Coupe du monde 2022 : « Il est tellement généreux »… Griezmann, le nouveau box-to-box au service de la patrie

FOOTBALL Replacé dans le cœur du jeu aux côtés d’Adrien Rabiot et d’Aurélien Tchouaméni, Antoine Griezmann est la clé de voûte de l’équilibre des Bleus dans cette Coupe du monde

Aymeric Le Gall
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Samedi, face au Danemark, Antoine Griezmann a réussi tous les tacles qu'il a tentés (4/4).
Samedi, face au Danemark, Antoine Griezmann a réussi tous les tacles qu'il a tentés (4/4). — Foto Olimpik
  • Antoine Griezmann a été, avec Kylian Mbappé, le meilleur jouer de l’équipe de France samedi soir lors de la victoire face au Danemark.
  • Repositionné par Deschamps au poste de milieu relayeur, le Colchonero semble prendre un pied phénoménal depuis le début du Mondial.
  • Avec son volume de jeu, sa qualité de passe et son sens du sacrifice, Grizou est le métronome de cette équipe de France au Qatar.

De notre envoyé spécial à Doha,

Bon courage à Vegedream si les Bleus vont au bout de cette Coupe du monde. Car cette fois le peuple ne se contentera pas d’un vulgaire (et limite insultant) « Antoine Griezmann, penalty, on est enseeeeeeemble ! ». Ce serait un peu court, jeune homme, et il faudra en dire bien des choses encore. « Antoine Griezmann, les tacles, la gnac, les replis, les passes dé, les galettes, l’abattage, on est enseeeeemble », là d’accord. C’est moins sexy musicalement, peut-être, mais tellement plus en lien avec ce que montre le jouer de l’Atlético de Madrid depuis le début de ce Mondial.



On dit « le joueur » car on ne sait plus si l’on peut encore parler d’attaquant. S’il navigue encore parfois haut sur le terrain, il est plus commun désormais de croiser sa caboche dans les terres du milieu, à faire le sale boulot pour lequel il semble prendre un pied extraordinaire. Sa heatmap parle pour lui. Du jaune par ci, du rouge par là, Griezmann en met partout sur le terrain et dessine une fresque Art déco qui ferait fureur au MoMA de New York.


Les stats défensives de Griezmann en dit long sur son nouveau rôle en équipe de France.
Les stats défensives de Griezmann en dit long sur son nouveau rôle en équipe de France. - SofaScore / 20 Minutes

Lloris évoque un « Antoine heureux »

On est déçu de ne pas l’avoir vu passer en zone mixte après la victoire face au Danemark, lors de laquelle il fut sans conteste le meilleur Bleu sur la pelouse avec Mbappé et Upamecano. Pas grave, ses coéquipiers en parlent si bien. En conférence de presse d’avant-match, vendredi, Hugo Lloris avait tenu à souligner la joie de vivre retrouvée de son coéquipier, en plus de sa capacité à laisser sa vie sur le terrain pour ses potes. « Je vois surtout un Antoine heureux, avec le sourire, disponible sur le terrain, qui fait les efforts offensivement et défensivement. C’est vrai qu’en étant au cœur du jeu, ça lui permet de connecter les uns et les autres, c’est là où il s’exprime le mieux. C’est un joueur d’équipe, un joueur qui met en valeur ses coéquipiers. Maintenant ce n’était qu’un premier match et on doit donner de la continuité à notre performance ».

Vingt-quatre heures plus tard, on peut le dire sans crainte de se tromper, c’est un deuxième test passé haut la main pour le couteau suisso-uruguayen de Didier Deschamps. Recentré dans le cœur du jeu, souvent dans un rôle d’axial droit aux côtés de Tchouaméni et de Rabiot, Grizi réalise une adaptation expresse dans un rôle qui n’est pas le sien à la base. Même si, comme l’avait fait remarquer Deschamps à TF1 le soir de l’annonce de la liste, « Antoine est un offensif mais (…) il revient très bas, parfois trop à mon goût. Dans son club aussi, parfois, il se retrouve dans un triangle au milieu, ça ne lui pose pas de problème. »

C’était aussi l’avis de Jules Koundé dans la zone mixte du stade aux 974 containers sur le front de mer de Doha : « Ce n’est pas spécialement un nouveau rôle pour lui dans le sens où c’est quelqu’un qui a l’habitude de couvrir beaucoup d’espace sur le terrain. Il a un gros volume de jeu et une grosse capacité à défendre mais aussi à faire jouer les autres. C’est le Antoine qu’on connaît et qui est en forme, on espère qu’il va continuer comme ça. » Pour Tchouaméni, dernier Bleu à passer devant nous samedi soir, Griezmann « joue d’habitude un peu plus haut mais sur ce début de compétition il nous aide beaucoup moi et Adri ». « On essaye de récupérer des ballons, d’être compact, et pour le moment ça ne se passe pas trop mal », ajoute-t-il.

Griezmann, pour l’amour des Bleus

Mieux que ce qu’on pouvait espérer, pour être tout à fait honnête avec vous. Non qu’on n’ait jamais douté un seul instant de la capacité du Macônnais à se transformer en Hulk une fois le maillot bleu sur le dos, mais quand même. Le bonhomme a traversé plus de galères ces deux dernières années que certains footballeurs n’en connaîtront tout au long de leur carrière. Entre son passage raté au Barça et un retour compliqué à l’Atlético (d’abord avec les supporters, ensuite avec les subtilités liées à sa clause contractuelle), il n’était pas dingue de penser qu’on ne retrouverait peut-être jamais le Griezmann de la grande époque. Mais il faut croire que le doux cocon de la sélection a pour lui les vertus curatives les plus folles. Interrogé au début du Mondial, Jérôme Rothen doutait lui aussi de la capacité de rebond d’un joueur en perte de confiance et qu’il jugeait « déclassé » par rapport aux autres leaders de l’équipe de France.

« Je suis très exigeant avec lui car il y a quelques années on en parlait comme d’un possible Ballon d’or, nous rappelait alors le consultant RMC. Dans l’importance qu’il a dans le jeu de l’équipe de France, dans les circuits préférentiels, il est un peu rentré dans le rang. A l’Euro 2016, là il était excellent, mais même en 2018 dans le jeu de l’équipe, il n’était pas aussi fort que par le passé. De 2018, on retient Pogba, on retient Kanté, on retient Mbappé avant de retenir Antoine Griezmann. »

Si le désormais ex-attaquant continue de nous servir des prestations pareilles sur la suite de la compétition, sûr que l’ancien Parisien fera bien volontiers amende honorable. En attendant, c’est le sélectionneur qui se frotte les mains. Sans aller jusqu’à parler de trouvaille – Grizou jouait déjà plus bas sur le terrain depuis un moment en club – Deschamps a su trouver la bonne animation collective dès le début du Mondial et il le doit en grande partie à son numéro 7. « Je lui demande sans doute des choses différentes, mais il n’y a pas de sacrifice de sa part, il est tellement généreux, a-t-il confié en conf samedi soir. Il prend du plaisir dans la construction, quand il touche le ballon. Il marquera moins de buts, parce qu’il y a du monde devant, mais il est tellement utile, intelligent, pour faire les compensations et permettre à l’équipe d’avoir un bon équilibre tout en ayant beaucoup de joueurs offensifs. » On l’a bien compris, le nouveau box-to-box des Bleus est la clé de voûte de ce collectif à la fois solide derrière et ambitieux devant. Reste à savoir s’il aura les cannes et les poumons pour tenir sur la durée. Mais quand on aime, on ne compte pas.