Ligue des champions : Injustice, indifférence, malchance… Le grand gâchis de la première fois du Stade Rennais

FOOTBALL Le club breton a terminé dernier de sa poule et a été privé de son public pour sa première campagne historique

Camille Allain
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Les supporters du Stade Rennais s'étaient mobilisés avant le premier match de leur histoire en Ligue des champions.
Les supporters du Stade Rennais s'étaient mobilisés avant le premier match de leur histoire en Ligue des champions. — Mathieu Pattier / SIPA
  • Le Stade Rennais a terminé sa première campagne de Ligue des champions mardi soir par une défaite 3-1 contre Séville dans un Roazhon Park vide.
  • Cette première historique a été gâchée par la pandémie de coronavirus, qui a vidé les stades, empêché les déplacements et la fête en ville.
  • Les supporters ont la sensation que leur rêve leur a été volé. Une campagne ratée qui s’est presque déroulée dans l’indifférence.

C’était une première fois, un moment inoubliable qui devait rester gravé à vie. Il n’aura pas duré. Pire, il aura même été gâché par l’irruption impromptue d’un virus que le monde entier tente de combattre. C’est tout le Stade Rennais ça. Qualifié pour la première fois de son histoire en Ligue des champions, le club a pu compter sur une pandémie mondiale (et un  peu sur Olivier Giroud) pour gâcher sa fête. Alors qu’il rêvait d’entrer en fusion pour accueillir les plus grandes écuries européennes, le Roazhon Park aura dû se contenter de quelques miettes avant d’être fermé au public.

Au lendemain d'une nouvelle défaite 3-1 concédée face au FC Séville, les dirigeants sont un peu amers. Les supporters sont dépités. On leur a volé leur rêve. « J’ai un sentiment extrêmement bizarre. Pour nous, c’était le Graal. J’ai attendu toute ma vie pour voir cette qualification en Ligue des champions. L’impatience était immense. Je ressens une forme d’injustice ». Supporter du Stade Rennais depuis plus de quarante ans et membre des Socios, Gaël est amer. Comme lui, de nombreux fans rouge et noir ont été privés de spectacle en raison de l’épidémie de coronavirus. Un crève-cœur. « J’ai le sentiment d’une fête gâchée, incontestablement. Il y a de la frustration. Ça devait être une année historique pour le club. Mais l’excitation a laissé place à la déception de ne pas vivre tous ensemble ce rêve », ajoute Anthony, membre du RCK qui suit le club depuis vingt-cinq ans.

Vidé de ses supporters, le Roazhon Park n’a que peu vibré. Seuls 5.000 chanceux ont pu assister au premier match de l’histoire, soldé par un nul frustrant dans une ambiance extraordinaire avec une si petite jauge. « Le manque de public a plombé notre campagne. On a livré des matchs intéressants mais on n’a jamais eu de bol. On a traîné notre misère », analyse Gaël, qui a pourtant pu assister en direct au premier but de son club en C1. On était alors loin de penser que le livre se refermerait ainsi.

« Il n’y avait rien. Pas de bar, pas d’ambiance dans la ville »

Car en plus d’avoir un stade vide, c’est toute la ville de Rennes qui a été empêchée de fêter son équipe. Pas de supporters étrangers en ville, pas de chants dans les rues, pas de bière au Valy, pas de galette-saucisse avant la rencontre. « Il n’y avait rien. Pas de bar, pas d’ambiance dans la ville. Les gens étaient tous cloîtrés chez eux devant leur télé, sans pouvoir le partager. C’est un crève-cœur car on ne sait même pas si on pourra y retourner un jour », soupire Kevin, qui vient au stade à tous les matchs avec sa femme depuis des années. « Cette campagne est passée inaperçue. Même pour la grosse affiche face à Chelsea, on n’a rien vu en ville. Tout s’est fait dans l’indifférence », résume Gaël. « Ma seule frustration, c’est d’avoir joué à huis clos. L’ambiance Ligue des champions, on aurait dû la ressentir dans toute la ville », estime le gardien Romain Salin.

Eliminé de toutes compétitions européennes, le Stade Rennais s’est fixé comme objectif de retrouver l’Europe dès la saison prochaine pour montrer qu’il a appris de ses erreurs. Il lui faudra pour cela retrouver la recette de la victoire, qui le fuit depuis plusieurs semaines en Ligue 1. « C’était une chance, un honneur de jouer cette compétition. On ne sait pas quand et si un jour on la rejouera au club », reconnaissait le coach Julien Stéphan avant la rencontre face à Séville. On ne veut pas croire que c’était la dernière.