« Filmer les bénévoles dans la rue demande un outil malléable et discret », estime le réalisateur Sébastien Haddouk
INTERVIEW•Filmer des bénévoles pour le compte Instagram des Restos du cœur, c’est ce à quoi s’attelle le réalisateur de documentaires Sébastien Haddouk qui explique à « 20 Minutes » comment il s’y prendChristophe Séfrin
L'essentiel
- Les Restos du cœur Paris fonctionnent avec l’aide de 2500 bénévoles et pour mettre en lumière leur travail, le réalisateur Sébastien Haddouk entame une série de portraits vidéo qui leur est consacrée sur Instagram.
- Particularité : cette série est filmée sans moyens, avec un simple smartphone.
- Le réalisateur explique comment il s'y est pris.
Connu pour avoir réalisé Hipstérie (Paris Première) qui sonde ce que les vêtements peuvent raconter du monde dans lequel on vit, ainsi que Cagole forever (Canal +), qui analyse ce que l’habit raconte de la personne, Sébastien Haddouk lance pour le compte Instagram des Restos du coeur Paris une série de portraits de bénévoles. Réalisés avec un smartphone, ces mini-documentaires visent à faire connaître le travail de ces personnes, mais aussi à les motiver dans leur action.
aEn quoi consiste la série de petits films que vous réalisez pour les Restos du cœur Paris ?
Il s’agit d’un projet bénévole… visant à motiver leurs bénévoles ! C’est le directeur artistique Julien Gallico avec lequel j’ai pas mal travaillé en pub et en mode* qui m’a demandé de penser à des petits films pour alimenter le compte Instagram des Restos du cœur Paris. J’ai voulu réaliser des portraits de ces gens qui donnent de leur temps, avec des personnalités mises en avant. Le premier portrait est dédié à Françoise qui s’occupe de la logistique « à la ramasse », dans les entrepôts. Ces mini-portraits de 4 minutes racontent pourquoi des personnes comme elles font du bénévolat et veut les encourager dans leur action.
Quels partis pris techniques pour filmer ces bénévoles ?
Le projet étant lui aussi bénévole et sans budget, il n’était pas envisageable de mobiliser des moyens coûteux. L’idée était aussi que le résultat ne fasse pas trop amateur. Ayant déjà réalisé une série pour une marque de cosmétique avec un iPhone 7 Plus, j’ai demandé à Apple s’il était possible de bénéficier d’un iPhone plus récent pour le tournage aux Restos. Un iPhone 11 Pro nous a ainsi été offert. Par ailleurs, j’avais la chance d’avoir en ma possession un Zoom (un enregistreur audio) et des micros HF pour le son.
Quel avantage de filmer avec un smartphone ?
Filmer les bénévoles dans la rue demande un outil malléable et discret. Le smartphone, on l’a en poche en permanence. Il n'impose pas d’installation compliquée. Et l’on arrive à obtenir une qualité qui est diffusable. Ici, j’ai utilisé une perche à selfie comme pied. Au départ, je pensais filmer avec une caméra DJI, mais elles ne peuvent pas tourner en 9:16 (au format vertical, qui est celui communément utilisé sur smartphone). Ce n’était donc pas viable pour une vidéo IGTV verticale à mettre en story sur Instagram.
Qu’apporte l’iPhone à ce type de tournage ?
J’ai filmé en 2K (1080 p à 30 images par seconde). On peut faire du flou artistique grâce au mode Portrait accessible en vidéo. Il suffit de se rapprocher et de faire le point sur un endroit très précis pour obtenir un effet de profondeur de champ. C’est très simple. Il faut s’amuser avec la profondeur de champ, essayer de créer des flous derrière, de cadrer.
Quels conseils pouvez-vous prodiguer aux personnes désireuses de se lancer dans la vidéo avec leur smartphone ?
Il ne faut pas essayer de reproduire, mais utiliser la contrainte comme quelque chose d’artistique. Par ailleurs, le bruit vidéo (les pixels apparaissant à fort zoom ou en basse lumière) peut être très joli à l’intérieur d’une image. Il faut essayer d’aller chercher le pixel dans l’image. Celui-ci peut faire partie d’une qualité de texture. Et cela peut aussi donner un effet symptomatique d’une époque sous le règne du numérique. Pareil en termes de couleurs. On n’a pas utilisé de filtres, mais on a fait un étalonnage pour avoir une image uniforme.
Le résultat de votre premier portrait offre un rendu très « pro ». Comment avez-vous travaillé en post-production ?
Nous avons effectué le montage sur Première (le logiciel d’Adobe) et on a utilisé Da Vinci comme logiciel d’étalonnage. Cela a permis d’assurer une qualité broadcast. On peut aussi monter avec iMovie d’Apple qui permet de rectifier les couleurs. Au début, tous mes petits films, je les ai réalisés avec ce logiciel. Inconvénient : les téléphones filment à 30 i/s lorsque l’on est à 25 i/s sur les tables de montage de cinéma. Il faut faire un transcodage.
A quand une suite à ces portraits pour les Restos du cœur Paris ?
Comme tout le monde est bénévole, c’est un peu en fonction des dispos de chacun. Mais le deuxième film est en préparation. J’ai demandé à Apple s’il était possible de profiter d’un deuxième terminal pour les prochains tournages. L’idée serait ainsi de jouer sur des plans serrés et d’autres plus larges, soit sur deux valeurs. Nous allons faire un montage alterné de plein de bénévoles qui répondent à des questions sur « qu’est-ce qu’être bénévole ? ». Au total, on a prévu de faire cinq portraits qui brasseront la ramasse, la collecte, les maraudes… Le but est d’alimenter le compte Instagram des Restos du cœur Paris de manière régulière. Une simple question pourra devenir un film en soi.


















