Coupe du monde 2018: Ami proche de Godin, bagarreur, buveur de maté... Griezmann, fasciné par l'Uruguay

FOOTBALL L'attaquant de l'équipe de France va affronter en quart de finale un pays dont il est devenu très proche au fil du temps, grâce aux joueurs qu'il a rencontré...

Nicolas Camus

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Antoine Griezmann prend le ballon dans les pieds de Leo Messi lors de France-Argentine en 8e de finale de la Coupe du monde, le 30 juin 2018.
Antoine Griezmann prend le ballon dans les pieds de Leo Messi lors de France-Argentine en 8e de finale de la Coupe du monde, le 30 juin 2018. — Sergei Grits/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Istra,

Il y a des choses comme ça qui ne s’expliquent pas. Enfin si, mais disons que rien ne l’y prédestinait. A moins que dans une autre vie, Antoine Griezmann ait été Uruguayen, on ne voit pas d’où peut venir à l’origine cette relation quasi fusionnelle entre l’attaquant de l’équipe de France et tout ce qui touche au pays qu’il va affronter, vendredi, en quart de finale Coupe du monde. Mais c’est comme ça. Au fil du temps et de son parcours, Grizou s’en est rapproché, jusqu’à y être lié au plus profond de lui.

« C’est une nationalité que j’adore, des gens que j’adore, ça va être très fort émotionnellement », sait-il en se projetant sur ce qui l’attend. Il va se retrouver face aux deux défenseurs centraux de son équipe de l’Atlético Madrid, Diego Godin et Jose Maria Gimenez. Il est très ami avec le premier notamment. « Je suis tous les jours avec lui, dans les vestiaires et en dehors du terrain aussi, raconte Griezmann. C’est le parrain de ma petite fille [Mia, qui a deux ans]. Quand j’ai signé à l’Atlético, c’est lui que j’ai appelé. C’est lui qui m’a donné envie de venir. » Et qui l’a aussi sûrement poussé à prolonger plutôt que de partir au Barça cet été.

Sa découverte de l’Uruguay date d’il y a plus longtemps. A la Real Sociedad, club qu’il a rejoint dès l’âge de 14 ans, c’est Martin Lasarte, professionnel pendant 15 ans dans le championnat local et qui a entraîné le mythique Nacional Montevideo, qui l’a fait débuter en équipe première, en 2009. Le tout jeune adulte y fait la connaissance de « Chori » Castro et de Carlos Bueno, l’ancien Parisien, de onze ans son aîné. Ce dernier est prêté par Penarol. Il le prend sous son aile, lui fait regarder des matchs de son club et lui apprend bientôt des chants de supporters. Griezmann se passionne, et finit même par prendre sa carte de socio. C’est avec lui qu’il découvrira aussi le maté, cette boisson sud-américaine dont il ne peut plus se passer aujourd’hui.

« J’étais susceptible de lui piquer sa place, il le savait mais il passait me chercher le matin en voiture et me ramenait ensuite, il m’a aussi appris à me situer par rapport au défenseur sur les ballons aériens ou à orienter mon corps dans une telle situation de jeu, racontait-il dans le magazine GQ avant de s’envoler pour la Russie. Dans le foot, chacun pense à soi. Les Sud-Américains se comportent différemment. Ils avaient tous 30 ans alors que moi, j’en avais 17. Ils faisaient tout pour que je me sente bien. Leur culture s’est inscrite en moi naturellement. »

« Ils défendent tous ensemble, ils donnent tout pour le coéquipier, et c’est beau »

Ça se voit sur le terrain. Griezmann revendique son côté battant, qu’il a surdéveloppé depuis qu’il joue à l’Atlético. Le jeu de son club et celui de la sélection uruguayenne est construit sur les mêmes bases. « Vous avez vu leur match contre le Portugal [en 8e de finale, samedi], c’était un 4-4-2 bien resserré, ils défendent tous ensemble, ils donnent tout pour le coéquipier, et c’est beau, illustre-t-il. C’est ce que je vis tous les jours à l’Atlético, et j’aime ça. J’ai un peu le style de Cavani, un attaquant qui donne tout et qui fait les efforts pour les autres. »

L’action nous avait marqué sur le coup, avant d’être recouverte par le torrent de gestes exceptionnels qui ont suivi. Lors de la première période face à l’Argentine, la première fois que Messi ​est parvenu à entrer dans la surface française avec de la vitesse, c’est lui qui était là pour chiper le ballon dans les pieds de la Pulga et l’empêcher d’aller plus loin (37e minute, si vous voulez tout savoir). De la pure influence uruguayenne - et simeonesque, quand même.

Il est comme ça, Antoine Griezmann. A la manière dont il en parlait après le match, soyez sûr qu’il a autant pris son pied face au Pérou, quand les Bleus ont fait corps toute la seconde période pour conserver leur avantage, que face à l’Argentine. Vendredi, ce quart de finale est un match pour lui, évidemment. « Ils vont prendre leur temps, tomber, aller râler auprès de l’arbitre. C’est leur jeu, prévient-il. Ils vont nous amener de leur côté, il va falloir être calme et faire jouer leur défense… Ça va être un match chiant. » Comme il les aime.