Disparition de Sala: «S’il y en a un qui peut trouver l’avion, c’est lui»... Qui est David Mearns?

ACCIDENT Ce chasseur d’épaves renommé a pris le relais des autorités avec l’accord de la famille de l’Argentin…

Julien Laloye

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David Mearns veut retrouver l'avion d'Emiliano Sala.
David Mearns veut retrouver l'avion d'Emiliano Sala. — Pako Mera/REX/Shutterstock/SIPA

Romina et Dolores Sala, la mère et la sœur, ne jurent que par lui. Elles ne parlent plus que par lui, d’ailleurs, depuis qu’elles ont rejoint Guernesey dans l’espoir de retrouver la trace d’Emiliano Sala, disparu en mer dans le Piper Malibu piloté par Dave Ibbotson le 21 janvier.

Cheveux grisonnants, ton docte et rassurant, petites lunettes carrées qui invitent à le prendre au sérieux au premier regard, David Mearns incarne le dernier espoir de la famille du buteur argentin. Cet Anglo-Américain de 61 ans dirige désormais les recherches au large des îles anglo-normandes. Diplômé de géologie et de biologie marine, chercheur, auteur, historien, océanographe, aventurier, Mearns est beaucoup de choses à la fois. Mais il est surtout ce qu’on appelle un chasseur d’épaves, et un bon, si l’on se fie à ses références.

« Il veut se donner de la visibilité »

Sa plus belle trouvaille ? Pas simple de trancher entre le croiseur Sydney, fierté de l’Australie, coulé par un navire allemand en novembre 1941​ et retrouvé en 2008, ou le glorieux Esmaralda, vaisseau amiral de la seconde expédition de Vasco de Gama pour les Indes, localisé dans les eaux d’Oman en 2015. Sur le papier, tout ça est très impressionnant, même si la présence du bonhomme dans l’affaire qui nous occupe, ne va pas sans créer quelques remous dans le petit milieu des flibustiers d’eau douce qui font la loi dans le coin.

« Je n’ai rien contre lui, mais ce qu’il veut, c’est se donner de la visibilité sur une affaire médiatique, et ça marche pas mal, persifle Bertrand Sciboz, directeur de la société Ceres, spécialisée dans la recherche et le renflouement d’épaves. En d’autres termes, un concurrent direct qui a lui-même été sollicité par les autorités britanniques la semaine passée pour participer aux opérations de secours. Dans le respect des procédures s’entend.

Dans ces cas-là on propose un devis, avec le matériel, l’équipement, le nombre de jours de recherches, explique ce pionnier de la cartographie en Manche des épaves de la Seconde Guerre mondiale. Je peux vous dire que c’est largement moins que les 350.000 euros de la cagnotte de Sala. Bon, on va voir. Mearns a une réputation sulfureuse. Les méthodes qu’il applique sont un peu étranges, disons ».

On voit d’emblée ce qui peut agacer. Le côté cavalier yankee si sûr de sa suprématie dans le monde quand il débarque quelque part. Sur la mystérieuse disparition du MH370 de la Malaysian Airlines, par exemple : « Il est inexcusable que l’enquête n’ait pas permis de localiser l’appareil, il faut juste regarder au bon endroit. C’était pareil quand j’ai retrouvé le Sydney. Tout le monde disait qu’il s’agissait "du bateau fantôme", et je l’ai trouvé en un week-end avec la bonne technologie ». Si la frontière est mince entre l’arrogance et l’aplomb, il faut reconnaître à Mearns une immense qualité parmi d’autres : celle de savoir réunir l’argent pour financer des recherches par nature incertaines.

Selon nos informations, le chasseur d’épave s’est intéressé très vite à la disparition de l’avion d’Emiliano Sala, et c’est probablement lui qui a suggéré à la famille de lever une cagnotte afin de pouvoir prendre le relais après la fin officielle des opérations de secours, cantonnées à la recherche visuelle en surface. « C’est indispensable de pouvoir parler aux familles ou aux descendants, avance souvent David Mearns pour expliquer ses différents succès. Ils donnent une dimension humaine à chacune de nos expéditions ».

« Un très grand professionnel »

« S’il y en a un qui peut trouver cet avion, c’est lui, assure Richard Keen, dans le business de la plongée depuis 50 ans. Je le connais depuis longtemps et c’est un grand professionnel, spécialiste des recherches en eaux très profondes. Il utilise le meilleur équipement possible et les gens les mieux qualifiés pour arriver à ses fins ». Au cours de son dernier point presse tenu à l’aéroport de Guernesey après un survol de la zone avec les proches de Sala, Mearns a commencé à détailler son plan de bataille. Son atout maître ? Un navire spécialisé dans ce type d’opérations qui servira à effectuer une recherche sous-marine de l’épave dans la zone du dernier contact radar, quand la météo le permettra. « Probablement pas avant dimanche ».

Bertrand Sciboz, qui a mené plusieurs opérations similaires dans la Manche, notamment la recherche aboutie d’un avion Piper de modèle presque équivalent il y a quelques années, valide sur le fond : « Nous, on a proposé deux bateaux équipés d’un sonar à balayage de terrain sur 400 mètres de largeur et sans limite de profondeur, avec le renfort d’un robot sous-marin pour descendre ». L’affaire d’un ou deux jours si l’on suit bien, puisqu’on sait précisément où l’avion a décroché lors de son trajet vers Cardiff. Sauf si l’appareil a explosé en vol, « auquel cas les choses se compliquent un peu ».

Mearns revendique 90 % de succès

Si David Mearns revendique sur son site un taux de réussite de près de 90% quand il se lance dans une opération de cette envergure, il a précisé que la saison ne favorisait pas ses desseins dans les îles anglo-normandes. « On travaille dans les pires conditions possible. Si on était en été, je pourrais donner des garanties, mais ici ce n’est pas possible. La mer est agitée, les fonds sont rocailleux, et on y trouve de nombreux débris ».

Encore présent à Guernesey dimanche, Richard Keen s’est mobilisé comme beaucoup d’habitants pour apporter son aide aux autorités d’une manière ou d’une autre. Il a eu le temps de développer sa propre théorie : « Si David n’y arrive pas, les pêcheurs y arriveront. Ici c’est comme ça que ça se passe. Un bateau de pêcheurs tombera sans le faire exprès sur un morceau de l’appareil dans les trois mois qui viennent ». Un délai inacceptable, que ce soit pour Mearns ou la famille de l’ancien joueur du FC Nantes.