Tour de France 2023 : Tadej Pogacar va-t-il perdre le Tour pour une histoire de motos ?
Cyclisme•Le Slovène a été bloqué en tentant d’attaquer le maillot jaune Jonas Vingegaard au sommet du col de Joux Plane, ce samedi lors de la 14e étape du TourNicolas Stival
L'essentiel
- La 14e étape du Tour de France entre Annemasse et Morzine, ce samedi, a encore accouché d’un splendide spectacle.
- Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard se sont rendus coup pour coup lors d’une journée qui a finalement sacré le jeune Espagnol Carlos Rodriguez, nouveau 3e de la Grande Boucle.
- Le Slovène a toutefois été gêné dans l’une de ses attaques par deux motos de presse, qui ont été sanctionnées.
De notre envoyé spécial à Morzine,
Imaginez une soirée parfaite avec votre moitié, seuls sur le sable, les yeux dans l’eau. Une mouette surgit alors au-dessus de votre bonheur et se soulage prestement. D’un coup d’un seul, l’ambiance se refroidit, et la magie de l’instant s’évapore. C’est à peu près ce que les amoureux de vélo ont ressenti ce samedi tout en haut du col de Joux Plane (1.691 mètres), point d’orgue d’une nouvelle étape palpitante sur ce Tour de France entre Annemasse et Morzine.
Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard se livraient une énième bataille dantesque lorsque deux motos ont eu la très mauvaise idée de s’inviter dans ce duel de champions. A 530 mètres du sommet, le Slovène a tenté une nouvelle accélération, après avoir déjà essayé de se faire la malle 3 km plus bas, sans jamais décramponner le maillot jaune danois qui n’a jamais cédé plus de 5 secondes à son dauphin, avant de recoller.
Mais les fameux deux-roues, l’un transportant un cameraman de France Télé, l’autre un photographe de L’Equipe, ont coupé net l’élan du leader d’UAE Team Emirates, l’empêchant de franchir le col en tête, et de revenir virtuellement à 6 secondes du cador de Jumbo-Visma, par la magie des bonifications. Dans la soirée, les sanctions sont tombées : interdiction de prendre le départ ce dimanche et amende de 500 francs suisses (515 euros) pour chaque équipage.
Douze kilomètres plus bas, c’est le jeune Espagnol Carlos Rodriguez (Ineos-Grenadiers) qui profitait du marquage à la culotte entre les favoris pour s’imposer à Morzine, après un retour de (presque) nulle part et une descente au cordeau, et chiper à Jai Hindley la 3e place, la première des coureurs « normaux ».
Vingegaard évacue le sujet
« Pogi » a finalement terminé 2e devant « Vingi », mais au jeu des bonifs, son débours est passé de 9 à 10 secondes, entre samedi matin et samedi soir. Un détail direz-vous ? Peut-être, mais un détail qui fait plaisir au placide Danois. « J’ai gagné une seconde, j’ai 10 secondes d’avance, a-t-il répliqué à un confrère qui l’interrogeait sur l’identité du ''vainqueur moral'' du jour. Je ne sais pas qui est le vainqueur moral ou quoi que ce soit. Je suis juste content de ce qu’il s’est passé. »
Et l’histoire des motos au fait ? « Il y avait beaucoup de monde au sommet, les motos étaient très proches. Ça aurait été mieux qu’elles ne soient pas là. Que serait-il arrivé si ça avait été le cas ? On ne le saura jamais. » Comme on ne saura jamais si Laurent Fignon aurait gagné le Tour 1989 aux dépens de Greg LeMond sans sa blessure à la selle… « J’ai essayé d’attaquer une fois avant le sommet pour un effort d’une minute, une minute trente, a commenté la ''victime'' de l’incident, le visage bien moins ouvert que d’habitude. Il y avait des motos qui n’ont pas pu bouger, j’ai tiré une cartouche à blanc mais c’est comme ça. »
Son manager chez UAE Mauro Gianetti n’en a pas non plus rajouté des masses, malgré ses regrets exprimés : « Tout le monde est là pour faire son travail. Qu’est-ce qu’on peut faire ? Je pense que ça a perturbé Tadej, et on sait que ce Tour va probablement se jouer sur quelques secondes. »
Pour trouver des avis plus sévères, il fallait se tourner vers l’extérieur, comme Cyrille Guimard, très remonté sur RMC Sport. « C’est de la responsabilité des commissaires de course et de la direction de course qui n’ont pas été capables de gérer la fin de l’étape pour qu’elle soit équitable, régulière et non dangereuse. Ce qui s’est passé est inadmissible ! a grincé le Druide. A la sortie, le classement en haut n’est pas le classement qu’il y aurait dû y avoir. »
Vivement la suite
Dans la zone technique à quelques mètres de l’arrivée, un technicien télé devisait avec un collègue, une bonne heure après l’épilogue de cette folle étape : « Les gars sur les motos vont se faire engueuler. Mais franchement, le passage est tellement compliqué à cet endroit. » Il faudra encore attendre huit jours et l’arrivée à Paris pour savoir si cet événement dommageable aura un impact fatal pour Pogacar, dont l’équipe a globalement su résister à l’offensive tout-terrain menée comme prévu par la Jumbo lors de cette première étape alpestre.
On s’attendait à trouver des fans slovènes furieux dans les rues de Morzine après ce crime de lèse-majesté contre la star du pays. Raté, en tout cas en ce qui concerne Haris et Martin, la vingtaine, originaires de la capitaine Ljubljana.
« On est déçu, mais c’est la vie, lâche le premier. Sans ça, Tadej aurait peut-être récupéré quelques secondes, mais pas le maillot. » « Ce n’est pas la faute des motos, embraie le second. Il y avait énormément de monde là-haut. Mais il reste des étapes, ce n’est pas fini. » Il reste en particulier trois « balades » alpestres, la première ce dimanche entre Les Gets et Saint-Gervais – Mont Blanc. Amis motards, merci de ne pas rouler juste devant les coureurs.


















