PSG : « Pas toi Kylian, tu étais l’élu »… Mbappé peut-il devenir le grand méchant le plus excitant du foot ?
FOOTBALL•L’attitude illisible de l’attaquant parisien ces derniers jours conforte l’impression générale d’une image fortement détériorée depuis son choix de rester en Ligue 1 après des mois de négociations avec le Real MadridJulien Laloye, W P
L'essentiel
- En faisant fuiter ses envies de départ quatre mois à peine après avoir prolongé son contrat à des conditions très avantageuses, Kylian Mbappé prend le risque de voir son image se brouiller encore un peu plus.
- L’attaquant parisien semble disposer à passer pour un joueur sans foi ni loi auprès des supporteurs et des suiveurs, quitte à se transformer en méchant absolu comme nos meilleurs antihéros du cinéma et des séries.
De notre envoyé spécial depuis l’Etoile noire,
Une bonne demi-journée à (re) lire les meilleures plaidoiries d’Acquitator Dupont-Moretti en plus de celles de Jacques Vergés pour se donner du courage. C’est qu’il en faut pour défendre l’indéfendable. Le dessein se réclame même d’une ambition plus noble encore : célébrer l’indéfendable dans toute sa splendeur. Cinq ans qu’on vendait les mêmes salades sur le petit gamin de Bondy élevé comme un communiant par des parents aimants et équilibrés, prêt à marquer de son empreinte de despote éclairé le foot mondial, Zidane et Pelé à la fois, et même un peu Martin Luther King pour le modèle sociétal. Trêve de charlataneries : On arrivait au bout du filon du gendre idéal, ce que le crackito du 93 a compris avant tout le monde.
Entre Anakin Skywalker et Walter White
Kyky sait comment ça marche : le monde a besoin de méchants tout nouveaux tout beaux, de clivages caricaturaux, des Sandrine Rousseaux contre des Gérald Darmanaux. Alors, aidé par un entourage plus bavard qu’une pie borgne, Mbappé nous offre sur un plateau plaqué or le duel des dix ans à venir : L’orpailleur de Mölde, simple et discret, seulement obnubilé par le nombre de pères de famille de Stoke City à humilier le week-end prochain, versus le rattle snake de Bondy, aka Anakylian Swywalker, spécialiste des coups de gueule et des coups fourrés en tous genres.
La comparaison plaît beaucoup à Aurélien Vives, spécialiste Jedi et super-héros chez une célèbre maison d’éditions, qui joue le jeu à fond : « Anakin, c’est dans L’Attaque des clones qu’il prend le boulard. Il y a un peu l’apparition de ce côté ''arrêtez de me juger'', ''laissez-moi faire'', et là où c’est un peu similaire à Mbappé, c’est que tous deux sont hyper conscients de leur talent. Le parallèle marche très bien ».
Pour les ignares de la saga Star Wars : Anakin, c’est le gamin trognon avec sa mèche sur les yeux qui devient un peu chiant à l’adolescence avant de tomber sur Natalie Portman, immaculée dans sa tenue merengue. Là on se dit : « C’est bon, il va signer au Real Madrid et devenir la nouvelle idole des mômes du monde entier », et puis finalement non, le type préfère prendre la boule noire, direction les ténèbres avec l’immonde Palpatine.
« Anakin était l’enfant de la prophétie, Mbappé était le petit génie investi dans les causes nobles, dans les trucs comme ça, à réfléchir sur son influence sur les jeunes. Il y avait cette volonté de renvoyer une bonne image qui nous faisait croire qu’il allait réhabiliter la figure du footballeur hyper starifié. Mais le voir se marrer sur le char à voile, par exemple, en tant que personne à forte sensibilité écolo, je me suis senti comme Obi Wan face à Anakin : '' You were the chosen one ''. Je me suis dit '' non, pas toi Kylian, tu étais l’Elu ! '' ». »
« Il est devenu un adulte beaucoup plus dur »
La déception est rude, mais le point de non-retour est-il déjà atteint ? Vous savez, ce moment où le héros des débuts développe une personnalité tellement sombre que toute trace d’empathie disparaît à jamais. Comme Walter White quand il décide que la copine de son associée ne vaut pas la peine d’être sauvée, soufflent en chœur les fans de Breaking Bad. Toutes proportions gardées – on vous voit venir.
On lance François Jost, auteur du livre Les nouveaux méchants dans les séries américaines (Bayard, 2015). « J’étais fasciné par Mbappé quand je l’ai découvert, et je le suis toujours ! C’était pas le footballeur moyen, c’était un étudiant en philo qui donnait pour la bonne cause. Après, il est devenu adulte, un adulte beaucoup plus dur. Au début de Breaking Bad, Walter aussi est un gentil. Il a un cancer incurable, il ne tue que pour éviter d’être dénoncé. Mais c’est un acte fondateur. A partir d’un moment, il ne réfléchit plus qu’aux conséquences sur lui. Il va tuer juste pour éviter la concurrence, on bascule dans la méchanceté, le détestable ».
Appliqué au cas Mbappé ? L’acte fondateur est facile à dénicher : la cérémonie des oscars de la LFP en 2019, quand le garçon réclame sans prévenir « plus de responsabilités », sous peine d’aller voir ailleurs. Depuis, c’est l’escalade permanente, jusqu’à la fuite en avant presque jouissive des derniers jours, qui laisse autant de possibilités d’accomplissements excitants pour surpasser tous les plus grands méchants du cinéma, de la littérature, du sport, de ce que vous voulez. N’hésitez pas à choisir notre meilleure proposition :
Encore faut-il que notre ego franchouillard assume la perspective que le petit Mbappé qu’on a tous aimé (si, si) devienne la star la plus détestée de la prochaine décennie. Après tout, Kylian, c’est un peu la France, et si on aime bien passer pour des gros prétentieux à l’étranger, c’est pour mieux dévoiler nos petits cœurs d’artichaut fragiles.
Concernant Mbappé, il est encore temps de sortir par le haut, rassure Aurelien Vives : « Anakin comme Kylian, c’est la fin de la jeunesse. Il passe de l’adolescence, où on peut lui accorder le bénéfice du doute, excuser certains dérapages, à un âge où le bénéfice du doute commence à disparaître… La leçon de Star Wars c’est que le côté obscur n’est pas une route à sens unique. Vador en sort en se reconnectant avec son fils. Peut-être qu’en écoutant les membres de son entourage bien avisés… ».
Une rédemption encore possible ?
« Un méchant, ce n’est pas monolithe, renchérit François Just. Il a plusieurs masques, son métier, sa vie privée, les valeurs qu’il défend. Les uns peuvent entrer en collision avec les autres. Mbappé est peut-être une âme sensible dans sa vie privée, un homme bon, mais sa logique professionnelle le rend méchant. Comment en sortir ? Dans Breaking Bad, Jesse [l’associé] donne tout son argent aux pauvres, il sent qu’il s’est racheté ». Rendre l’argent du nouveau contrat signé au PSG pour s’en libérer, voilà qui aurait le parfum de la rédemption.
On ignore si le clan du joueur est prêt à aller jusque-là. Tout juste s’étonne-t-on, en lisant nos confrères du Parisien, que Kylian Mbappé envisage de snober la cérémonie du Ballon d’or lundi prochain s’il n’est pas sur le podium, alors même qu’il n’a même pas dix bornes à faire pour féliciter son ami et coéquipier en équipe de France Karim Benzema. Dans la catégorie grand méchant du foot français qui s’est battu pour le grand pardon, l’attaquant du Real ressemble à une inspiration unique, pourtant.


















