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Héros malheureux, comment Mbappé va-t-il digérer cette finale perdue ?

France - Argentine : Traits tirés, regard noir… Comment Mbappé va-t-il se remettre de cette finale perdue ?

FOOTBALLAuteur d’un triplé en finale de Coupe du monde face à l’Argentine dimanche, le numéro 10 de l’équipe de France Kylian Mbappé est apparu très marqué après la défaite des Bleus aux tirs au but
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Kylian Mbappé a inscrit un triplé en finale de la Coupe du monde dimanche, mais cela n’a pas suffi, et les Bleus se sont inclinés aux tirs au but contre l’Argentine.
  • Le natif de Bondy a terminé meilleur buteur de la compétition avec huit buts, devant Leo Messi (7) son coéquipier au Paris Saint-Germain.
  • Inconsolable après la rencontre, le joueur du PSG va devoir vite oublier la douleur s’il veut atteindre ses objectifs en club, à commencer par la C1 dès février.

De notre envoyé spécial à Doha,

En le voyant traverser la zone mixte du stade de Lusail comme une âme en peine, la bouche pincée et les yeux dans le vague, presque une heure après la remise du trophée à l’Argentine de Leo Messi, on a eu envie de remiser notre déontologie au placard pour aller faire un immense câlin à Kylian Mbappé, héros malheureux d’une finale qui restera gravée en nous à tout jamais. Et puis, on s’est souvenu de l’accueil qu’a réservé le numéro 10 tricolore quelques minutes plus tôt à Emmanuel Macron qui, à grand renfort de tapes sur le visage et de mains (trop) baladeuses, a une nouvelle fois tenté de s’approprier un moment qui ne lui appartenait pas. C’en était presque indécent.



Car, à ce moment-là, Mbappé ne voulait rien d’autre qu’être seul pour digérer cette défaite en finale de Coupe du monde, une quête pour laquelle il s’était préparé depuis de longs mois et qu’il pensait pouvoir accomplir pour la deuxième fois en l’espace de quatre ans. Pas un regard, donc, pour le président de la République, et un visage meurtri par la douleur psychologique. Le même qu’il afficha un peu plus tôt sur le podium au moment d’aller récupérer le trophée de meilleur buteur de la compétition, long chemin de croix sous les huées d’un public argentin qui a décidément moins d’élégance que d’étoiles sur son maillot.

« Kylian a marqué de son empreinte cette finale, mais pas de l’empreinte totale qu’il voulait, d’où sa tristesse à la fin, comme l’ensemble des joueurs », a très bien résumé Didier Deschamps en conférence de presse après la rencontre. Une empreinte de géant, même. Une première fois en prenant ses responsabilités sur péno, pour venir remettre les Bleus dans un match dans lequel ils n’avaient pas encore pris part, une deuxième fois une soixantaine de secondes après, pour égaliser d’une reprise de volée phénoménale du pied droit, une troisième fois, enfin, pour ramener l’équipe de France à 3-3 (après le but du 3-2 signé Messi), toujours sur penalty, après un tir contré par la main de Montiel. « On est revenu dans le match grâce au talent de Kylian, qui a su porter l’équipe à un moment important du match », a ainsi salué Hugo Lloris en zone mixte dimanche soir.

Des records en pagaille qui ne le consoleront pas

Un triplé, donc, en finale de Coupe du monde à même pas 24 ans (il les aura mardi), le premier à ce stade de la compétition depuis Geoffrey Hurst en 1966 avec l’Angleterre contre la RFA. Un record, un de plus, pour celui qui confirme, s’il le fallait encore, son statut de leader technique et mental de l’équipe de France. A la fin du match, le capitaine tricolore lui a d’ailleurs symboliquement donné les clés du camion.

« Il y a un passage de témoin entre une génération qui est en train de terminer sa carrière et une nouvelle génération de joueurs avec en tête Kylian, qui a eu un fort leadership sur ce tournoi et encore plus sur cette finale », a déclaré Hugo Lloris. »

Avec huit buts inscrits lors de ce Mondial, Mbappé termine donc meilleur scoreur de la compétition, devant Messi (7), son coéquipier en club au Paris Saint-Germain avec lequel les retrouvailles seront épiées dans les semaines à venir pour voir la manière dont le Français a digéré la déception. Huit buts qui font douze, si l’on ajoute les quatre inscrits en Russie quatre ans plus tôt. Le tout sur un total de quatorze matchs, ce qui est proprement hallucinant et qui le place, déjà, à la sixième place au classement général des meilleurs buteurs en Coupe du monde, à égalité avec Pelé qui, lui, avait eu besoin de quatre Mondiaux pour y parvenir. Et à un petit but de Messi (13) qui aura atteint ce total au bout de cinq Coupes du monde.


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A ce rythme-là, il y a fort à parier (et on le fait dès aujourd’hui) que le Parisien trônera tout en haut de ce classement dès la prochaine Coupe du monde en 2026. Et puisqu’on parlait de Pelé, la légende du football brésilien a tenu à envoyer un message à « son cher ami » après la rencontre. « Quel cadeau c’était que d’assister à ce spectacle », a-t-il écrit sur son compte Instagram, depuis la chambre où il continue d’être soigné après ses soucis de santé. Cinquième joueur de l’histoire seulement à marquer lors de deux finales différentes en Coupe du monde (avec les Brésiliens Vava et Pelé, l’Allemand Paul Breitner et Zinédine Zidane), le Français est en revanche le seul à en avoir planté quatre à ce niveau de la compétition. On pourrait continuer encore longtemps d’empiler les chiffres et les records, mais on va s’arrêter là, car, in fine comme dirait son ami Macron, ce n’est pas ça qui le consolera à l’heure de faire ses bagages et de rentrer à Paris.

Quel Mbappé à son retour au PSG ?

Il l’avait annoncé lors de son seul passage devant les médias – passage obligé alors qu’il avait choisi de se murer dans le silence pour se focaliser à 100 % sur le terrain – après son doublé face à la Pologne et son titre d’homme du match en huitième de finale : « La Coupe du monde, c’est la compétition de mes rêves, j’ai bâti ma saison là-dessus, je me suis préparé physiquement, mentalement. Mais on est encore loin de l’objectif qu’on s’est fixé, que je me suis fixé, qui est de gagner. » Ça ne sera pas pour cette fois. Reste maintenant à savoir comme le joueur va digérer cet échec et dans quel état psychologique il sera à son retour à la vie normale avec le Paris Saint-Germain.

Car, dans cette drôle de deuxième partie de saison qui va commencer, le buteur parisien sera attendu par son coach, ses coéquipiers et les supporteurs. Peut-on s’attendre à une baisse de régime qui serait préjudiciable au Paris Saint-Germain dans l’optique du huitième de finale de Ligue des champions face au Bayern de Munich, dans moins de deux mois déjà ? Là encore, sa capacité de réaction nous en dira plus sur la force mentale du garçon. Même si on a du mal à imaginer un Mbappé qui enverrait tout bouler à son retour en club en janvier. C’est aussi ça qui fait le sel des grands joueurs, ne jamais s’apitoyer trop longtemps sur leur sort et remonter sur le ring le plus vite possible. Dans la longue carrière qui l’attend, c’est peut-être de cette claque, aussi douloureuse soit-elle, que naîtront les futurs accomplissements du champion. Je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends, vous connaissez la chanson.