Coupe du monde 2022 : Comment Mbappé a remis tout le monde dans sa poche après des mois de yoyo

FOOTBALL Auteur d’une première partie de Mondial à tomber, l’attaquant de l’équipe de France et du PSG est en train de regagner les cœurs de tous les fans qui avaient fini par être fatigués par ses gestes d’humeur du début de saison

Aymeric Le Gall
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Kylian Mbappé est la star numéro 1 de cette première partie de Coupe du monde au Qatar.
Kylian Mbappé est la star numéro 1 de cette première partie de Coupe du monde au Qatar. — CHINE NOUVELLE/SIPA
  • A quelques heures d’affronter les Anglais en quart de finale, Kylian Mbappé est sans conteste le meilleur joueur de cette première partie de Coupe du monde.
  • Ces dernières semaines, sans que ses perfs n’en pâtissent pour autant, le joueur semblait avoir vu sa cote de popularité chuter après quelques gestes d’humeurs.
  • Bien décidé à ne plus s’exposer médiatiquement pour se focaliser à fond sur le terrain, le numéro 10 des Bleus a depuis remis tout le monde dans sa poche.

De notre envoyé spécial à Doha,

D’un côté une bouche cousue, de l’autre des bouches bées. Avec une première partie de Coupe du monde stratosphérique de sa part, et ce malgré des matchs pas toujours époustouflants de A à Z, ce qui laisse imaginer la boucherie le jour où ça sera le cas, Kylian Mbappé est (re) devenu le centre du monde. Et de la presse sportive étrangère qui, au lendemain de son match de folie contre la Pologne, ne savait plus où donner du superlatif. En Espagne, d’abord, où sa cote de popularité a pourtant pris un sacré coup dans les carreaux après son deuxième refus quasi blasphématoire à un Real Madrid en génuflexion. « Mbappé vient d’une autre galaxie », titrait par exemple AS, lundi, tandis qu’en Italie, la Gazzetta dello Sport parlait du « Martien » et de ses « deux chefs-d’œuvre à exposer au Louvre, même au risque de prendre de la soupe des écologistes ».

Outre-Manche, le Guardian se faisait plaisir en titrant en une « T’as bien fait de prendre trois arrières droits, Gareth [Southgate] », en prévision du quart de finale de samedi. Des fleurs par tractopelles que le joueur doit apprécier, lui qui a décidé de se murer dans le silence après des mois de tumultes médiatiques où, disons-le, de sa telenovela interminable « PSG, Real, Real, PSG » en passant par ses fuites savamment distillées par son clan faisant état d’une envie de quitter Paris au prochain mercato, il n’a pas fait grand-chose pour se rendre amical aux yeux du grand public.



Vu de l’étranger, des caprices qui posent questions

Comme il n’est point d’éloge flatteur sans liberté de blâmer, le garçon a eu droit à son lot de critiques, au point de semer le trouble dans l’esprit des rares clubs capable d’aligner le PIB du Liechtenstein pour se le payer. Dans L’Equipe, au lendemain de son gros boudin, on expliquait que Florentino Perez lui-même se demandait si, tout monstre footballistique qu’il soit, un tel ego ne risquait pas de faire exploser l’équilibre de son vestiaire. Et on parle là d’un mec qui a dû gérer les états d’âme de Monseigneur Crstiano Ronaldo pendant plus de dix piges ! Interrogés à la volée mercredi soir après la conférence de presse de Konaté et Rabiot, deux de nos confrères étrangers valident ce questionnement.

Vu d’Angleterre, il donne l’impression d’être quelqu’un de compliqué à gérer quand on ne lui donne pas ce qu’il veut, quelqu’un qui impose ses vues et quand ça ne va pas dans son sens il vous le fait savoir de la pire des manières. Ce n’est peut-être pas le cas mais c’est en tout cas l’image qu’il dégage, explique Ben Fisher qui suit les Bleus pour le Guardian. Il a aussi cette image de quelqu’un de très porté sur l’argent, son contrat, ses revenus publicitaires. C’est peut-être erroné mais les Anglais, et les journalistes notamment, sont un peu sceptiques à son sujet dès qu’on parle du hors terrain, on n’arrive pas toujours à lire ses motivations premières.

