Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Les Bleus, dernier refuge de la joie collective

Coupe du monde 2022 : Les Bleus, refuge de la « joie collective » dans un « climat anxiogène »

FOOTBALLLe parcours de l’Equipe de France a permis de « partager enfin des émotions positives » après des mois marqués par le Covid et la guerre en Ukraine
La rédaction de 20 Minutes

La rédaction de 20 Minutes

L'essentiel

  • En affrontant l’Argentine ce dimanche, la France peut devenir une troisième fois championne du monde de football, après 1998 et 2018.
  • Depuis le sacre de 2018, les motifs de réjouissances collectives ont été rares entre le Covid-19 et ses multiples confinements, la généralisation du télétravail, la crise climatique, les élections ou encore la guerre en Ukraine.
  • Pour les psychologues Philippe Zawieja et Robert Zulli, interrogés par 20 Minutes, le bon parcours des Bleus est salvateur pour le moral des Français, y compris à moyen terme.

Elle a un petit air de lumière dorée au bout du tunnel, cette Coupe du monde. Après trois ans de confinements, de télétravail, d’aggravation du réchauffement climatique et d’élections à couteaux tirés, on a retrouvé un peu de joie, de légèreté et de communion sur les Champs-Elysées mercredi soir, possible prélude à la fête ce soir. Au fil du mois, toute une nation, à l’exception de quelques bandes violentes d’ultradroite, s’est rangée et retrouvée derrière ces Bleus que l’on disait aussi blessés, usés. Ils ont finalement été l’ultime refuge de la joie collective.

« Emotionnellement, on sort d’années pas agréables, avec un climat anxiogène sur le plan collectif et individuel », expose pour 20 Minutes Robert Zulli, psychologue clinicien spécialiste des émotions. « On part de bas » question moral, ce qui a engendré « beaucoup de souffrances, une santé altérée, de l’irritabilité… », ajoute-t-il. Ainsi, les cas de dépression ont augmenté de 25 % dans le monde en raison de la pandémie de Covid-19, selon l’OMS. Promis, ça sera la seule stat' de cet article.

Combattre ensemble ses peines

Mais il fallait bien ça pour mesurer la sinistrose dans laquelle était plongée l’Hexagone lors du coup d’envoi de la Coupe du monde. Les campagnes politiques n’ont d’ailleurs pas été marquées par l’espoir de lendemains chantant non plus. « La France se voit comme une ancienne grande puissance, on a tendance à avoir des discours défaitistes sur le déclin de la nation », regrette le psychologue Philippe Zawieja. Sauf qu’on ne peut pas se laisser aller indéfiniment. « Il y a un besoin de transcendance, d’un idéal commun qui dépasse toutes nos scissions. Et la Coupe du monde donne de nous une image positive », ajoute-t-il.

En somme, ras-le-bol des mauvaises nouvelles et de ceux qui sèment la discorde, alors on se raccroche à ce qui nous unit. « Ça rassemble car enfin on partage des émotions positives », appuie Robert Zulli. « Eprouver le fait qu’on n’est pas les seuls à les vivre rend ces émotions réelles », ajoute-t-il, d’où la nécessité de descendre dans les bars puis dans la rue. Et aux grincheux qui parlent d’un vivre-ensemble de courte durée, le psychologue à la réponse. Selon lui, vivre une victoire collectivement permet de « créer une réserve émotionnelle positive, dans laquelle on va pouvoir puiser en 2023 » et même plus longtemps, en ravivant le souvenir.

La joie plus forte que la colère

C’est ce besoin de vivre des émotions positives qui peut par ailleurs expliquer l’échec relatif du boycott, passé au second plan médiatique et abandonné en cours de route par certains téléspectateurs. « Le discours intellectuel, rationnel, a été balayé par l’émotion et l’exaltation des victoires », prenant les spectateurs à vif, explique Philippe Zawieja. Robert Zulli veut, lui, déculpabiliser ceux qui ont laissé de côté leurs idéaux : « S’imposer de s’exclure de la joie collective confine à une forme de masochisme. » Ici, la joie partagée l’a emporté sur la colère. Ce qui n’empêche pas de « rester lucide sur les enjeux humains », le psychologue observant une « plus grande conscience collective et une plus grande transversalité des contenus émotionnels » en 2022.

Parmi les sujets qui ont saisi et divisé la société, y compris sur le plan émotionnel, sur cette Coupe du monde et ces dernières années, le climat occupe une place de choix. Là encore, le parcours des Bleus pourrait bien avoir des effets positifs. « 2023 va être une année d’accélération sur la transition écologique du football », assure Antoine Miche, président de Football Ecologie France, pour qui le monde du ballon rond a été « électrisé » par la polémique environnementale du Mondial et par l’affaire du « char à voile ». Mais, assure-t-il, le ballon rond est aussi un moyen « d’apaiser, de dépolitiser le débat, en passant par un vecteur passionnel et pratique ».

Vivre-ensemble

« Pendant la pandémie, les bénévoles se sont posé la question du sens du sport » dans le monde amateur. Avec Football Ecologie France, Antoine Miche va plus loin que de remplacer les bouteilles en plastique par des gourdes. « Quand on construit des potagers partagés ou qu’on installe des ruches avec des jeunes, leur club et des habitants, on sent que ça fait plaisir aux gens et que ça les reconnecte entre eux et à la nature », s’enthousiasme-t-il, notant aussi une baisse des incivilités.



Le beau parcours des Bleus dans ce Mondial a aussi donné la belle image des supporters français et marocains, souvent les mêmes, célébrant ensemble lors de la demi-finale. En partageant la fête avec d’illustres inconnus, ce qui nous lie est devenu bien plus évident que ce qui nous divise. « C’est joli que cette communauté longtemps stigmatisée montre l’exemple, sourit Philippe Zawieja, qu’une partie de la population croit encore au vivre-ensemble ». Sous deux ou trois étoiles, prolongeons un peu ce même rêve bleu…