Coupe du monde 2018: «Il va devenir une égérie, c’est du 100%», Mbappé peut-il devenir l'égal de Ronaldo, Federer ou Bolt?

FOOTBALL L'attaquant de l'équipe de France est en train de se faire un nom partout dans le monde, et ce n'est (peut-être) que le début...

Nicolas Camus

— 

Kylian Mbappé laisse exploser sa joie après avoir marqué contre l'Argentine en 8e de finale de Coupe du monde, le 30 juin 2018.
Kylian Mbappé laisse exploser sa joie après avoir marqué contre l'Argentine en 8e de finale de Coupe du monde, le 30 juin 2018. — David Vincent/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Istra,

Depuis samedi et sa performance contre l’Argentine, le monde parle de Kylian Mbappé. Le Washington Post ou Sport Illustrated aux Etats-Unis, O’Globo au Brésil, le Sunday Times en Angleterre ou le Yomiuri Shimbun au Japon, pour ne parler que des mastodontes, ont consacré des articles au « jeune phénomène qui a terrassé Lionel Messi ». Le prestigieux New York Times aussi a relevé la performance de celui qui lui avait servi de fil rouge dans un long format sur les talents de la banlieue parisienne, publié début juin.

C’est ça, l’effet Coupe du monde. On ne sait pas encore ce qu’il va se passer pour lui et les Bleus face à l’Uruguay en quarts de finale, mais quoi qu’il arrive la trace restera. On ne colle pas aux basques des records du Roi Pelé comme ça, surtout le jour où Messi et Ronaldo disent adieu à ce qui ressemblait à leur dernière chance de remporter un Mondial. A même pas 20 ans, Kylian Mbappé a pris beaucoup d’avance pour leur succéder. Tout va tellement vite et atteint de telles hauteurs avec lui qu’on en est même à se demander s’il ne pourrait pas devenir une vraie star du sport mondial. Le genre d’icône à la Roger Federer, Tiger Woods, Kobe Bryant ou Usain Bolt, dont l’image devient plus importante que le sport qu’ils pratiquent.

Au passage, deux parmi ces quatre-là ont déjà adoubé le gamin de Bondy. « J’aime son speed, son attitude, j’ai l’impression qu’il est sympa, alors j’aime bien le regarder », a commenté Rodgeur dimanche, entre deux questions sur son nouveau contrat à 300 millions de dollars sur dix ans avec Uniqlo. Kobe, lui, avait lâché en le désignant du doigt un petit « futuro » qui n’était pas passé inaperçu lorsqu’il était venu au Camp des loges, en octobre dernier. La petite phrase de Federer, notamment quand il dit qu’il le trouve « sympa », n’est pas si anodine. Etre un champion reconnu, c’est au-delà du talent, une attitude, une manière de s’exprimer et d’exposer son image.

L’attaquant de l’équipe de France, très mature à ce niveau selon ce que disent tous ceux qui le côtoient, a la bonne tête du joueur bankable, armé pour aller explorer les marchés du monde entier. Enfin, sauf un, a priori. « Il peut devenir une star mondiale, en Asie, en Amérique du Sud, en Afrique, partout, mais pas aux Etats-Unis, estime Michel Desbordes, professeur de marketing du sport à l’Université Paris-Sud. Là-bas, le foot n’est absolument rien. J’enseigne depuis une dizaine d’années à des élèves de management du sport américains. Je leur avais montré une fois une image de Messi, 17 sur 25 ne savaient pas qui il était. Alors qu’ils sont dans le domaine du sport. »

Si aux Etats-Unis, les plus grands footballeurs n’atteignent pas les chevilles des stars des sports majeurs, il en va différemment pour l’Asie. « Là, il a un potentiel énorme, reprend notre professeur. Les Chinois s’intéressent beaucoup, et n’ont pas encore de joueurs connus chez eux. Toutes les stars sont bonnes à prendre. Ce sont des surconsommateurs de maillots, ils ont toute la panoplie. Donc Mbappé superstar en Chine, ça j’y crois fortement. »

Au Japon, Mbappé commence à se faire un nom. Dimanche, un journaliste français basé à Tokyo racontait avoir surpris trois écoliers parler de lui dans le métro. « Je n’avais jamais entendu prononcer son nom dans la région avant le mois de juin », nous dit-il. Il y a eu Beckham puis Zidane dans les années 1990, un peu de Titi Henry dans les années 2000, et puis Ronaldo et Messi. La Ligue 1 n’existe pas là-bas, « et donc Mbappé éclate vraiment avec cette Coupe du monde », rapporte Yann.

L’intéressé le sait sûrement, mais semble bien s’en accommoder. « C’est sûr que la lumière est sur lui, mais il l’absorbe bien, juge le sélectionneur adjoint, Guy Stéphan. Je le trouve détendu, pas euphorique. Il est bien dans sa peau. Je trouve aussi que sa relation dans le groupe est très bonne. » De toute façon, cet aspect n’est pas sa priorité, au moins pour le moment. Lié à Nike depuis qu’il est enfant, Mbappé a repoussé toutes les propositions de partenariat qui n’ont déjà pas manqué d’arriver depuis son éclosion.

« Dans sa carrière, Kylian est à la base de tout. Il a donc évidemment été amené à réfléchir sur ce qu’il souhaitait par rapport à cet aspect marketing, et il a très vite défini sa priorité, à savoir le foot, expliquait en février dernier son avocate, Delphine Verheyden, à L’Equipe Mag. Kylian est jeune, il n’est pas pressé, et il faut aussi lui laisser le temps de digérer ce qui lui est arrivé ces derniers mois. »

Le poids de la Ligue des champions, aussi

Cela va peut-être évoluer juste après cette Coupe du monde. Ou alors seulement dans quelques mois. La marque à la virgule, également sponsor du PSG et de l’équipe de France, est en tout cas en position de force. C’est toujours mieux quand il n’y a pas d’interférence entre le partenaire du joueur et celui des équipes. La saison prochaine sera importante, également. « Le juge de paix est la Ligue des champions, assure Michel Desbordes. Il ne faut pas la sous-estimer par rapport à un Mondial. C’est tous les ans, et ça dure six mois dans la saison. C’est la compétition phare en Chine, notamment. Regardez l’explosion de Mohamed Salah cette saison, c’est l’effet Premier League et Ligue des champions. C’est là où l’exposition internationale se trouve. »

En attendant de devenir une star planétaire, Mbappé avance pas à pas. Il a lancé cette année sa propre marque de casquette, par exemple. « Il arrivera exactement là où il voudra, est persuadé Thomas Salic, qui l’observe de près en tant que cofondateur de FootyCase, le fournisseur officiel des coques de smartphones personnalisées des Bleus. Il a le talent, et il est très bien conseillé. En termes de communication et de marketing, il va devenir une égérie. C’est du 100 %. » Tout ça ne fait que commencer.