Benfica-PSG : « Ici, vous êtes tout seul »… Galtier et la gestion (casse-gueule) de la com' à Paris

FOOTBALL L’entraîneur parisien, reconnu pour son affabilité devant les médias dans ses clubs précédents, découvre un contexte parfois houleux avec le PSG, particulièrement avant les matchs de Ligue des champions

Aymeric Le Gall
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Christophe Galtier en conférence de presse avant le match contre Nice, jeudi 29 septembre.
Christophe Galtier en conférence de presse avant le match contre Nice, jeudi 29 septembre. — J.E.E
  • Christophe Galtier, habitué à enchanter ses interlocuteurs en conférence de presse à Lille, Nice, ou Saint-Etienne, doit appréhender un nouveau contexte au PSG, où chaque déclaration est scrutée, décortiquée, amplifiée.
  • L’entraîneur parisien a d’ailleurs montré ses premiers signes d’agacement quelques semaines après son impair à propos des déplacements pas très écolos du groupe parisien en championnat.

« Ah, enfin une question sur le foot ! ». A deux jours de recevoir l’OGC Nice, jeudi, Christophe Galtier envoyait un petit tacle tout en douceur aux journalistes pour leur faire comprendre qu’au bout d’un quart d’heure de conférence de presse, tout de même, messieurs, il serait temps de parler enfin un peu ballon rond. Si cette amabilité glissée sans méchanceté par l’ancien entraîneur lillois tient un peu de la démagogie - il venait en effet de prendre cinq bonnes minutes juste avant pour expliquer en quoi le rôle de Mbappé était différent au PSG et en équipe de France – on comprend le message.

Après une trêve internationale agitée pour les internationaux du PSG, les sujets ne manquaient pas à l’heure de retrouver le train-train quotidien, et Galtier s’est retrouvé à devoir commenter les sorties médiatiques des uns et des autres au lieu de parler du match contre Nice qui, disons-le, ne semblait pas intéresser grand monde. « Mais ce n’est pas de la faute des journalistes présents en conférence de presse, recadre un ancien de la maison, un temps proche de la cellule communication parisienne. Ils font leur boulot. Le problème, dans ce cas précis, c’est la confrontation des stratégies personnelles des joueurs. Les gars se servent trop des médias pour faire passer leurs messages et après ça retombe sur le coach… »

« Suis-je entraîneur du PSG ou ministre des Sports ? »

Tout heureux de se retrouver avec un trio d’attaque interdit aux moins de 18 ans, Galtier doit aussi, revers de la médaille, gérer les egos de chacune de ses stars et les relations parfois houleuses entre Mbappé, à qui l’on a promis les clés du bolide au moment de sa prolongation de contrat, et Neymar, qu’on a voulu pousser dehors et qui ne comprend pas la nouvelle aura de son coéquipier dans le projet du PSG. C’est d’ailleurs cette gestion délicate des à-côtés qui avait fait dire à Thomas Tuchel en son temps qu’à Paris plus qu’ailleurs, « ce n’est pas toujours que du football ». « Suis-je entraîneur ou suis-je un politique, un ministre des Sports ? », avait-il fait mine de demander à un journaliste allemand quelques jours avant de se faire lourder.

Ancien chef de la communication de L’Elysée sous François Hollande, un autre poste où on passe son temps à répondre à tout et son contraire, Gaspard Gantzer ne comprend que trop bien la sortie de Thomas « top, top » Tuchel :

« Le Paris Saint-Germain est un club à part avec une très forte dimension sportive mais aussi diplomatique et politique, et donc l’entraîneur, qui quelque part est aussi le porte-parole du club, doit se préparer un peu comme un premier ministre et avoir une communication en acier trempé. Que ce soit lui dans son rôle de coach du PSG ou nous, à l’Elysée, on passe notre temps à devoir gérer les états d’âme des uns et des autres, les petites piques à coups de médias interposés. On essaye d’arrondir les angles et de ménager tout le monde mais ce n’est pas toujours simple ! ».