Un constat partagé par Francisco Canepa d’ESPN Sudamerica : « D’un point de vue de l’attitude, il peut parfois donner l’impression d’être arrogant, ce qui peut lui être préjudiciable et je crois que ça l’a été ces derniers mois. Je me souviens de son geste d’humeur en début de saison quand Vitinha ne lui a passé le ballon et qu’il s’est carrément arrêté de jouer… Comme on ne sait pas ce que lui a promis le PSG pour prolonger, et donc ce qui a été ou n’a pas été respecté par le club, pour le grand public c’est compliqué de comprendre et d’excuser cette attitude capricieuse, égoïste. » Sans parler de ce petit jeu qu’il a semblé jouer avec le Real et le PSG pendant plus d’un an, donnant tantôt sa préférence à la Casa Blanca dont il rêvait la nuit étant gosse, tantôt au club de sa ville, et qui a rendu loco les supporteurs des deux clubs d’un côté ou l’autre des Pyrénées.

Avec, à la clé, une décision allant presque à rebours du sens de la grande histoire qui devait être la sienne, alors même que les supporteurs parisiens lui avaient donné leur bénédiction après le naufrage de Santiago Bernabeu. « Je pense qu’il y a, avec Kylian, quelque chose qui va au-delà du football, au-delà même du fait qu’on lui ait donné les clés de la maison PSG, au-delà de l’argent qu’il touche et qu’il aurait pu tout aussi bien toucher au Real. Il y a quelque chose de plus grand dans ce choix, quelque chose qui nous dépasse, réfléchit Franscisco Canepa. La sensation de devoir représenter le football français, d’être le garant de l’image de son pays à travers le monde, le joueur référent, quasi politique. » S’il se rêve peut-être en successeur d’Emmanuel Macron en se rasant le matin, il est aussi très attentif à l’image qu’il renvoie. Car avec le phénomène Mbappé, on ne parle plus d’un joueur mais (déjà) bien d’une icône. Ce n’est pas tout le monde qui peut se targuer de faire la une du Time.

« Quand Mbappé joue, il met tout le monde d’accord »

Alors, conscient d’avoir trop fait parler de lui pour de mauvaises raisons ces derniers temps, le garçon et son clan ont décidé de fermer la boutique médiatique à l’approche du Mondial. Plus une interview, plus une déclaration mal placée, plus rien. Ce n’est pas un hasard s’il ne s’est encore jamais présenté en conférence de presse depuis le début du Mondial, à la différence de tous ces petits camarades de l’équipe de France. Bien obligé de respecter le protocole de la FIFA – après s’y être soustrait par deux fois - qui veut que le joueur du match doive se présenter en conf pour trois questions après les rencontres, Mbappé a expliqué dimanche dernier les raisons du silence : « Je sais qu’il y a pas mal de questions sur les raisons pour lesquelles je ne parlais pas, a-t-il dit après la qualif contre la Pologne. Il n’y a rien de personnel. J’ai juste besoin de me concentrer sur ma compétition. Et quand je me concentre sur quelque chose, je dois le faire à cent pour cent, ne pas perdre d’énergie. »




« Parler avec ses pieds », comme l’a dit Deschamps ce même soir, voilà la stratégie du kid de Bondy. Et à ce que nous disent nos confrères, ça marche. Ben Fisher : « Je pense que son image est en train de changer depuis le début du Mondial. Il est tellement impressionnant, tellement dominant, il dégage un tel sentiment de puissance, de peur même chez ses adversaires, qu’il est en train de gagner le respect de tous ceux qui ont pu le critiquer. » « C’est ce qu’on appelle en Argentine éviter de faire un « Boca-River permanent », c’est-à-dire que la moindre chose que tu vas dire peut prendre des proportions hallucinantes. La meilleure option c’est de te borner à faire ce que tu sais faire le mieux : jouer au football. Et quand Mbappé joue, il met tout le monde d’accord », sourit notre confrère d’ESPN.

Même en Espagne où, quelques mois auparavant, on lui promettait le goudron et les plumes s’il osait ne serait-ce que mettre un orteil à Madrid, les vestes font désormais un 360 direction Bernabeu. Ancien joueur du Real et célèbre consultant pour la Cadena Ser, Alvaro Benito lui a déjà tout pardonné : « Je ne suis pas rancunier, il faut savoir être pragmatique (rires) ! ». Au fond, à la veille de ce quart de finale France-Angleterre, il n’y a qu’un indécrottable loustic qui refuse encore de se ranger des voitures. On veut évidemment parler de ce diable de Tomas Ronsero, le célèbre consultant madrilène aussi fou que furieux, qui déclarait sur El Chiringuito après la victoire contre la Pologne : « En tant que Madridista, je ne lui pardonnerai pas. Grâce au Real Madrid il a négocié un énorme contrat, qu’il reste dans sa prison dorée ». Allez Tomas, un nouveau doublé face aux Three Lions et on parie notre Cordobes que tu rejoins le troupeau.