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Briser des rêves d’enfants, voilà la mission des Bleus face au roi Messi

Coupe du monde 2022 : Briser des rêves d’enfants, la mission des Bleus, nouveaux sans-cœur du foot de sélection

FOOTBALLAlors que les enfants et les grands enfants du monde n’attendent qu’une chose, voir Leo Messi devenir champion du monde, les Bleus vont passer pour les briseurs de rêve en cas de victoire dimanche en finale du Mondial
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • L’équipe de France affronte l’Argentine de Leo Messi, dimanche, en finale de la Coupe du monde. Le match se joue au stade de Lusail, à Doha, à 16 heures.
  • Et comme il y a quatre ans en finale face à la Croatie, le monde entier (ou presque) rêvera de voir les Bleus se prendre les pieds dans le tapis.
  • Car tout le monde veut voir Messi remporter sa première Coupe du monde. Problème, les Bleus ont une bonne tête de briseurs de rêves.

De notre envoyé spécial à Doha,

« Quand ils arrivent en ville, tout le monde change de trottoir, ils n’ont pas l’air virils mais ils font peur à voir ». Ne nous demandez pas pourquoi mais, quand on a réfléchi à l’angle de ce papier, c’est cette chanson de notre regretté Daniel Balavoine, et l’imaginaire qu’elle éveille en nous, qui nous est venu directement à l’esprit. Oui, c’est ça, l’équipe de France de Didier Deschamps est une bande de sales types qui ne jouent pas forcément bien au ballon mais qui terrassent tout sur son passage sans le moindre remords. Comme des loubards rayeraient la décapotable qu’un brave quinqua a mis des années à se payer en récompense d’une vie de dur labeur. Juste comme ça, par plaisir.



Car c’est bien ce que s’apprêtent à faire les Français, dimanche, en finale de la Coupe du monde face à l’Argentine. Ruiner la quête d’une vie, celle de Leo Messi de devenir champion du monde pour la première fois de sa carrière, et éteindre sans état d’âme les espoirs de tout un peuple qui ne vit plus que par et pour cela depuis plusieurs semaines. Il suffit de jeter un œil aux vidéos qui tournent sur les réseaux sociaux depuis la victoire de l’Albiceleste face à la Croatie pour comprendre l’état de démence qui s’est emparé de toute l’Argentine ces dernières heures. Ils ne sont clairement pas prêts pour ce qui pourrait leur arriver dimanche si les Français venaient à l’emporter à nouveau.


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Que le petit supporter anglais, capté par les caméras lors du quart de finale contre l’Angleterre, avec ses grosses larmes de crocodiles, se rassure, dans quelques heures il ne sera plus seul à pleurer. Ce sont bien des millions d’autres qui vont suivre si les Bleus achèvent leur œuvre maléfique, celle de remporter une deuxième Coupe du monde avec la froideur clinique qu’on leur connaît quand vient l’heure de la grand-messe du foot mondial, un mélange d’Allemagne de l’Ouest des années 80 et de Real Madrid moderne en C1. Et comme il y a quatre ans lors de la finale contre la Croatie, les Bleus et leur peuple d’arrogants seront seuls face au reste du monde. Enfin, presque, si l’on en croit Walid Regragui, dernière victime en date des zonards tricolores, qui déclarait mercredi soir en conférence de presse « maintenant on va être derrière eux ». Mais il vient de Corbeil-Essonnes, ça ne compte pas.

