Lyon-Montpellier: Pour Edwige Lawson-Wade, «l’Asvel est le nouvel Ekaterinbourg, au BLMA, nous resterons outsider»

ENTRETIEN La finale de Ligue féminine de basket est inédite. Elle oppose à partir de ce lundi l’Asvel Lyon à Montpellier. Un rendez-vous décrypté par Edwige Lawson-Wade, directrice sportive du BLMA

Jerome Diesnis

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Edwige Lawson (au centre), aux côtés de son président Franck Manna.
Edwige Lawson (au centre), aux côtés de son président Franck Manna. — Jérôme Diesnis / Agence Maxele Presse
  • « Notre plus gros point fort, c’est la diversité de talents dans l’équipe et la grande longueur de banc », explique Edwige Lawson-Wade, alors que Lyon et Montpellier s’affrontent en finale de la ligue féminine de basket, au meilleur des cinq matchs, à compter de ce lundi.
  • « La défaite en Coupe d’Europe a été un coup sur la tête. Celle à Basket Landes lors du quart de finale retour des play-offs a servi de révélateur. On ne voulait pas que la saison se termine sans que l’on aille chercher un trophée », souligne la directrice sportive du BLMA.
  • « L’Asvel monte en puissance, c’est une nouvelle place forte du basket féminin, mais Montpellier a toujours su démontrer, par ses valeurs, la qualité de son jeu, qu’il pouvait rivaliser », évoque-t-elle.

Lattes-Montpellier (BLMA) et l’Asvel Lyon disputent à compter de ce lundi la finale du championnat de France féminin. Un match très attendu entre les Héraultaises, finalistes de l’Eurocoupe et tombeuses de Bourges en demi-finale, et les ambitieuses Lyonnaises de Tony Parker, qui se présente comme la nouvelle place forte du basket féminin français.

Edwige Lawson-Wade, directrice sportive du BLMA lève le voile sur cette confrontation disputées au meilleur des cinq matchs, dont les deux premières manches se déroulent ce lundi (20h45) et mercredi (19h) à Lyon. Le troisième match est prévu le 14 mai à Lattes. Si besoin, la série se poursuivra à Lattes le 16 mai et à Lyon le 23 mai.

L’Asvel contre Montpellier, c’est à la fois une finale inédite et une finale des deux outsiders… attendus ?

(Elle sourit) C’est bien tourné. C’est exactement ça. Ce sont les deux outsiders du début de saison derrière le favori légitime qui était Bourges. Ce sera un match particulier car nous les avons jouées tellement de fois cette saison, en championnat, en Coupe d’Europe, en Coupe de France [pour un bilan de trois victoires montpelliéraines et deux lyonnaises]. Ca devient un adversaire particulier.

Vous menez trois victoires à deux. Partez-vous avec un avantage psychologique ?

La dernière fois, c’était en janvier. Il s’est passé tellement de choses entretemps… C’est un avantage dans le sens où on aime se préparer, on aime les connaître. Et nous avons quatre joueuses qui ont découvert le championnat de France cette saison. Elles ont donc pu apprendre à connaître ces adversaires qu’elles n’avaient jamais rencontrées auparavant.

Entraîneur au BLMA, Valéry Demory aimait s’appuyer sur une grosse défense et du jeu rapide derrière. Est-ce également sa marque de fabrique à l’Asvel ?

Il a effectivement gardé ce même style de jeu. C’est une équipe qui défend très dur, physique, qui développe un beau basket offensivement. Elle joue en rythme des deux côtés du terrain.

Ce basket vous convient ?

On a une équipe tellement complète que peu de baskets pourraient nous mettre vraiment en grandes difficultés. On a beaucoup d’expérience, des joueuses fortes à l’intérieur et à l’extérieur. On est parés pour répondre à beaucoup de défis. Notre plus gros point fort, c’est la diversité de talents dans l’équipe et la grande longueur de banc. Des joueuses différentes, qu’elles soient connues et majeures mais aussi d’autres qui le sont moins, ont été MVP sur des matchs importants.

L’équipe a mis trois matchs à digérer la défaite en finale de l’Eurocoupe. Mais lors de la belle contre Basket Landes, on a retrouvé un BLMA conquérant. Une impression confirmée contre Bourges. Que s’est-il passé ?