Des coachs souvent esseulés face à la presse

D’autant que la solidarité ne fait pas franchement partie du vocabulaire des dirigeants qataris à l’égard de leurs entraîneurs. Il faut dire qu’avec ses 12.000 casquettes différentes, Nasser Al-Khelaïfi passe moins de temps à la Factory qu’un élu RN au parlement européen. Une fois passés les sourires et les accolades de la première conférence de présentation, les coachs parisiens sont vite abandonnés au milieu du champ de bataille, et charge à eux de prendre les balles pour tout le monde, particulièrement les soirs de grand vent.

« C’est la grande spécificité du PSG par rapport à tous les autres clubs, confirme cet ancien de la maison. Ici, il n’y a qu’une seule personne qui communique, c’est le coach. Pour moi c’est un souci. Certains se sont battus à l’époque pour qu’il y ait des prises de parole plus régulières des autres dirigeants pour évoquer les sujets autres que l’équipe, le jeu et la gestion du groupe. » En vain, même si Leonardo, en son temps, pouvait se faire un petit plaisir en zone mixte quand il avait des messages à faire passer.





« A Paris, vous êtes tout seul », confirme Guy Lacombe, qui a lui aussi connu ça, bien que dans des proportions infinitésimales. Ce qui fait dire à l’ancien entraîneur parisien que « Galtier s’en sort très bien jusqu’ici. » Raillé par certains de nos confrères après l’échec du recrutement de Zidane, Galtier a su rapidement mettre tout le monde dans la poche, dans un style qu’on lui connaissait déjà à Lille, Nice ou Sainté : charmeur, souriant, franc et pas avare de mots. Bref, un régal pour les suiveurs parisiens qui ont tant souffert par le passage de la tornade d’eau tiède Mauricio Pochettino.

Gaspard Gantzer décrypte : « Il a compris quelque chose de clé dans la communication des leaders, c’est que les gens décryptent les stratégies de com’, les éléments de langage, les postures. Ils voient quand il y a de la sincérité. Et donc il y est allé un peu cash, de façon décontractée, naturelle, avec un vocabulaire simple et un discours de fond sincère. Le problème c’est qu’il s’est pris deux ou trois balles entre-temps et qu’il marche un peu plus sur des œufs désormais. »

Galtier refroidit par le « char à voile gate »

Gantzer fait évidemment allusion au raz-de-marée suscité par la (mauvaise) blague du char à voile. « Un truc facilement anticipable en plus », sourit l’ex-conseiller com' de François Hollande. Il aurait dû s’abstenir ou répondre quelque chose de convenu et passer vite à autre chose ». De manière générale, comprend-on, mieux vaut se borner à ne répondre qu’aux sujets qu’on maîtrise sur le bout des doigts.

« C’est ce que je conseillais aux hommes politiques avec lesquels j’ai travaillé : restez dans votre couloir. La presse interrogeait souvent le ministre des Affaires Etrangères de l’époque, Laurent Fabius, sur des sujets qui relevaient de la politique nationale et il répondait que ce n’était pas son job. Ok pour parler de l’Afghanistan ou de l’Europe mais pas de la délinquance dans telle ou telle ville ou de la situation économique du pays. Evidemment qu’il avait un avis sur le sujet - on a tous un avis sur tout - mais on n’est pas des piliers de bar au café du commerce. Il faut savoir rester à sa place. »

« Le coup du char à voile c’était très maladroit de sa part mais ça ne méritait pas de telles réactions, ça a été très violent, poursuit un ancien salarié parisien. C’est toujours le problème avec le PSG. Les médias doivent écrire, parler et débattre en permanence parce que c’est le club qui fait vendre et qui cristallise tous les sujets qui fâchent. » C’est d’ailleurs ce qui a poussé les prédécesseurs de Galette à faire ceinture et bretelle au bout d’un moment.

« La plupart des coachs avec qui j’ai bossé ont fini par ne plus rien donner aux médias, confirme-t-il. C’est super dommage mais je peux les comprendre en un sens. Ils préféraient sortir d’une conférence de presse en n’ayant rien dit plutôt que de donner le bâton pour se faire battre ». Aucun faux pas à signaler mardi soir à Lisbonne. Il faut dire que les journalistes avaient été sages : personne n’a demandé à Galtier pourquoi le bus parisien avait (encore) fait le voyage à vide depuis Boulogne.