« Vous aurez le temps d’en gagner d’autres, vous »

Pour le reste, on n’a pas croisé un seul étranger qui ne sera pas derrière la bande à Leo Messi. Pour Leo Messi. Pour le journaliste freelance Wataru Funaki, le Japon n’a pas eu à se forcer pour choisir son camp. Le numéro 30 du Paris Saint-Germain est une star absolue au pays du soleil levant et dimanche ils seront bleu ciel et blanc. « Je veux voir de mes yeux Messi devenir champion du monde, s’exclame-t-il les yeux déjà brillants. Il a failli réaliser son rêve d’enfant il y a huit ans en finale contre l’Allemagne mais malheureusement ça s’est mal passé. Là, c’est sa dernière chance de devenir champion du monde comme Maradona. L’histoire ne peut être plus belle. Messi peut devenir Dieu. Et puis vous, vous avez déjà gagné la Coupe du monde il y a quatre ans, ça va. Et vous aurez le temps d’en gagner d’autres avec Mbappé. Pour les Argentins, c’est leur dernière chance avec Messi. »

C’est vrai que, sur le papier, le storytelling a de l’allure. Imaginez, même les Anglais vont mettre de côté leur contentieux historique au sujet des Iles Malouines pour les beaux yeux de la Pulga. Charlotte Harpur, de The Athletic.

« « Moi, mon cœur penche pour la France car j’ai des affinités avec votre pays, nous dit-elle dans un Français parfait. Mais sinon, en Angleterre, tout le monde sera derrière Messi étant donné que c’est sa dernière Coupe du monde. Les Anglais veulent croire à ce magnifique conte de fée. Après, je sais que si la France gagne, certains se rassureront en disant "bon, on est peut-être sorti en quart de finale mais on a perdu contre les vainqueurs, ça va". »  »

On a aussi posé la question à l’humoriste belge Alex Vizorek, plus par principe car on connaît d’avance sa réponse, sachant que le pauvre ne s’est jamais vraiment remis de l’élimination des Diables Rouges en demi-finale il y a quatre ans en Russie. « Je suis né en 81, à une époque où, en Belgique, un peu par principe, et parce que les Français étaient sans doute plus arrogants à ce moment-là, on était pour l’adversaire de la France quoi qu'il arrive, raconte-t-il. Vous auriez joué la Corée du Nord, on se serait coiffés comme Kim Jong-un sans problème. Donc j’étais Marocain mercredi, j’étais Anglais la semaine dernière et je serai Argentin dimanche, c’est obligatoire, épidermique. Alors que tous mes amis sont Français, je vis en France, je paye mes impôts en France… Il n’y a que si les Allemands revenaient que je vous défendrais, mais sur un terrain de foot, non, ce n’est pas possible (rires) ! »

L'Amérique du Sud unie derrière Messi

Du côté de la Colombie, le journaliste Oscar Castillo Vaquero brandit quant à lui « la solidarité sud-américaine » et explique que « l’Argentine représentera dimanche tous les peuples d’Amérique du Sud dans ce Mondial. » « Il faut que Leo Messi soit récompensé pour tout ce qu’il a donné au football depuis plus de vingt ans », ajoute-t-il. Pour achever ce micro-trottoir, on ne pouvait pas ne pas aller demander son avis à un confrère brésilien. Eux, les voisins et rivaux intimes des Argentins, ils ne vont quand même pas se plier au diktat de de la happy end tout de même ! Hé ben si… Enfin, pour une bonne partie du moins.

« Beaucoup de gens au Brésil commencent à en avoir marre car la dernière fois qu'un pays d’Amérique du Sud a remporté la Coupe du monde c’était en 2002, ça va faire 20 ans, rappelle Fernando Valeca. Donc, même si on a du mal à soutenir l’Argentine, une victoire signifierait que l’Amérique du Sud est encore dans le coup. Si les Bleus gagnent, les Européens boucleront 24 ans de domination mondiale et ça, au Brésil, ça a du mal à passer. »


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Sans compter qu’un triomphe français nous ramènerait à hauteur de la Seleçao et de l’Italie, seules nations dans l’histoire à avoir remporté deux Coupes du monde d’affilée. « Ça aussi ça joue, convient-il. Car je peux vous assurer que cette performance de 58 et 62 est une fierté nationale chez nous. Il n’y a que nous et l’Italie, il y a 100 ans, qui avons réussi à le faire dans le monde. Et je crois que les Brésiliens ont peur d’être relégués derrière les Bleus sur ce point aussi. » Ça risque de faire un paquet de personnes à consoler dimanche sur les coups de 18 heures.