Tour de France 2023 : « Personne ne s’attendait à ça… » Jonas Vingegaard sous le feu du doute après son chrono canon

Fusée Le Danois a écrasé tout le monde, y compris Tadej Pogacar, ce mardi

Quentin Ballue
— 
Jonas Vingegaard a dévoré la concurrence.
Jonas Vingegaard a dévoré la concurrence. — /SIPA
  • Le maillot jaune a écœuré Tadej Pogacar ce mardi lors de la 16e étape du Tour de France, un contre-la-montre de 22 kilomètres qu’il a remporté avec 1'38'' d’avance sur le Slovène.
  • Vice-champion du monde de l’exercice en 2020 et 2021, Wout van Aert s’est classé troisième, mais en concédant 2'51'' à son coéquipier à l’arrivée.
  • Au-delà de toutes les prévisions, la prestation stratosphérique du leader de la Jumbo-Visma interpelle et suscite la suspicion.

Les suiveurs du Tour de France se léchaient les babines à l’aube de cette troisième semaine, indécise comme rarement avec dix petites secondes d’écart entre le maillot jaune Jonas Vingegaard et son dauphin Tadej Pogacar. Mais ça, c’était avant que le Danois laisse tout le monde sur les fesses ce mardi lors du contre-la-montre de 22 kilomètres qui reliait Passy à Combloux. Les nombreux coureurs interrogés après être passés donnaient un léger avantage au Slovène. Raté. Il n’y a pas eu de match, le chrono tournant à une démonstration dans des proportions que personne n’avait osé imaginer.

En tête dès le premier pointage intermédiaire avec 16 secondes d’avance sur Pogacar, Vingegaard a grignoté du temps, mètre après mètre. Ultra agressif dans ses trajectoires, notamment dans les descentes, le Danois n’a rien laissé au hasard. La galerie de sa voiture suiveuse était bardée de montures, histoire de favoriser l’effet de poussée aérodynamique. Il a également eu le mérite d’adopter la stratégie qui semblait la bonne en gardant son vélo de contre-la-montre, là où son rival a choisi de prendre un vélo de route classique au pied de la côte de Domancy - comme d’autres coureurs, dont ceux de la formation Groupama-FDJ.

« J’ai même cru que mon capteur de puissance était cassé »

De là à coller 1'38'' à Tadej Pogacar et 2'51'' à Wout van Aert, en seulement 22 kilomètres ? « Personne ne s’attendait à ça », comme l’admettait Marc Madiot sur RMC à l’arrivée. « Le parcours, ils l’ont reconnu de la même façon, ils ont les mêmes outils. Ce n’est pas la connaissance du parcours qui a pu jouer, expliquait l’ancien coureur Cyrille Guimard sur la même antenne. Quand on regarde l’écart sur 22 kilomètres, c’est stratosphérique, ça me rappelle les écarts que pouvaient faire à l’époque Miguel Indurain, Bernard Hinault ou Jacques Anquetil. On est sur quelque chose que personne ne pouvait prévoir. »

La performance a scotché tout le monde. D’ailleurs, ASO n’avait pas envisagé un tel rythme, Vingegaard ayant terminé trois minutes avant le chrono le plus rapide prévu par l’organisateur. Une moyenne folle de 41,227 km/h, contre 39,260 km/h pour son dauphin. « J’envoyais des watts très élevés, j’ai même cru que mon capteur de puissance était cassé, confiait le maillot jaune, lui aussi étonné par sa performance. C’est le plus grand contre-la-montre que j’ai jamais fait. Je suis vraiment fier. Je me suis surpris moi-même, je ne m’attendais pas à faire aussi bien. »

Le spectre du doute

Le Danois a collé plus de quatre secondes au kilomètre à Pogacar. L’addition monte à plus de sept secondes au kilomètre pour Wout van Aert, l’un des meilleurs rouleurs de la planète, qui bénéficie des mêmes conditions de travail puisqu’il évolue aussi chez Jumbo-Visma. Vertigineux, voire stupéfiant, diront les esprits taquins. « Je suis le meilleur des gens normaux », souriait d’ailleurs le Belge. « Je ne me souviens d’aucun contre-la-montre où le vainqueur met 4,5 seconde au km au deuxième », a tweeté Michael Rasmussen, qui avait avoué s'être dopé entre 1998 et 2010.


L'ancien secrétaire d'Etat chargé des Sports, Thierry Braillard, s'est lui aussi montré dubitatif sur les réseaux sociaux : « Le moment de ce Tour le plus gênant. Personne ne peut trouver cela normal à ce niveau, malgré la nutrition, malgré le matériel, malgré tout ce que l’on veut. » La suprématie de Vingegaard et Pogacar, clairement dans une autre galaxie que le reste du peloton, soulevait déjà des interrogations.

Le chrono ahurissant sorti par le Danois va évidemment faire émerger de nouvelles questions. Pogacar y a répondu lors de la journée de repos : « Je comprends les soupçons, cette question revient chaque année. Je ne vois pas de différences par rapport aux autres années. On fait de notre mieux, on donne tout à chaque étape. On sait tout ce qui s’est passé il y a quelques années, donc je comprends. » 

Même son de cloche dans la bouche de Vingegaard dimanche. « Je comprends tout à fait les questionnements à ce sujet à cause du passé de notre sport. C’est même bien d’être sceptique car sinon cela se reproduira. Tout ce que je peux dire, c’est que je ne prends rien », déclarait-il. « Le matériel, la nutrition, l’entraînement, tout a changé et cela explique que les performances s’améliorent. » Des améliorations, bien sûr, mais jusqu'où ? Vu les proportions, le maillot jaune va devoir s’habituer à être suivi par ces questions.