : « Il est très peu probable qu’ils s’allient ! Leurs sponsors mettent beaucoup d’argent, les coureurs ont des objectifs, une obligation de résultat, donc impossible d’aller travailler pour le copain d’une autre équipe ! »
  • Cyrille Guimard (ancien sélectionneur de l’Equipe de France, consultant RMC) : « Arrêtons les tribulations ! Les intérêts seront communs ou ils ne le seront pas. S’ils ne le sont pas, pas d’alliance. »
     

Des intérêts communs : c’est évidemment ce qu’on a vu à Saint-Etienne. Alaphilippe roulait pour reprendre le jaune, Pinot pour prendre du temps à ses adversaires. Le duo a très bien marché et le premier nommé a même laissé la plus grosse bonification à Pinot, qui en avait plus besoin que lui. « C’est une alliance de circonstance qui aurait fonctionné aussi entre deux coureurs de nationalité différentes », assure Eric Boyer.

« Si je craque, je serais content que Thibaut récupère le maillot »

Les mamours que les deux hommes se font par médias interposés seraient-ils de la pure communication ? « Si je craque, je serais content que ce soit Thibaut qui récupère le maillot, car c’est quelqu’un que j’aime bien », a ainsi lancé l’actuel maillot jaune… qui a pourtant bourriné dans la bordure d’Albi pour prendre du temps aux favoris coincés dans le second groupe, dont Pinot.

« L’enjeu sportif prend toujours le dessus sur l’amitié », confirme Steve Chainel, proche d’Alaphilippe. Il développe :

«Quelque chose de fort s’est noué entre eux quand Pinot et Bardet ont roulé pour Julian aux championnats du monde. Julian est fidèle, il n’oublie pas ce qui a été fait. De là à dire qu’il ne sautera pas sur Thibaut s’il attaque son maillot jaune, je pense que ça va trop loin… Si Julian doit ramener tout le monde sur Pinot pour sauver son maillot jaune, je suis sûr qu’il le fera ! »

Jean-Patrick Nazon annonce le même scénario : « Pinot doit forcément attaquer pour refaire son retard (1 minute 50), Alaphilippe doit défendre son maillot. Ça va être sauve qui peut, avec trois jours terribles ! »

Et si on rêvait (quand même) ?

Tout bien réfléchi, nos différents interlocuteurs ne voient qu’un scénario favorable à une alliance française. Celui d’un craquage en règle d’Alaphilippe sur la première étape alpestre. « Si Julian perd quinze minutes à Valloire, il peut donner un coup de main, estime Eric Boyer. C’est un garçon intelligent, avec une sensibilité patriotique évidente… Et il y a un truc un peu irrésistible autour du fait qu’un Français peut enfin gagner le Tour ! J’entends ça, en creux, dans ses déclas : si je peux, je lui filerai un coup de main. »

Jean-Patrick Nazon, spontanément, esquisse la même théorie : « Si Alaphilippe prend un gros éclat, il pourrait aider Pinot… » Puis s’arrête, aussi sèchement que Jalabert quand il croise un gendarme en plein sprint : « Non, mais c’est du théâtre. On fait un film, là, pas du vélo ! »