Racing 92-Toulouse: Comment le Stade Toulousain est redevenu la référence du rugby français

CHAMPIONS CUP Après des années de déclin, le Stade Toulousain confirme le renouveau entrevu la saison dernière. Ce dimanche, il dispute un délicat quart de finale de Coupe d’Europe chez le Racing 92

Nicolas Stival

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Cheslin Kolbe et le Stade Toulousain régalent cette saison, comme ici face à Lyon (53-21) en Top 14, le 17 mars 2019.
Cheslin Kolbe et le Stade Toulousain régalent cette saison, comme ici face à Lyon (53-21) en Top 14, le 17 mars 2019. — R. Gabalda / AFP
  • Large leader du Top 14, le Stade Toulousain se déplace ce dimanche à Nanterre pour un quart de finale de Champions Cup franco-français face au Racing 92.
  • Après de longues saisons de déclin, le club le plus titré de France a puisé son renouveau dans une jeunesse conquérante, encadrée par des recrues de haut niveau.
  • Toulouse doit maintenant gagner de nouveaux trophées, après déjà sept ans de disette.

Le renouveau entrevu la saison dernière n’était donc pas un feu de paille. En difficulté depuis son 19e et dernier Bouclier de Brennus, en 2012, le Stade Toulousain marche cette saison sur le Top 14, où il reste sur 14 matchs sans défaite (un record). Ce dimanche, le club le plus titré de France tentera de surfer sur sa dynamique pour mater le Racing 92, deux fois finaliste au cours des trois dernières éditions, lors d’un affriolant quart de finale de Champions Cup dans l’Arena de Nanterre. Une belle occasion de confirmer que le patron est bien de retour.

Un jeu enthousiasmant

« On ne va pas se renier », promet Ugo Mola, l’entraîneur principal associé depuis l’été dernier à Régis Sonnes. Autrement dit, le Stade compte bien envoyer du jeu dimanche, sur la « moquette » et sous le toit d’une Arena où il s’était imposé mi-février en championnat (29-34).

A l’image de l’électrique Kolbe, de l’épatant Guitoune ou du surdoué Ntamack, Toulouse déborde de talent derrière. Et devant, c’est aussi très costaud avec les Kaino, Cros, Elstadt ou Arnold. La pourtant toute récente période où les Stadistes voyaient leurs tentatives avorter par des en-avant aussi irritants que systématiques semble loin. « Les résultats sont la conséquence du contenu », lance Mola (45 ans), qui évoque un « rugby enthousiaste, audacieux ».

« Nous avons envie de porter le ballon, de marquer, de tenter quand d’autres ont peut-être envie de détruire. Mais chacun fait avec ses moyens. On a recruté en fonction de cela. Quand tu vas chercher des ouvreurs de 80 kg [Holmes], ce n’est pas pour taper dans le mur. Quand tu vas chercher des centres à forte qualité d’appui [Ahki notamment], c’est aussi pour jouer ce rugby-là. Même si doit être capable comme le week-end dernier [à La Rochelle, 19-23], d’avoir un jeu plus restrictif. »

Le Stade a fait sa révolution

A l’été 2015, le tandem Mola (entraîneur principal) – Pelous (alors directeur sportif) a succédé à l’iconique Guy Novès, en partance pour le XV de France. « Quand nous sommes arrivés avec Fabien, nous avions un bon de commande de la part de Jean-René Bouscatel [le président de l’époque], rappelle Mola. Une génération devait être amenée vers la sortie. Sortir 23 ou 24 joueurs en l’espace de deux saisons, on savait que ça n’allait pas être anodin, sans conséquence. »

Pour l'instant, tout sourit à Ugo Mola et à ses joueurs.
Pour l'instant, tout sourit à Ugo Mola et à ses joueurs. - C. O'Neill / BPI / Rex / Shutterstock / Sipa

En quelques mois à peine, une foultitude de trentenaires multi-titrés (Poitrenaud, Clerc, Albacete, Johnston, Dusautoir…) est partie. Fragilisé, le club a plongé, jusqu'à l’annus horribilis de 2017, conclue sans phase finale pour la première fois depuis 41 ans. La « cata » a poussé le Stade à accélérer sa mutation, sous la coupe d’un nouveau président, Didier Lacroix : confiance à la formation, « saupoudrée » de recrues à forte plus-value (Dupont, Kolbe, Kaino…).

