OM : «Agent secret», «phénix du foot», homme de l’ombre… Que devient Vincent Labrune?

FOOTBALL Cette histoire pourrait être intitulée «Le bon, Labrune et les truands.» Deux ans après son éviction de l'OM, on vous raconte les efforts de Vincent Labrune pour rester influent en Ligue 1, particulièrement au moment du mercato

Jean Saint-Marc

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Vincent Labrune aux côtés de Nicolas Sarkozy, en octobre 2015, lors du Classico PSG-OM.
Vincent Labrune aux côtés de Nicolas Sarkozy, en octobre 2015, lors du Classico PSG-OM. — Niviere / SIPA
  • Avant OM-Amiens, ce samedi (17h), « 20 Minutes » a enquêté sur Vincent Labrune, l’ancien président de l’OM, conseiller de l’ombre de plusieurs clubs lors des mercatos.
  • Il semble toutefois avoir perdu de l’influence à Amiens.
  • « Piqué » par le virus du ballon, Vincent Labrune ne veut pas se consacrer à 100 % à son nouveau job, dans l’évènementiel.

C’est plus fort que lui. Quand le mercato approche, Vincent Labrune décroche. Son téléphone. « On aime ou on n’aime pas le personnage, mais il reste un des meilleurs connaisseurs du marché français », dit un dirigeant de club. Vincent Labrune, surnommé « L’Orléanais » par ses amis, « Le Chevelu » par ses ennemis, a été débarqué par Margarita Louis-Dreyfus à l’été 2016. Il venait de passer cinq ans à la tête de l’OM, n’avait remporté qu’une petite Coupe de la Ligue et son nom sentait un peu le souffre. Pour vendre le club, la milliardaire russe devait se débarrasser de son omniprésent président.

Labrune, spécialiste des intrigues sportivo-financières, avait annoncé qu’il rebondirait sans problème. Il ne s’est pas trompé. Deux ans et demi plus tard, ses affaires sont florissantes. « Il met en relation des gens qu’il connaît avec les choses qu’il sait faire. Il s’éclate », s’emballe un très proche. En mars 2018, Vincent Labrune a été nommé vice-président de Moma Group, un géant de l’événementiel. Ce groupe de 500 salariés possède de grands restaurants, le mythique «  Bus Palladium », très branchée boîte de nuit « L’Arc », à Paris et sa branche traiteur est le troisième plus gros acteur du secteur.

« Agent secret », bon copain et « casse-couilles »

Au printemps prochain, sous les plafonds dorés d’un hôtel monégasque, Moma organisera la convention du syndicat Première Ligue, présidé par Bernard Caïazzo, un grand ami de Vincent Labrune. Quelques mois après son éviction de l’OM, il s’est fait élire au conseil d’administration de la LFP en tant qu’indépendant. « Il bosse vraiment, mais il ne veut pas que ce soit médiatisé ! Après avoir été démoli médiatiquement, il reste discret », reprend une source proche de l’homme d’affaires. Toujours anonyme mais un peu moins proche, une autre connaissance de Vincent Labrune développe :

Ça les arrangeait tous : ils préfèrent toujours un mec qu’ils connaissent à un inconnu. Labrune est resté copain avec les présidents. Il peut être casse-couilles, mais c’est un mec sympa pour prendre un café ! Il essaye aussi de rentrer dans les dossiers, mais il confond tout… Il a le trouillomètre à zéro à l’idée de disparaître du foot. Il voudrait être influent… Mais il l’est plus ! »

Notre tailleur de costard anonyme reconnaît, toutefois, que Vincent Labrune a encore l’oreille de plusieurs dirigeants de Ligue 1. Vincent Labrune échange souvent avec Bernard Caïazzo (Saint-Etienne), Laurent Nicollin (Montpellier), Bernard Joannin (Amiens) et Jacky Rihouet (membre du directoire du SM Caen).

Laurent Nicollin et Vincent Labrune, en août 2014.
Laurent Nicollin et Vincent Labrune, en août 2014. - B. Langlois / AFP

Les deux derniers nommés sont respectivement le plus gros franchisé Intersport en France et le président France-Belgique d’Intersport. Bernard Joannin et Vincent Labrune ont sympathisé en négociant le premier contrat de sponsoring entre Intersport et l’OM, en 2009. Le président d’Amiens, adversaire de l’OM ce samedi (17h), n’a pas accepté de répondre à nos questions. Mais un fin connaisseur du club nous assure que Labrune n’est plus très écouté : « C’est John Williams qui fait tout. Ils n’ont pas pris un seul type proposé par Labrune ! »

« Conseil d’ami »

D’autres écoutent. Jean-François Fortin, président du Stade Malherbe de Caen entre 2002 et 2018, appréciait les murmures de l’ancien président marseillais. « En juillet 2017, il m’a dit “essaye de faire Djiku !” Je n’ai pas regretté », sourit Fortin, qui a déboursé deux millions d’euros pour faire venir le défenseur en Normandie. Les mauvaises langues diront que sans les conseils de Vincent Labrune, il l’aurait eu gratuitement quelques mois plus tard, après la faillite du SC Bastia.

Labrune rendait-il un service à Pierre-Marie Geronimi, dont le club était étranglé par les dettes ? Des sources proches de ce dossier l’assurent et ironisent sur son rôle « d’agent secret. » Une formule qui agace Fortin : « C’était un conseil d’ami ! Je vous certifie sur l’honneur qu’il n’a jamais été question de lui verser une commission ou quoi que ce soit. »

« C’est pas un phénix du foot, le gars »

« La législation lui interdit d’intervenir dans un transfert, puisqu’il n’a pas de licence », rappelle l’agent Christophe Hutteau. « Labrune, c’est tout ce que j’exècre dans le football », s’emporte l’ancien conseiller de Valbuena. Il estime que Labrune a gardé de l’influence grâce à plusieurs agents avec qui il travaillait beaucoup à Marseille : William et Mark McKay (mandatés pour le transfert d’Emiliano Sala à Cardiff), Meissa N’Diaye « et quelques imposteurs », conclut Hutteau.

Ce rôle d’intermédiaire, de conseiller, permet à Labrune de garder un pied dans le monde du foot. Ses proches nous jurent que « dessiner la stratégie d’un restaurant, c’est la même chose que produire un film ou bosser dans le foot, c’est de l’entertainment ». Mais Labrune a bien le virus du ballon, même s’il tente de se désintoxiquer à Moma Group ou avec Black Dynamite, sa boîte de prod, connue pour le documentaireEmmanuel Macron, les coulisses d’une victoire.

« Quand t’es piqué, t’es piqué, se marre notre punchlineur anonyme. Le foot et Labrune, c’est complexe. Il voudrait en être, sans en être. Que tout le monde sache qu’il en est, mais qu’on ne parle pas trop de lui. Faut pas se mentir : c’est pas un phénix du foot, le gars… Il ne reviendra pas ! »