Stade Rennais-Leicester : Comment le glacial Roazhon Park est devenu chaud bouillant

FOOTBALL En quelques saisons, l’antre du Stade Rennais s’est transformée en un vrai stade de foot à l’anglaise. Grâce à son changement de nom, à ses nouvelles couleurs mais surtout à ses supporters

Camille Allain
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Le Roazhon Park, antre du Stade Rennais, est de plus en plus chaud, notamment sous l'impulsion des ses ultras du Roazhon Celtic Kop.
Le Roazhon Park, antre du Stade Rennais, est de plus en plus chaud, notamment sous l'impulsion des ses ultras du Roazhon Celtic Kop. — Dave Winter/SIPA
  • Longtemps froid, le Roazhon Park est devenu un stade chaud grâce à la mobilisation de ses supporters, de plus en plus nombreux.
  • Les résultats de l’équipe ont évidemment participé à l’attractivité du stade mais le changement de nom du stade de la Route de Lorient et de ses sièges a joué.
  • Ce jeudi soir, le Roazhon Park promet d’être chaud bouillant pour la « Rennesmontada » face à Leicester.

C’était un stade qui faisait souvent l’objet de moqueries. D’abord parce qu’il était l’un des seuls à porter le nom d’un club rival. Mais aussi parce que ses sièges gris, bleus et verts ne ressemblaient pas à grand-chose. Ou encore parce qu’il y régnait parfois un silence presque dérangeant. Mais ça, c’était avant. Depuis quelques saisons, celui que l’on appelait stade de la route de Lorient est devenu un antre respecté du championnat de France. Son changement de nom en Roazhon Park en 2015 y a contribué. Son relooking et le changement des sièges aux couleurs du club aussi.

Mais ce sont avant tous les supporters du Stade Rennais qui ont fait de ce lieu tranquille un stade capable d’être bouillant, bien aidés par les résultats probants du club. Ce jeudi, les tribunes seront pleines (ou presque) et promettent d’être bruyantes pour la « Rennesmontada » espérée face à Leicester en 8e de finale retour de Ligue Europa Conférence. Une habitude du jeudi soir à Rennes.

« J’ai senti le sol vibrer sous mes pieds »

La première avait été gâchée. Alors qu’il fêtait la première qualification de son histoire en Ligue des champions, le Stade Rennais n’avait pu accueillir que 5.000 personnes pour le match d’ouverture face à Krasnodar, avant d’être plongé dans un huis clos sordide imposé par la crise sanitaire. A l’heure de retrouver sa première phase finale européenne depuis l’exploit réalisé face à Arsenal en 2019, le Roazhon Park sera plein, ou presque plein ce jeudi pour la réception de Leicester. Et on est prêt à parier qu’il sera très chaud. Comme ce fut le cas lors de la venue d’Astana, du Betis Séville ou encore d’Arsenal en 2019. « J’ai senti le sol vibrer sous mes pieds », avait avoué l’entraîneur Julien Stéphan. « Je n’avais vu ça ! C’était énorme. La tribune vibrait, on avait des frissons », se souvient Manon, 25 ans, qui fréquente le stade depuis son enfance.



L’ambiance n’a pourtant pas toujours été aussi chaleureuse, route de Lorient. Le public rennais, réputé exigeant et spectateur, n’a pas toujours été enclin à se lever de son siège gris (ou bleu, ou vert). « Le public est à l’image de la Bretagne. Il est fidèle mais pas exubérant. Nous ne sommes pas les plus bruyants, mais nous avons toujours été là, même dans les moments difficiles », assume Gaël, supporter rennais depuis plus de quarante ans. Pour ce fidèle, le changement de nom et le remplacement des sièges en 2015 ont aidé à transformer le Roazhon Park. « C’est plus chaleureux. Avant, je trouvais l’ambiance froide. Maintenant, il a de la gueule, c’est devenu notre jardin ». Un exemple : les tifos extraordinaires du RCK. « Ça fait notre renommée dans le monde entier ! »

Le tifo sorti par les ultras du RCK lors du derby entre le Stade Rennais et le FC Nantes le 22 août 2021.
Le tifo sorti par les ultras du RCK lors du derby entre le Stade Rennais et le FC Nantes le 22 août 2021. - C. Allain / 20 Minutes

Speaker du club depuis 2004, Alain Rousseau confirme. « Je pense que c’est une somme de petites choses. La couleur des sièges, le nom mais aussi la sonorisation ou les marqueurs comme le bro gozh. Je pense que le public rennais apprécie les joueurs qui s’identifient au club. On a eu Costil, Danzé, André. Aujourd’hui, il y a Bourigeaud, Laborde sans doute aussi ». Côté ambiance, le speaker apprécie particulièrement les jeudis soir, notamment depuis un match de qualification face à Astana. « L’affiche n’était pas folle mais tous ceux qui étaient là s’en souviennent. C’est ce match qui nous permet de voir Séville et Arsenal. Les émotions étaient fortes alors que par le passé, on en était un peu sevré ». Après la victoire face aux Gunners, Hatem Ben Arfa avait même lâché ceci :

« Je ne savais pas que Rennes aimait autant le foot. Il fallait juste que le club s’enflamme pour que tout le monde suive. Ça nous met des frissons. Une histoire est en train de se créer dans toute la ville ».

Si le public est revenu, c’est aussi et surtout parce que le club a progressé sur le plan sportif. Vous avez beau avoir de beaux sièges, si tous les matchs sont pourris, vous n’aurez personne dans votre stade, point. La campagne européenne et la victoire en Coupe de France en 2019 ont semblé décomplexer l’équipe et ses supporters. « Cette saison, on se régale. En tant que supporter, je vis ma plus belle période », reconnaît Gaël. Les chaudes soirées européennes ont permis d’attirer davantage de supporters.

Une activité à la mode

Plus jeune, plus féminin, le public rennais est devenu plus chaud. « Avec les bons résultats, on a encore plus envie s’extasier, de pousser. J’ai toujours été fière de supporter le Stade Rennais même quand c’était difficile. Mais cette fierté est grandissante », témoigne Manon. Depuis quelques saisons, la jeune femme a vu autre chose changer. « Avant, je ne faisais jamais la queue aux toilettes des filles. C’est fini tout ça ».

Les supporters rennais à l'arrivée du bus des joueurs ici avant le match face à Lille en janvier 2021.
Les supporters rennais à l'arrivée du bus des joueurs ici avant le match face à Lille en janvier 2021. - Loïc Venance / AFP

Dans la ville, le Stade Rennais semble avoir pris une nouvelle dimension. Au point que venir au Roazhon Park devient « à la mode », estime Gaël. « Autour de moi, tout le monde en parle, même ceux qui ne suivent pas le foot. Les gens veulent du spectacle, des émotions ». Avec un bémol qui se veut récurrent dans la bouche des supporters : le prix des places, qui a grimpé aussi fortement que les résultats du club ces dernières saisons. « Je comprends la réalité économique du club. Mais il faut faire attention à ne pas se couper d’une partie du public. Les entraînements ne sont plus ouverts au public déjà. Il ne faudrait pas se couper de la base », estime Gaël.

A quelques heures d’un match capital pour le Stade Rennais, on laissera le mot de la fin à l’entraîneur Bruno Genesio. « Je pense qu’aujourd’hui, que ce soit les joueurs, le staff, les dirigeants ou les spectateurs, tout le monde prend du plaisir à venir au stade pour nous voir jouer ». Plaisir qu’il entend bien prolonger.