Juventus-Monaco: Force de la nature, technique, foulée... Pourquoi Mbappé aurait pu être Usain Bolt

FOOTBALL Le saviez-vous? Kylian Mbappé court vite, très vite. Plus vite que vous ne l'imaginez...

W.P.

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Très rapide ce Kylian Mbappé
Très rapide ce Kylian Mbappé — AFP (monage WP)
  • Kylian Mbappé a été flashé à une vitesse supérieure à celle de Robben ou Walcott sur le terrain
  • D'après le coach d'athlétisme et préparateur physique Renaud Longuèvre, l'attaquant à tout du bon sprinteur

Article initialement publié à l'occasion de la demi-finale retour de Ligue des champions 2017 entre la Juventus et Monaco

Pendant une fraction de secondes, on a louché. Foulée longue, vitesse ahurissante... Etait-ce Kylian Mbappé ou Usain Bolt, qui, à la dixième minute de jeu du 8e de finale de la Coupe du monde France-Argentine, a pris le ballon pour aller chercher un penalty à l'autre bout du terrain. Plusieurs indices, comme la nationalité ou le fait qu'Usain Bolt ne sache pas jouer au foot nous ont ramené à la raison. Il s'agissait bien de l'attaquant du PSG sur ce coup. Mais quand même... Si Bolt a d'ores et déjà échoué au foot, on ne peut plus que jamais s'empêcher de croire que Kyky aurait fait un incroyable coureur de 100m. 

Pour être totalement honnêtes, cette idée n’émane pas directement de nous mais de Renaud Longuèvre, entraîneur d’athlétisme et consultant pour beIN Sports, qui avait fait une excellente palette sur le sujet avant Monaco-Juve au printemps 2017, à partir du but de Mbappé contre Manchester City lors des huitièmes de finale aller de la  Ligue des champions cette année-là. Voyez plutôt :

Pour les fainéants, on peut résumer son analyse en trois points :

  • Kylian Mbappé a (peut-être) atteint les 38 km/h sur un terrain de football
  • Il a une excellente accélération secondaire largement au-dessus de la moyenne
  • Sa technique de course est quasi parfaite
     

C’est super intéressant mais aussi super frustrant. On sent que Renaud Longuèvre, qui s’y connaît aussi bien en athlétisme qu’en foot puisqu’il a coaché des joueurs comme Batshuayi  ou Brahimi, en a encore beaucoup sous la pédale. On a donc décidé de prendre notre téléphone et relancer le bonhomme sur le sujet. Première remarque à chaud, Kylian est un extraterrestre.

« Il a une force naturelle incroyable et une gestuelle féline. C’est ce qui explique que sur le fameux but contre Manchester City, on a l’impression qu’il court contre des gamins de 13 ans alors qu’il a face à lui des types de 25-30 ans aux qualités athlétiques évidentes. »

Un peu à la manière d’un Usain Bolt des grandes années, Mbappé est facile. « Il donne l’impression de ne pas forcer, il tourne la tête à droite, à gauche, a le temps de regarder autour de lui », analyse Renaud Longuèvre. Et comme le plus grand sprinteur de tous les temps, ce n’est pas forcément sur la première phase d’accélération que le jeune homme fait la différence.

« La phase d’accélération primaire, les Brahimi, Michy et Diaby que j’ai entraînés, ils l’ont. Sans ça, vous jouez en CFA. Mais entre les six et 15 mètres, il est monstrueux. Sur cinq foulées, à chaque poussée il gagne 3 km/h. »

Sortez vos calculatrices, l’attaquant français gagne donc 15 km/h en un claquement de doigts. Un peu comme une bonne voiture après un changement de rapport nerveux. Ou un être humain qui dispose à la fois d’un axe « fessiers, quadriceps, mollets optimal » et d’une technique de course « très propre » comme l’explique Longuèvre.

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« Il a dû travailler énormément sur sa course au centre de formation de Monaco et même aujourd’hui encore. On constate une certaine puissance et solidité des muscles du bassin. Tout est harmonieux, il ne se désintègre pas quand il va au sol, parce qu’il a aussi un gainage abdominal qui lui permet de ne pas se disperser. Et il y a ce geste du genou qui va vers le haut, ce qui va permettre d’alléger l’autre jambe, celle qui pousse », analyse le coach.

Usain Mbappé
Usain Mbappé - AFP (montage WP)

Concrètement, ça aurait donné quoi en athlétisme ?

« Il aurait fait très mal sur une piste », se mouille le consultant, mesures à l’appui. Etre capable de courir à 38 km/h c’est :

  • 95 centièmes aux dix mètres, 10,55 mètres par seconde
  • Mieux qu’Arjen Robben et Theo Walcott (37 km/h)
  • Mieux que la vitesse d’envol de Carl Lewis sur le saut en longueur (11 m/s)
  • L’équivalent d’un saut à huit mètres au saut en longueur et d’un 100 mètres en 10,50

« Mbappé, Neymar, c’est la génération des footballeurs-sprinteurs. C’est pas jouable pour les défenseurs contre des attaquants aussi rapides. »

La vitesse au service du jeu

Mais dans « footballeur-sprinteur », il y a footballeur. S’il suffisait de courir vite pour être un grand joueur, ça se saurait. Djibril Cissé aurait eu le Ballon d’Or, Babangida aurait été aussi bon dans la vraie vie que dans PES et Usain Bolt serait déjà entré dans le Top 50 mondial comme il l’espère aujourd’hui. Renaud Longuèvre abonde dans ce sens.

« Si on reprend l’action du but à Manchester, il y a tout ce que doit savoir faire un footballeur, décrit-il. Au début il y a le timing pour démarrer au bon moment, ensuite le sprint pur, puis la phase où il faut savoir appréhender le ballon et se repositionner en fonction de sa trajectoire, ajuster sa vitesse et finir. Si vous refaites l’action 50 fois avec Usain Bolt, il va larguer les défenseurs mais il ratera 50 fois le but parce qu’il sera trop en avance ou en retard sur le ballon. Parce qu’on est dans le football ».

Conclusion : Kylian Mbappé aurait pu être Usain Bolt, mais il a choisi d’être Kylian Mbappé.