Tour de France 2023 : Matej Mohoric offre une troisième victoire à la Bahrain et nous met les poils
cyclisme•Le coureur slovène a fondu en larmes après avoir été déclaré vainqueur à la photo-finish face à Kasper AsgreenNicolas Camus
L'essentiel
- Matej Mohoric a remporté ce vendredi la 19e étape du Tour de France à Poligny.
- Le Slovène, qui a devancé d’un rien Kasper Asgreen pour régler un trio d’échappés, a été submergé par l’émotion à l’annonce de sa victoire.
- Le coureur de la Barhain était autant touché par le souvenir de son équipier disparu lors du Tour de Suisse Gino Mader que pour ce que représente une victoire d’étape sur le Tour de France, comme il a réussi à le faire partager après l’arrivée.
Des secondes qui paraissent des heures… avant la délivrance, et le corps qui lâche. A moins d’avoir été amputé du cœur, impossible de ne pas avoir un petit pincement en voyant Matej Mohoric fondre en larmes à l’arrivée de la 19e étape du Tour de France à Poligny, ce vendredi. Le Slovène a battu Kasper Asgreen d’un boyau, dans un sprint à l’énergie, après 170 kilomètres d’une bataille féroce à travers le Jura à plus de 49 km/h de moyenne. « C’est parti dans tous les sens dès le début », observait justement un Jonas Vingegaard assez ahuri après avoir été récupérer son maillot jaune.
Mohoric s’est montré le plus costaud, et surtout le plus malin, pour s’adjuger cette étape courue comme une classique, avec des attaques incessantes, un maillot vert qui tente un coup de poker à 70 bornes de l’arrivée et finalement des coureurs éclatés dans une multitude de petits groupes. Le bon coup est parti à 30 kilomètres du terme, lancé par Asgreen, sur un nuage après sa victoire de la veille. Seuls Mohoric et O’Connor ont suivi et, après avoir avalé le rescapé Campenaerts, les trois hommes se sont expliqués au bout d’une dernière ligne droite interminable. Le Slovène explique comment il s’y est pris :
« Je me doutais que Ben [O’Connor] allait partir en premier car c’était sa seule chance de gagner, que Kasper [Asgreen] allait le suivre car il était le plus fort, et que moi je devais tout faire pour le suivre et tenter ma chance. C’est ce que j’ai fait, et puis j’ai lancé le vélo et ça a souri. C’est cruel parfois le vélo, j’ai presque l’impression de les avoir trahis parce que sans eux, je ne serais jamais arrivé là. Je souhaiterais que tous les coureurs puissent gagner une étape. »
« Parfois l’impression que vous n’avez rien à faire »
Ce ne sont pas là que des paroles en l’air pour faire bien. Mohoric a dit tout ça avec une évidente sincérité, confirmée par son émouvant témoignage quelques instants plus tard pour la télé internationale. « Je savais qu’aujourd’hui était la plus grande occasion pour moi de gagner une étape. J’ai tout sacrifié pour arriver prêt sur ce Tour. Mais tout le monde est dans ce cas, on souffre tous et tout le monde est très fort. Il y a 150 gars qui viennent là pour gagner et qui le mériterait, a-t-il prêché. C’est tellement dur, l’autre jour dans la Loze j’étais à bout. Vous avez l’impression parfois que vous n’avez rien à faire là tellement le niveau est élevé. Mais après, vous voyez l’encadrement qui se défonce pour vous, les mécanos qui travaillent jusque tard dans la nuit. Ça vous aide à repartir le matin. »
On a rarement entendu un tel discours de la part d’un vainqueur, comme ça à chaud quelques minutes après la victoire de sa vie. Peut-être sont-ce aussi ces dernières semaines singulières vécues avec son équipe de la Bahrain Victorious qui parlent. Endeuillée par la mort de Gino Mader à la suite d’une chute lors du Tour de Suisse, le 16 juin, l’hétéroclite formation du Golfe s’est resserrée et semble courir avec un supplément d’âme. Elle est en train de réaliser le plus beau Tour de sa courte histoire avec cette troisième victoire apportée par Mohoric, qui fait suite à celles de Pello Bilbao à Issoire et Wout Poels à Saint-Gervais. « Sur la fin, j’étais au bout mais je me suis dit qu’il fallait faire de mon mieux, pas seulement pour moi-même mais pour Gino et toute l’équipe », a souligné Mohoric, qui n’était pas encore tout à fait remis quand le peloton est arrivé, près de 15 minutes après.
NOTRE DOSSIER TOUR DE FRANCEParmi ces retardataires (volontaires), Tadej Pogacar s’est vite extirpé de la masse pour aller congratuler son compatriote. « Je suis super content pour lui, c’est toujours bien de voir un ami gagner, a réagi le maillot blanc et deuxième du général. C’est une grande victoire pour lui, c’est certain. » L’intéressé ne dira pas le contraire, lui qui avait souligné juste avant à quel point le Tour de France était LA course où « lever les bras change votre vie ». Il y a des après-courses comme ça qui ne vous font pas regretter d’être resté.


















