Coupe de France: Les coulisses de la «success story» de Bastia, deux ans après la faillite

PETIT POUCET Deux ans après sa descente aux enfers, le Sporting Bastia remonte la pente. Avant un match historique de Coupe de France à Furiani, face à Caen, on vous raconte ce très progressif retour en grâce

Jean Saint-Marc
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Les supporters du SC Bastia vivent une belle saison, deux ans après la rétrogradation du club.
Les supporters du SC Bastia vivent une belle saison, deux ans après la rétrogradation du club. — J.-P. Giacobbi / SC Bastia
  • Le Sporting « Bastiais », qui évolue en National 3 (cinquième division), a réussi à se hisser en huitième de finale de Coupe de France, deux ans après son éviction du football pro.
  • Bastia, qui affronte Caen ce mardi, à 21 heures, a pu compter sur la fidélité de son public, de certains joueurs et de plusieurs hommes de l’ombre.

A Bastia, on l’appelle « PPA ». Pierre-Paul Antonetti est le fils de l’ancien président du Sporting. Le neveu de l’entraîneur Frédéric Antonetti. Un ancien joueur du club, pendant 20 piges, puis un de ses plus habiles recruteurs, pendant sept ans. Sans lui, Furiani n’aurait jamais vu les dribbles de Florian Thauvin, les pralines de Sadio Diallo, les arabesques d’Alexandre Song. Pourtant, ce mardi, Furiani ne verra pas Antonetti : « C’est trop dur. »

« Tous les week-ends, je me dis, « cette fois, j’y vais ! » »

« J’ai du mal à y retourner. Tous les week-ends, je me dis : "cette fois, j’y vais !" Mais c’est plus fort que moi, je n’y arrive pas », nous racontait-il la semaine dernière. Il se laissait encore quelques jours pour décider. Car ce mardi, face à Caen, Furiani devrait retrouver sa ferveur d’antan. Pour avancer ce pronostic, nous nous basons sur la plus fiable des sources : la brève de comptoir.

Antoine Massoni, patron du PMU La Rotonde, à Biguglia, pas loin de Furiani :

T’imagines bien qu’en cinquième division, l’ambiance n’est pas non plus terrible. Mais là, dans mon bar, je trouve que les clients sont très excités par la Coupe de France ! »

Pas d’ambiance ? Les affluences sont pourtant impressionnantes pour du National 3 : environ 3.500 supporters assistent à chaque rencontre, bien plus qu’ailleurs dans la poule Corse-Méditerranée de ce championnat. Une compétition que les Corses mènent de main de maître avec une avance de neuf points sur Cannes et de dix points sur les trois poursuivants suivants.

« La montée est impérative. Pour nos supporters, évidemment, mais aussi pour notre modèle économique », explique Claude Ferrandi, le nouveau président. Ce gros industriel du secteur des hydrocarbures a sorti « plusieurs centaines de milliers d’euros » de sa poche, cette saison, pour boucler un budget d’environ 2 millions. Il est accompagné par Oscaro, site de vente en ligne de pièces de voiture. A l’été 2017, le SC Bastia avait dû déposer le bilan, étranglé par 30 millions d’euros de dette. C’est désormais une association, officiellement nommée SC Bastiais, dont les comptes sont loin d’être dans le vert.

Les vrais de vrais et le bâtisseur

« On a fixé des échéanciers aux organismes et aux fournisseurs endettés auprès de nous. On a fait un plan sur plusieurs années, avec un des plus gros budgets en National 3 », reprend l’entrepreneur. Entre deux tableurs Excel, ce huitième de Coupe face à Caen est donc « une jolie petite récompense » pour lui.

Pour Stéphane Rossi aussi. L’entraîneur s’est spécialisé dans la rénovation de monuments en péril au CA Bastia, qu’il a amené de la division d’honneur (sixième échelon) jusqu’en Ligue 2, entre 2003 et 2015. « Les dirigeants du Sporting ont apprécié ce côté bâtisseur, ils pensent que j’ai la capacité à construire des effectifs pour grimper les échelons », raconte l’ancien attaquant, qui a signé le 21 août 2017, en pleine bérézina. Quatre licenciés, seulement, étaient restés.

Même en cinquième division, les supporters bastiais sont bouillants.
Même en cinquième division, les supporters bastiais sont bouillants. - A. Negroni / SC Bastia

Des purs, des vrais, comme le défenseur Gilles Cioni. Formé au Sporting (2002-05), il passe pro dans son club formateur (2005-07), puis file au Paris FC. Mais l’appel de la Corse est trop fort : Cioni revient en 2010, pour sauver l’équipe, en National. A l’époque, il signe un contrat amateur. Pas beaucoup de zéros sur le chèque. En juillet 2017 non plus :

J’avais 33 ans. L’AC Ajaccio, en Ligue 2, m’avait fait une proposition, pour rejoindre Jean-Louis (Leca). Faut l’avouer : ces nuits-là, tu ne dors pas très bien. Et en fait, ça prend aux tripes : je ne me voyais pas finir ma carrière sous un autre maillot que le maillot bleu ! Donc j’ai signé, surtout que j’avais déjà entamé ma reconversion : j’ai racheté l’entreprise de mon grand-père, dans l’agroalimentaire. »

Les aventures des « Petit Poucet » sont parfois stéréotypées : boulangers, ouvriers, anciens pros sur le retour. Mais on ne s’attendait pas à croiser à Bastia un ponte du business du kérosène, un vendeur de pièces détachées et un fabricant de soupe de poisson. En Corse, la magie de la Coupe a un petit goût d’iode.