Coupe du monde 2018: L’Uruguay, le vrai berceau du football

FOOTBALL Au début du XXe siècle, l’Uruguay dominait de loin le football international grâce à la Céleste…

Clément Carpentier

— 

La joie des Uruguayens après leur victoire contre le Portugal en 8e de finale de la Coupe du monde 2018.
La joie des Uruguayens après leur victoire contre le Portugal en 8e de finale de la Coupe du monde 2018. — Adrian Dennis / AFP
  • L’Uruguay considère qu’elle a remporté les trois premières Coupe du monde.
  • La Céleste a développé un état d’esprit guerrier unique au monde, la garra.
  • Depuis 2010, le pays est de retour au premier plan grâce à la génération des Suarez, Cavani et Godin.

Quatre étoiles. Oui, vous ne rêvez pas. Il y a bien quatre étoiles sur le maillot uruguayen de Suarez, Cavani et consorts. Pourtant, à la lecture du palmarès de la Coupe du monde de football, le drapeau de la Céleste n’apparaît que deux fois dans la liste des vainqueurs (1930 et 1950).

Alors d’où viennent ses deux étoiles supplémentaires ? Pierre Arrighi né à Montevideo, nous éclaire : « En réalité, l’Uruguay a remporté les trois premières Coupe du monde. Celle de 1930 bien sûr (la première officielle) mais aussi celles de 1924 et 1928. A l’époque, on appelait ça le Tournoi Mondial de football. Il se disputait pendant les JO mais c’était une sorte de Coupe du monde du football où tous les pays étaient invités à participer. »

Le Français Jules Rimet, président de la FIFA, remet la Coupe du monde 1930 à Raul Jude, président de la Fédération Uruguayenne de Football
Le Français Jules Rimet, président de la FIFA, remet la Coupe du monde 1930 à Raul Jude, président de la Fédération Uruguayenne de Football - STAFF / OFF / AFP

L’Uruguay choisit de mettre en place un football agressif

Cet historien du football franco-uruguayen a notamment écrit 1924, première Coupe du monde de football de la FIFA en 2014 et fondé le Groupe de Recherches du Football Uruguayen (GREFU) à la Faculté des Humanités de Montevideo, il y a quelques années. Cette domination sur le football mondial au début du XXe siècle s’expliquerait par plusieurs facteurs à en croire Pierre Arrighi :

  • Le football au berceau : « Les enfants commencent à jouer au foot dès l’âge de 4-5 ans là-bas. Dans ces années-là, vous avez des adolescents qui jouent déjà en pro à 16 ans. »
  • Un sport ultra-démocratique : « Dès les années 1910, tout le monde peut jouer. Les pauvres, les analphabètes ou les noirs. Il n’y a aucune discrimination contrairement aux autres pays. L’Uruguay prend énormément d’avance à cette époque. »
  • L’opposition au Brésil et à l’Argentine : « Pour faire face à la formation de milliers de techniciens dans ces deux pays, l’Uruguay choisit de mettre en place un football physique et surtout très tactique. Et ça marche tout de suite. »

Un état d’esprit unique au monde

C’est ainsi que se développe ce qu’on appelle dans ce pays, la « garra. » Un esprit bagarreur comme l’explique Diego Rolan, l’attaquant uruguayen des Girondins de Bordeaux : « La force de l’Uruguay, c’est l’équipe. Il n’y a pas un joueur qui lâche. Tout le monde défend et mouille le maillot même les stars. » Ce qui rend cette sélection « unique au monde » pour Gustavo Poyet.

D’ailleurs celui qui a porté à 26 reprises la tunique de la Céleste prévient les Français : « Avec nous, tu ne sais jamais. Ça va être différent pour vous car il n’y a pas une équipe dans la Coupe du monde comme nous. » Malgré cette force de caractère hors norme, l’Uruguay a tout de même vécu une véritable traversée du désert de 1959 à 2010. A part, une quatrième place en 1970, le pays ne dépassera jamais les quarts de finale pendant cette période. Il manque même plusieurs éditions de la Coupe du monde.

Une équipe, plusieurs entraîneurs

Les Uruguayens ne font finalement leur retour au premier plan qu’en 2010. « La Coupe du monde en Afrique du Sud a été très importante pour le pays. La victoire contre le Ghana en quart de finale (1-1, 4 tab à 2) a marqué toute une génération chez nous. On a été jusqu’en demi-finale alors qu’on reste un tout petit pays, on est que trois millions », rappelle Gustavo Poyet. Ses compatriotes finiront 4e de cette édition avant de remporter leur 15e Copa America en 2011 et surtout d’atteindre la 2e place du classement FIFA en 2012. Un record.

La joie des Uruguays après leur victoire contre le Portugal en 8e de finale de la Coupe du monde 2018.
La joie des Uruguays après leur victoire contre le Portugal en 8e de finale de la Coupe du monde 2018. - Adrian Dennis / AFP

Si l’actuel entraîneur des Girondins loue une admiration sans borne pour le « Maestro », Oscar Tabarez, le coach de la Céleste, la vraie force de cette équipe serait aujourd’hui l'intelligence de ses joueurs cadres pour Pierre Arrighi : 

« Suarez, Cavani, Godin ou Abreu et Forlan par le passé, ces joueurs sont des monstres tactiquement. En Uruguay, on a toujours eu des entraîneurs éteints. Mais sur le terrain, vous avez quatre/cinq entraîneurs qui font l’équipe. C’est une équipe en autogestion. »

Ces joueurs transmettent aussi au quotidien « cet esprit de sacrifice pour la sélection uruguayenne en montrant l’exemple sur le terrain », ajoute l’historien. Et puis comme l’ajoute Gustavo Poyet : « On joue avec le même système depuis 10 ans. On aime ou on n’aime pas mais à la fin, ça marche. Pourquoi changer ? » Difficile de le contredire…

>> A lire aussi : Coupe du monde 2018: «Il va devenir une égérie, c’est du 100%», Mbappé peut-il devenir l'égal de Ronaldo, Federer ou Bolt?

>> A lire aussi : Coupe du monde 2018: France-Uruguay, Belgique-Brésil... Ça y est, on connaît le programme complet des quarts de finale

>> A lire aussi : Coupe du monde 2018: Ami proche de Godin, bagarreur, buveur de maté... Griezmann, fasciné par l'Uruguay