« Il fallait qu’on casse les codes, qu’on passe à autre chose, indique Mola. Sinon, on savait qu’au rythme des uns ou des autres, on n’allait plus être invités. »

Place aux jeunes

Pendant que d’autres écuries se lançaient dans une impressionnante « course à l’armement » (Racing 92, Toulon…), le Stade, aux finances claudiquantes, veillait sur sa « pouponnière ». Après Baille, Marchand (Julien), Aldegheri ou Cros, arrivés à maturité, ce sont les Ntamack et Ramos qui cartonnent aujourd’hui, alors que Tauzin, Marchand (Guillaume), Mauvaka et Lebel se montrent de plus en plus.

« Dans le staff, on raisonne à six [Mola, Sonnes, Servat, Bouilhou, Poitrenaud, Thuéry] et on juge 62 joueurs », indique Mola. Autrement dit, le groupe professionnel et les meilleurs joueurs du centre de formation. « On veut avoir une vision claire de ce qui sera l’avenir du club, poursuit-il. Lucas Tauzin qui se montre à son avantage, c’est un an et demi de travail derrière. Ce sera pareil pour Matthis Lebel. Idem pour Romain Ntamack qui est un peu plus précoce. »

Jeunes comme recrues doivent ingurgiter le jeu stadiste. « Notre philosophie tourne autour du désordre que l’on crée en permanence et de notre capacité à beaucoup s’entraîner à haute intensité. Nous ne sommes pas les seuls à le faire. Il y a aussi le Racing 92, La Rochelle ou Clermont, qui a peut-être un peu plus de systèmes que nous. » Selon Mola, l’arrivée du préparateur physique Alex Marco, à l’été 2017, a été décisive. « Pour jouer ce rugby ambitieux, on ne pouvait pas avoir l’état de forme qui était le nôtre il y a trois ou quatre saisons. »

Et maintenant, les titres ?

Redevenu le fournisseur « officiel » du XV de France, le Stade Toulousain doit désormais (re-) gagner des titres. « Notre jeune génération a besoin de s’éprouver, évacue Mola. Quoi qu’il arrive, ce ne sera pas du temps perdu [dimanche]. » L’entraîneur rappelle aussi qu’il y aura « au moins » une autre rencontre de phase finale d’ici l’été, en Top 14.

Pas de trop pour casser une très vilaine série : Toulouse n’a plus gagné ce type de match couperet depuis un barrage de championnat contre Oyonnax (20-19), voici quatre ans, à la fin de l’ère Novès. Une autre époque.

Le Stade Toulousain n'a plus gagné la Coupe d'Europe depuis neuf ans, et sa victoire sur Biarritz (21-19) en finale au Stade de France.
Le Stade Toulousain n'a plus gagné la Coupe d'Europe depuis neuf ans, et sa victoire sur Biarritz (21-19) en finale au Stade de France. - A. Réau / Sipa

Si le Stade gagnait une cinquième Coupe d’Europe, neuf ans après la quatrième, ce serait un record glané après une succession d’exploits : en cas de victoire chez le Racing 92, Huget et ses collègues joueraient leur demi-finale en Irlande, chez le Leinster, tenant du titre et seule équipe à avoir battu le Stade (en phase de poule) depuis le 29 septembre dernier. Avant une très hypothétique finale à Newcastle… Les Anglais des Saracens, favoris de l’autre partie de tableau, pourraient jouer quasiment à domicile.

Reste le championnat, où le leader semble promis à une demi-finale à Bordeaux sans passer par la case barrages. Plus facile ? Pas sûr, réplique Mola. « Dans les années 1990-2000, il y a eu trois ou quatre champions. Aujourd’hui, il y a dix clubs capables de l’être. » Disons alors que le Stade Toulousain n’est pas le plus mal placé dans la quête du Graal.