La défaite en Coupe d’Europe a été un coup sur la tête. Celle à Basket Landes lors du quart de finale retour des play-offs a servi de révélateur. On ne voulait pas que la saison se termine comme ça, sans que l’on aille chercher un trophée. De nouveau les filles sont passées en mode Coupe d’Europe. On retrouve cette détermination et cette énergie que l’on a eu dans les matchs couperets. La défaite dans les Landes et la belle à Lattes ont effectivement été deux matchs très importants.

Quel a été l’impact du retour de Marielle Amant (depuis la belle contre Basket Landes) sur le groupe ?

On a ressenti toute la saison l’absence de Marielle. Dans la construction de l’équipe, elle a un rôle très important. C’est une joueuse de devoir, une joueuse qui fait des écrans, qui fait mal à l’adversaire. Une joueuse intelligente, d’expérience, qui rend tout difficile pour l’adversaire. En plus d’avoir des qualités offensives. Elle a gagné de nombreux titres. Son retour nous fait du bien, même si elle n’est pas à 100%.

Cette défaite en finale de l’Eurocoupe peut être une force au moment de disputer cette finale ?

Oui parce les joueuses ont analysé ce qui les a empêchées de développer leur basket, d’être fortes à domicile. Peut-être se sont elles mis une pression trop intense. Maintenant elles savent que les matchs de finale, comme les matchs couperets, on ne peut plus les rejouer…

Comment avez-vous préparé cette finale ?

Il va falloir être fortes dans les têtes. Elles ont l’avantage du terrain. Mais si elles en perdent un des deux premiers matchs, les choses peuvent changer. Tactiquement, bien sûr, on a préparé des choses que je ne peux pas dévoiler. En revanche on n’a rien changé à la vie de groupe. Ce n’est pas nécessaire. Cette équipe vit collectivement une saison exceptionnelle. J’ai rarement vu ça dans ma carrière.

L’Asvel est présenté comme le futur grand club du basket féminin français. Cette finale marque le début d’une passation de pouvoir ?

L’Asvel sera au-dessus financièrement dès la saison prochaine au regard des budgets annoncés. Trois millions d’euros, c’est déjà un bon budget d’un club de Pro A, chez les hommes. C’est exceptionnel pour le basket féminin. Il aura forcément des effectifs plus étoffés. Nous on se positionnera en outsiders. L’Asvel monte en puissance, c’est une nouvelle place forte du basket féminin, mais Lattes-Montpellier a toujours su démontrer, par ses valeurs, la qualité de son jeu, qu’il pouvait rivaliser. Le club n’a jamais eu le budget de Bourges et pourtant il a déjà été deux fois champion de France. Pour nous, ça ne change rien.

Helena Ciak notamment s’est engagée pour quatre saisons à l’Asvel. Des contrats aussi longs, c’est exceptionnel ?

Trois ans, c’est déjà extrêmement rare, quatre ans, effectivement, c’est exceptionnel. L’Asvel est en train de faire quelque chose de très particulier. On le voit avec Bourges qui n’a pas réussi à retenir Marine Johannès. C’est un peu le nouvel Ekaterinbourg. S’ils ne sont pas champions de France les prochaines années, ce sera un échec.

Vous avez annoncé la prolongation pour la saison prochaine de Thibaut Petit. Avant la finale, c’était le bon timing ?

Il nous a amené à deux finales cette saison, malgré des moments compliqués, avec beaucoup de blessées, des matchs sans meneuse. Malgré tout, on s’en est toujours relevé. Ca fait partie de la stabilité que l’on recherche. On a de la chance car on a trouvé un très bon coach qui connait très bien son métier et dont le discours passe très bien auprès des filles.

De votre côté, quel était votre place dans le projet que vous a présenté Franck Manna en début de saison ?

Le président m’a donné carte blanche pour construire une équipe avec le coach. Trouver les joueuses complémentaires, c’est passionnant. Une équipe ce n’est pas une somme d’individualités. Il y a ensuite tout un travail d’échange avec les entraîneurs et les joueuses et la préparation de la suivante. Je me régale dans ce rôle de directrice sportive.