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Pogacar grignote, Vingegaard vacille… Vers un final historique ?

Tour de France 2023 : Pogacar grignote, Vingegaard vacille… Va-t-on vivre un final historique ?

CyclismeAprès avoir grappillé 8 nouvelles secondes sur Jonas Vingegaard ce vendredi lors de la 13e étape au Grand Colombier, le Slovène ne compte plus que 9 secondes de retard sur le maillot jaune
Nicolas Stival

Nicolas Stival

L'essentiel

  • La 13e étape du Tour de France entre Châtillon-sur-Chalaronne et le Grand Colombier a été remportée ce vendredi par le Polonais Michal Kwiatkowki (Ineos-Grenadiers).
  • Tadej Pogacar, 3e, a réalisé une belle opération et ne compte plus que 9 secondes de retard sur le maillot jaune Jonas Vingegaard.
  • Le Danois de la Jumbo-Visma continue d’afficher sa confiance malgré la dynamique favorable à son rival d’UAE Team Emirates.

De notre envoyé spécial au Grand Colombier,

Et si finalement, Mathieu et Bruno avaient raison ? Les deux quinquagénaires d’Aix-les-Bains, croisés ce vendredi midi au pied du Grand Colombier qu’ils s’apprêtaient à grimper avec des centaines d’autres cyclistes amateurs quelques heures avant les pros, se montraient formels : « Pogacar va gagner l’étape, et même le Tour. »

Bien sûr, l’incroyable Slovène n’a pas réédité sa perf' de 2020, lorsqu’il avait vaincu le géant du Bugey (1.501 mètres) devant Primoz Roglic et estourbi Egan Bernal, sur le chemin de la première de ses deux victoires de rang. A l’issue d’un superbe numéro, le revenant polonais Michal Kwiatkowski (Ineos Grenadiers) a maté devant ses collègues les 17,4 bornes de cette montée au milieu de la furia populaire, par une chaleur de damné et sur des pentes affichant par endroits 12 %.

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Le champion du monde 2014 s’est imposé devant le Belge Maxim Van Gils (Lotto Dstny). Mais « Pogi », 3e, a battu son propre record d’ascension des lieux et surtout, il a arraché 4 secondes de bonification au prix d’un sprint lancé à 400 mètres de la ligne, qui lui a permis de grignoter encore l’avance et sans doute un peu du mental de Jonas Vingegaard. « Je veux grappiller des secondes tous les jours », avait prophétisé le cador d’UAE – Team Emirates au départ, vendredi matin.

L’impavide Danois s’est accroché pour ne lâcher que 4 secondes sur le terrain à son intenable dauphin au général, soit 8 secondes en comptant la bonif’… Avant quatre terribles étapes alpestres, heureusement entrecoupées d’une journée de repos lundi, son joli paletot tournesol ne tient plus qu’à 9 secondes… En 110 éditions, c’est le sixième écart le plus faible à ce stade du Tour (le record reste la petite seconde séparant Cadel Evans de Fränk Schleck en 2008 ; le vainqueur étant finalement l'oublié Carlos Sastre).

Entre méthode Coué et langue de bois

« Mon objectif aujourd’hui était de garder le maillot jaune, je suis encore en jaune donc je suis très heureux, a pourtant lâché au micro de France 2 le leader d’une Jumbo Visma bien timide. Dans un final comme celui-là, il [Pogacar] est bien plus explosif que moi, je suis très heureux de la façon dont ça s’est passé. » De la méthode Coué à la langue de bois, il n’y a qu’un pas que le tenant du titre a allègrement franchi au moment de répondre aux journalistes présents sur place.

Extraits choisis :

  • « Je crois en moi, j’ai confiance en ce que je pense être mes points forts. Les prochains jours seront excitants. »
  • « Je me sens de mieux en mieux, je veux faire de mon mieux les prochains jours. »
  • Au sujet de la performance de son équipe, où seul Sepp Kuss a tenu le choc dans la montée du Grand Colombier, alors que Wout Van Aert a vite sauté et que Tiesj Benoot, si précieux l’an dernier, a également rapidement disparu après s’être grillé la veille dans une échappée : « On a bien vu qu’UAE – Team Emirates voulait faire une dernière montée très dure, on a dit à certains de plutôt laisser filer. Dans l’ensemble, l’équipe a fait du bon travail. »
  • Sur la dynamique en faveur de Pogacar : « Non, je ne suis pas anxieux. Je fais juste de mon mieux. »

Vingegaard a peut-être d’excellentes sensations, auquel cas il le prouvera sûrement dès samedi sur la route de Morzine. Mais si l’on ne parle que de faits, le constat est sans appel : la donne a radicalement changé depuis la première étape pyrénéenne, la cinquième de ce Tour, à Laruns. Le Danois avait alors largué le Slovène dans la côte de Marie Blanque. Deuxième derrière l’éphémère leader Jai Hindley au soir de ce 5 juillet, il comptait 53 secondes d’avance sur son rival. Depuis, il s’est paré de jaune, mais il sent dans sa nuque le souffle de « Pogi » qui a dissipé tous les doutes nés de sa préparation tronquée par une double fracture du poignet, fin avril sur Liège-Bastogne-Liège.

Dès le lendemain de sa déconvenue, Pogacar remettait les choses au clair en s’imposant à Cauterets, avant de récupérer encore 8 secondes grâce à un sprint au Puy de Dôme qui préfigurait celui du Grand Colombier. « Jonas est un très bon coureur, un des meilleurs grimpeurs du monde donc c’est difficile de le décramponner, analysait-il vendredi soir. J’ai essayé avec un sprint long aujourd’hui, et j’ai failli ne pas pouvoir finir. Mais pour quelques secondes, ça valait la peine. »

Le leader d’UAE a aussi expliqué qu’il n’avait pas voulu que sa formation prenne trop de risques pour tenter de rattraper une échappée « très forte » et ainsi hypothéquer ses chances pour les jours à venir. Inutile après tout, puisque le poids du maillot jaune, et donc de la course, repose encore sur les épaules de la Jumbo.

« Une autre course commence »

Le mano a mano va-t-il durer jusqu’au bout de ce Tour entre les deux extraterrestres du peloton ? Pour Sepp Kuss, le plus fiable allié du Danois, « Jonas et Tadej ont fait match nul jusque-là mais avec la fatigue accumulée et plusieurs étapes de montagne successives, une autre course commence. » « On arrive sur le terrain que Jonas affectionne le plus », prévient l’Américain, selon lequel les Alpes serviront de « juge de paix ».

Plus porté sur les efforts au long cours que sur les sèches accélérations, Vingegaard a sans doute cette idée en tête lorsqu’il affirme toujours « ne pas croire » que la victoire à Paris se jouera sur le fil, comme lors du fameux Tour 1989 remporté par Greg LeMond devant Laurent Fignon, pour 8 petites secondes. Dès samedi, dans les cols de la Ramaz ou de Joux Plane, la Jumbo et son chef ont bien l’intention de faire passer à Pogacar son envie de grignoter.